Enquête sur le "revenge porn" au sein de la jeunesse calédonienne

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C'est via des groupes Messenger que circulent photos et vidéos d'adolescentes dénudées. ©Gédéon Richard / NC la 1ère
Peu connu des parents, le phénomène du "revenge porn" ne concerne pas que les adultes. Il fait des ravages chez certains jeunes. Des photos ou des vidéos dénudées diffusées par vengeance, sur les réseaux sociaux. La pratique concerne de plus en plus les mineurs, en Nouvelle-Calédonie.

C’est un phénomène qui n’épargne ni la Nouvelle-Calédonie, ni les mineurs. De plus en plus d’adolescents sont victimes de "revenge porn". Cette pratique consiste à diffuser, souvent par vengeance, des photos ou des vidéos dénudées sans le consentement de la victime. Avec des conséquences souvent graves pour les jeunes, dont la vie intime est ainsi dévoilée au grand jour.

La plupart des collégiens et des lycéens connaît l'existence de ces groupes de discussions accessibles uniquement sur invitation. Et pas besoin de se rendre sur des plateformes spécialisées ou cryptées, tout se passe sur Messenger. "Ce sont des groupes qui sont créés par des comptes anonymes. Par exemple, dans celui-là il y a plus de 300 personnes. On y voit des photos de filles nues. En gros, ce sont des photos volées", raconte un lycéen.

La grande majorité n'a pas conscience du danger

Si tous les adolescents de Nouvelle-Calédonie ne sont pas sur ces groupes, la grande majorité en connaît l’existence. Ils connaissent également les cas de ces jeunes harcelés suite à la diffusion de leur image dans des situations intimes. Et pourtant, la grande majorité n’a pas conscience du danger, assure l’adjudant Annabelle Lepez, de la Maison de confiance et de protection des familles.

Ils pensent que cela arrive toujours aux autres. ‘De toute façon le copain m’a dit qu’il allait l’effacer, qu’il ne va pas la garder', etc. Il y a une certaine confiance qui se fait et ils n’ont pas conscience de l’impact que cela peut avoir sur l’avenir.

Adjudant Annabelle Lepez, de la Maison de la confiance et de protection des familles

Pour protéger les jeunes, l’adjudant Lepez conseille aux parents de vérifier ce que les adolescents font sur leur téléphone, quelles applications ils utilisent, quelles photos y sont présentes. Pour les protéger, mais aussi parce que les images d’adolescents sont dans leur grande majorité diffusées par d’autres ados. Et dans ce cas, confirme le procureur de la République Yves Dupas, ce sont bien les parents qui sont responsables.

Cyber harcèlement et pédopornographie

"Il faut que les parents intègrent leur responsabilité, parce qu’ils sont les représentants légaux, les garants du respect de la loi par leurs enfants. Ils ont une responsabilité, le cas échéant, financière", confirme le procureur.

Le revenge porn n’a rien d’anodin. Depuis 2016, c’est un délit puni de 2 ans de prison. Le cyber harcèlement comme le chantage en ligne est lui puni de 3 ans d’emprisonnement. Et si la victime est mineure, les faits relèvent de la détention et diffusion d’images pédopornographiques.

La première partie de l'enquête réalisée par Charlotte Mannevy

Des milliers de vidéos qui circulent

Ce sont des discussions loin d’être innocentes qui se passent sur une plateforme grand public, Messenger. Invisibles pour le monde des adultes, car accessibles uniquement sur invitation, on y trouve des milliers de vidéos majoritairement pornographiques. Parmi elles, celles d’adolescentes du pays. "J’ai reçu un message d’un garçon que je ne connaissais pas du tout. Il m’a dit : ‘J'ai vu une vidéo de toi dans tel groupe’. Je lui ai demandé de me dire où et il ne voulait pas me le dire. J’ai essayé de mener ma petite enquête pour essayer de voir comment cela s’était passé, mais, en fait, on ne peut pas retrouver la vidéo", raconte une jeune fille.

Le témoignage d'une jeune victime, recueilli par Charlotte Mannevy

Il y a plus de 1 000 vidéos dans ce groupe. C’est trop compliqué. Du coup, j’ai porté plainte. J’en ai parlé à mes parents. Ils ont été à l’écoute et c’est en cours à la gendarmerie. Pendant une semaine, à peu près, j’étais dégoutée de moi-même. J’avais honte, j’avais peur d’aller au lycée l’année prochaine, parce que d’autres gens que je ne connais pas, voir des gens que je connais, voient mon corps sans mon consentement.

Une jeune victime

Une mésaventure qui est également arrivée à l'une de ses amies. "Ces vidéos de nues se sont retrouvées dans des groupes. Elles en sont sorties parce que les gens les prennent et les partagent partout. C’est comme cela qu’elle s’est faite harcelée pendant longtemps", confirme cette adolescente.

Porter plainte, le seul bon réflexe

Tous les jeunes ont entendu parler du phénomène mais bien peu savent s’en protéger. Alors malgré ce qui est arrivé à son amie, quelques mois plus tard, cette adolescente a, elle aussi, été victime de revenge porn. Et comme bien souvent dans ces cas-là, difficile d’en parler à un adulte, alors que les camarades ne sont pas de bons conseils.

"On m’a dit de ne pas porter plainte parce que cela allait se retourner contre moi, que c’était moi qui était sur cette vidéo et que j’avais choisi de la faire alors que du coup c’était de ma faute, à la base. Donc j’ai mis du temps à en parler à mes parents. Au bout d’un mois, je me suis qu’il valait mieux que j’en parle. Ils m’ont aidé et nous sommes allés porter plainte avec mon père", détaille-t-elle.

Porter plainte, c’est le seul bon réflexe à avoir pour stopper la spirale infernale confirme l’adjudant Annabelle Lepez. Elle est régulièrement confrontée à ce genre de problèmes.

On peut se retrouver aussi avec des enfants qui en viennent au suicide. Ils ne savent pas se sortir de cette spirale. Cela peut partir au chantage, parfois. ‘Je détiens telle photo. Si tu ne me donnes pas de l’argent, je les publie’. Cela peut aller très très loin

L’adjudant Annabelle Lepez, de la Maison de confiance et de protection des familles.

S’il peut être difficile pour une jeune victime de parler du problème à ses parents, La Maison de confiance et de protection de la famille de Nouméa est joignable au 29 56 91, celle de Koné au 45 12 19. Le site e-enfance.org est également une mine de bons conseils.

La deuxième partie de l'enquête réalisée par Charlotte Mannevy