Le nickel hagard face à Kaliningrad et au risque de récession

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Kaliningrad
Une mouette sur un quai du port de Kaliningrad en Russie, sur la côte de la mer Baltique. ©MIKHAIL GOLENKOV / SPUTNIK/AFP
Les marchés ont été repris dès mercredi par leur angoisse de voir une récession se matérialiser dans les prochains mois, entraînés par la glissade du secteur de l'énergie et des matières premières. Et puis, l'impact géostratégique du blocus partiel de Kaliningrad par la Lituanie a provoqué la colère de Moscou. Vendredi soir, la glissage des cours du nickel a pris de l'ampleur.

Les rebonds du nickel se font plus rares car le métal -dont les utilisateurs semblent paralysés par la peur d’une bascule en récession- est dans une tendance baissière en cette fin de semaine. Son cours perd 12,85 % sur cinq jours, et près de 6,85 % pour la seule journée de vendredi.

Climat pesant

"C’est un climat pesant, mais malgré tout, le nickel est encore le seul métal à s’échanger au-dessus des niveaux d’avant la guerre en Ukraine", pondère Al Munro depuis le "back-office" de Marex à la Bourse des métaux de Londres. Oui, mais de peu et pour combien de temps encore ?

"Agressivité des transactions neutres", résume l’analyste qui voit les échanges se faire autour de 25.000 dollars la tonne pour le nickel de classe 1. Ce vendredi, ce dernier seuil est percé.

"Les craintes d'un ralentissement mondial imminent gagnent du terrain", a constaté Michael Hewson, analyste de CMC Markets.

Valeurs en baisse

"Le fait que les valeurs cycliques et le secteur de l'énergie soient tous en baisse signale, à mon sens, que les investisseurs sont inquiets pour la croissance, à mesure que se manifestent les risques de récession", a souligné Angelos Kourkafas responsable des investissements stratégiques chez Edward Jones.

"Le moral des investisseurs est meilleur, mais les nouvelles ne le sont pas", commente Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote, faisant référence à la publication d'indicateurs d'activité économique décevants concernant la zone euro et les États-Unis. Et puis, il y a toujours la guerre en Ukraine et les tensions autour de Taïwan.

Les cours des autres métaux ont également chuté, notamment le cuivre, poussé à un plus bas depuis plus d'un an, car un risque de confrontation direct existe entre l'OTAN et la Russie.

Le transit ferroviaire entre l'enclave russe de Kaliningrad et la Russie serait fortement ralenti. ©MIKHAIL GOLENKOV / SPUTNIK/AFP

Blocus limité

Depuis le 18 juin à minuit, Vilnius a en effet interdit le passage de certaines marchandises par voie ferrée depuis la Russie vers l’enclave et territoire russe de Kaliningrad (ex-Königsberg) situé entre la mer Baltique, la Pologne et la Lituanie. Le transport ferroviaire serait fortement ralenti par les contrôles systématiques effectués par les douanes lituaniennes.

Moscou menace de répliques sérieuses face à ce qu’elle considère comme un "blocus" de l'enclave à travers les marchandises sanctionnées : les aciers et autres produits fabriqués à partir de minerai de fer. 

Fusion refusée

Le refus de la fusion entre les sidérurgistes indien Tata Steel et allemand ThyssenKrupp par la Commission européenne, confirmé par la Cour de justice de l'UE, pesait aussi sur le secteur.

 "Le fait de ne plus pouvoir faire de fusion et de créer des synergies, c'est plutôt une mauvaise nouvelle pour le secteur des aciéristes", conclut Lionel Melka, directeur de recherche chez Homa Capital, cité par l’AFP.

LME-NICKEL (cours provisoire) : 24/06/2022 17H00 GMT 22.392 dollars/tonne -6,85 % LME-Nickel sur 5 jours -12,85 %