Le droit des femmes en Nouvelle-Calédonie vu par les hommes

journée internationale des droits des femmes
Marche Femmes
©Mathieu Ruiz Barraud

La condition féminine, en Nouvelle-Calédonie en particulier, n'est-elle qu'une histoire de femmes ? "Question pays" pose le débat avec plusieurs invités masculins issus de la société civile, l'univers politique et coutumier.

En cette journée internationale du droit des femmes, Claudette Trupit s'intéresse à la vision des hommes sur l'avancée des droits des femmes en Nouvelle-Calédonie avec Guy-Olivier Cuenot, élu avenir en confiance, Paul Fizine, historien, John Passa, sociologue et Yvan Kona représentant du Sénat coutumier.

Loi sur la parité

Un premier constat s'impose : les femmes ont dû toujours revendiquer leur place, on ne la leur a pas laissé. John Passa rappelle qu'au moment de l’entrée en vigueur de la loi sur la parité, des hommes politiques calédoniens ont demandé à ce que cette loi ne soit pas acceptée ici. Il a vraiment fallu que les femmes s'imposent en politique.

Paul Fizine tempère ce propos en se remémorant les foulards rouges qui ont permis l’émergence de femmes comme Dewé Gorodey, tout comme dans les années 60 l’arrivée de femmes qui, à l’issue de leurs études, vont impulser ce mouvement des femmes en politique. Beaucoup plus tard, on aura deux présidentes du gouvernement de Nouvelle-Calédonie : Cynthia Ligeard et Marie-Noëlle Thémereau.

Le problème précise Guy-Olivier Cuénot vient du fait qu'en politique, "une femme doit non seulement faire sa place en interne, dans son parti, avant de se faire entendre comme femme politique et porter un idéal politique."

 

Le noyau familial

De poursuivre que la culture du noyau familial intervient dans l’ouverture de la femme vers un nouveau rôle dans la société.

D'ailleurs d'un point de vue historique, force est de constater que les missionnaires ont joué un rôle déterminant en professant une vision judéo-chrétienne de la femme soumise à son mari. La société kanak en a été fortement marquée. Paradoxalement, il y a eu des cas comme la Reine Hortense que les missionnaires avaient eux-même institué en tant que reine dans une société déjà patriarcale.

Le combat des femmes

Sur le sujet Yvan Kona confirme que la question n'a été abordée que récemment de l’accès des femmes au sénat coutumier.

L'historien relève encore que le combat mené dans les années 80 avec Dewé Gorodey a été mis de côté, ainsi le cas du 17ème gouvernement qui ne possède qu'une femme dans ses rangs, est tout à fait dommageable renchérit le sénateur coutumier de l'aire xârâcûû.

La parité est "une richesse", assure l'élu AEC, "pouvoir échanger sur des expériences personnelles ou politiques et des ressentis différents".

Et il ne faut pas oublier que les élus sont le reflet de la société qui est composée pour moitié de femmes et d'hommes.

Le statut de mère est au coeur du combat des femmes, elles doivent se défaire de la maternité, ce qui n’est pas le cas des hommes. « On n’est pas des utérus » une phrase récurrente chez les militantes, dit John Passa, ou encore cette expression souvent entendue "rendez-nous notre corps".

Pour prendre à rebours le patriarcat, il faut pouvoir sortir de l’enfermement de l’univers domestique.

Le drame est de devoir manifester pour obtenir une reconnaissance or il y a des mesures à prendre pour éviter ça et avoir une parité qui ne soit pas uniquement symbolique. 

Dans ce but, il est important que des femmes partagent leur vécu. Par exemple, sur le campus des îles Loyauté le partage de parcours professionnel de femmes, de sorte que cela bouscule les shémas mentaux des étudiants, affirme Paul Fizine, il est important que ce soit révélé dans la sphère publique pour leur montrer l’univers des possibles.

Le combat est constant pour continuer à être reconnue en tant que femme dit Guy-Olivier Cuénot, "si vous êtes absente d’un débat vous êtes remplacée, il ne faut absolument pas perdre cette place".

Un combat qui donc n'est pas gagné. Ainsi l'année 2020 a vu l'explosion des violences conjugales en Nouvelle-Calédonie. Si l’économie est un des éléments, ce n'est cependant pas une solution. C’est avant tout la structure sociétale qui est à remettre en question. "Il a fallu une évolution juridique à partir du militantisme mais ce n’est pas fini, soit on va vers une maturité sociale soit il faudra encore passé par le juridique pour parvenir à une égalité homme-femme."John Passa

Le droit des femmes a beaucoup évolué pour plus d’égalité mais l’enjeu est d’abord au niveau de l’éducation notamment en termes de représentation : libérer les esprits, tous les métiers sont possibles. Car s'il y a discrimination, cela veut dire qu’il y a privilège du côté des hommes. L'important lors de cette journée est de requestionner le chemin parcouru. Est-ce que l’homme est prêt à lâcher ses privilèges au profit de la femme ?