Le nickel en proie au doute après un nouveau sommet

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Métallurgie du nickel pour l'acier inoxydable chez Boliden en Finlande ©Alain JEANNIN
Forte hausse, suivie d'une correction encore plus forte à la baisse, et pour finir une légère reprise, tout ça en 48 heures. Le « métal du diable » n’y est pour rien. Un vent de panique a saisi le marché du nickel devant le risque d’une baisse de la demande pour l'acier inoxydable venant de Chine.

La Bourse des métaux de Londres a flambé. Mercredi, le nickel franchissait le seuil des 21.000 dollars la tonne pour atteindre 21.425 dollars, un plus haut depuis 2014. "Le nickel a atteint un sommet en 7 ans, le chouchou des véhicules électriques continue de voir les stocks baisser dans tous les entrepôts du monde", indiquait le rapport de clôture Insights LME à Londres.

La rechute du géant chinois

Jeudi matin, la chute en Bourse du géant chinois de l’immobilier a tout remis en cause. "L’intérêt du marché des métaux de Shanghai pour le nickel est soudain devenu négatif, les liquidations agressives", a indiqué l’analyste Alastair Munro. La baisse a surtout concerné les cours du nickel destiné à l'acier, "sans conséquence pour le nickel de classe1 destiné aux batteries électriques dont les prix sont restés stables" a poursuivi l'analyste. Une bonne nouvelle pour l'usine du Sud de la Nouvelle-Calédonie.

Il aura suffi d’une chute de près de 10 % de l’action Evergrande pour que le cours du nickel dévisse. Des millions de logements en attente, des chantiers interrompus, les analystes ont anticipé les conséquences pour les métaux industriels d’un nouveau naufrage d'Evergrande, le géant chinois de la construction et de l'immobilier.

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Constructions du géant immobilier chinois Evergrande en Chine ©Stringer/AFP

Pour le nickel, l’ingrédient de l’inox, et pour ne prendre que deux exemples, les nouvelles craintes concernant Evergrande pouvaient avoir des conséquences concrètes : des millions d’éviers en acier inoxydable ne seraient peut-être pas commandés et autant de cages d’ascenseurs en inox.

Le nickel qui visait les 22.000 dollars mercredi a brutalement rechuté sous le seuil des 20.000. Evergrande (toujours grand) ne l’était décidemment plus.

Evergrande résiste

Comme rien n’est jamais simple, ni définitif, il aura suffi vendredi qu'Evergrande regagne 7,8 % en Bourse pour que les inquiétudes s'apaisent. Le nickel a retrouvé un peu de hauteur, en repassant le seuil des 20.000 dollars. Loin, tout de même de son record du milieu de semaine.

"Même si la plupart des gains réalisés mercredi se sont évaporés jeudi, nous pensons que le prix du nickel au LME ne fait que rééquilibrer les attentes du marché", a déclaré Andy Farida, analyste chez Fastmarkets.

"La dynamique des prix du nickel au LME est connue pour ses fluctuations extrêmes. La course verticale depuis le début des échanges en octobre devient très étendue et plutôt unilatérale. Nous pensons maintenant que ce fort repli fait partie d'une consolidation technique saine pour le nickel", a-t-il ajouté.

Les valeurs industrielles sensibles à la conjoncture chinoise et les grandes cycliques de la métallurgie ont poussé un ouf de soulagement après le versement par le géant chinois de l’immobilier d’intérêts sur obligation. La crainte était réelle d’une contagion des déboires d'Evergrande à l’ensemble du secteur.

Le récit haussier demeure

Vendredi, le nickel s’est redressé après des annonces indiquant une baisse de la production mondiale. Celle de Vale a chuté de 23 % au troisième trimestre. De son côté, le président de l’Association des Producteurs Philippins de Nickel a averti que la production minière de son pays chuterait de 10 % cette année, a indiqué le négociant Marex Spectron. 

LME Nickel le 22/10/2021 à 15:50 GMT (cours provisoire)

20.060 dollars/tonne + 0,65 %

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Evolution des cours du nickel au LME de Londres ©Marex Specton via Bloomberg