Le sommet entre les Etats-Unis et le Pacifique insulaire s’achève, Washington a promis une aide de presque 100 milliards CFP

océan pacifique
Sommet Etats-Unis / pays insulaires du Pacifique photo de famille
La très attendue photo de famille à l'issue de ce sommet historique, avec le président calédonien tout à gauche. ©U.S. Pacific island country summit 2022
810 millions de dollars, soit presque 100 milliards CFP, c'est le montant du nouveau fonds promis par les Etats-Unis pour aider les territoires insulaires du Pacifique. L'annonce a eu lieu lors du sommet inédit organisé mercredi et jeudi à Washington, avec la participation d'une délégation calédonienne. Il a vu la Maison Blanche dévoiler sa stratégie pour la région. Egalement à la clé, une déclaration commune déclinant une dizaine d'intentions.

Contrer l'influence de la Chine dans la région Pacifique, tel était l'enjeu en toile de fond pour les Etats-Unis, lors du premier "U.S. - Pacific island country summit". Et quoi de mieux pour cela que des promesses de financement ? De ce sommet achevé jeudi soir à la Maison Blanche, on retiendra en effet le déploiement d'un nouveau fonds d’aide aux pays et territoires de la région : Washington annonce 810 millions de dollars, soit 99 milliards CFP.  

En quoi consistera ce fonds ?

"The White House" a indiqué que 600 millions prendraient la forme d'un ensemble d'aides sur dix ans, visant à nettoyer des eaux polluées pour soutenir la pêche au thon. Les USA vont également renforcer leur soutien en matière de climat et d'aide au développement. Mais aussi leur présence diplomatique. 

Présence diplomatique accrue

Car c'est un angle d’attaque, pour gagner des points face à Pékin. Les Etats-Unis vont officiellement reconnaître la souveraineté des îles Cook et de Niue. Ces territoires autonomes sont associés à la Nouvelle-Zélande pour la diplomatie, la défense et la politique monétaire. En plus des Salomon, où la Chine s'avère très présente, les USA ont indiqué l’ouverture prochaine d’ambassades américaines à Tonga et Kiribati.

Un ambassadeur au FIP

Autre pierre de cette stratégie (développée en anglais ici), l’arrivée des Etats-Unis au FIP. Frankie Reed, diplomate américain habitué de la zone, sera désormais l’ambassadeur de Washington pour siéger auprès du Forum des îles du Pacifique. Par ailleurs, l'Agence américaine pour l'aide au développement (Usaid) doit ouvrir une mission dans les îles Fidji d'ici septembre 2023 et des membres du Peace corps, un programme de bénévolat du gouvernement américain, seront déployés aux Fidji, à Tonga, Samoa et Vanuatu. Ainsi que, possiblement, aux Salomon, selon la Maison Blanche.

Discours présidentiel

Le président Joe Biden lui-même a pris la parole ce jeudi, devant les participants à cette grand-messe diplomatique inédite. A savoir les îles Cook, les États fédérés de Micronésie, Fidji, la Polynésie française, Nauru, la Nouvelle-Calédonie, Palau, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la République des Îles Marshall, les Samoa, les îles Salomon, les Tonga, le Tuvalu ou encore le Vanuatu. 

Synthèse avec ce plateau de France 2 :

©nouvellecaledonie

Et pour les anglophones, cette intervention de Joe Biden durant le sommet :

Une seconde journée qui s’est tenue à la Chambre de Commerce, au Capitole (qui abrite le Congrès) et au Département d’Etat, avant un dîner à la Maison Blanche.

Charles Wea, Claude Gambey et Louis Mapou dans les couloirs du Capitole. Washington, 29 septembre 2022
Charles Wea, Claude Gambey et Louis Mapou dans les couloirs du Capitole. ©GNC

La veille, des échanges ont eu lieu avec le Secrétaire d’État américain, Antony Blinken, la ministre en charge du commerce Gina Raimondo, ou encore l’envoyé spécial pour le climat, John Kerry. 

Déclaration commune

Edouard Fritch et Louis Mapou avec le président américain Joe Biden.
Edouard Fritch et Louis Mapou avec le président américain Joe Biden. ©GNC

Reste à savoir comment la Calédonie pourra bénéficier de cette nouvelle implication des Etats-Unis dans le Pacifique. Le président du gouvernement local, Louis Mapou, est en tout cas impliqué, tout comme son homologue polynésien, dans la déclaration commune publiée ce jeudi. "Face à une crise climatique qui s'aggrave et à un environnement géopolitique de plus en plus complexe", les participants au sommet s’y engagent "à nouveau à travailler ensemble dans un véritable partenariat pour relever les défis croissants de notre époque".

Un engagement décliné de onze manières

  1. Renforcer le partenariat. "Les dirigeants du Pacifique saluent l'engagement des États-Unis à renforcer leur engagement, notamment en élargissant leur présence diplomatique, les liens entre nos peuples et la coopération américaine au développement dans la région."

  2. Renforcer le régionalisme du Pacifique.

  3. Faire face ensemble à la crise climatique en priorité. Les signataires se disent "unis dans notre engagement à mettre en œuvre l'Accord de Paris" et s'engagent "à travailler ensemble pour faire avancer les progrès à la COP27 et au-delà". Ils exhortent "tous les pays - en particulier les grands émetteurs - dont les objectifs de contribution déterminés au niveau national pour 2030 ne sont pas encore alignés sur l'objectif de température de Paris à accroître leur ambition et à aligner ces objectifs sur une trajectoire de 1,5 °C avant la COP27".

  4. Renforcer la coopération pour faire progresser la croissance économique et le développement durable dans le Pacifique.

  5. Se soutenir mutuellement pour mieux se préparer aux catastrophes naturelles et y répondre (marées hautes dangereuses, tsunamis, chutes de cendres et éruptions volcaniques, tremblements de terre, cyclones violents, ouragans, sécheresses).

  6. Protéger le Pacifique bleu et renforcer les lois qui le régissent. C'est-à-dire renforcer la coopération en matière de sécurité maritime, de conservation maritime et d'utilisation durable.

  7. "Maintenir la paix et la sécurité sur le continent bleu du Pacifique", avec ces phrases : "Nous nous opposerons à tous les efforts visant à saper l'intégrité territoriale et la souveraineté de tout pays, grand ou petit. Nous condamnons toutes les guerres d'agression, y compris la guerre brutale de la Russie contre l'Ukraine. Nous réaffirmons notre respect pour la capacité des nations à prendre des décisions souveraines dans le meilleur intérêt de leur peuple." 

  8. Poursuivre la coopération pour répondre aux préoccupations liées au Covid-19 et à d'autres problèmes de santé.

  9. Elargir les opportunités "pour tous nos peuples" (éducation, formation, égalité des sexes, défense de la démocratie, reconnaissance du rôle joué par les diasporas, sport).

  10. Réaffirmer l'engagement à s'attaquer de manière globale aux séquelles des conflits et à la promotion de la non-prolifération nucléaire.

  11. Le onzième point consiste à la façon de mettre en œuvre toutes ces intentions.

Tensions d'avant sommet 

La perspective de cette déclaration a entraîné des désaccords. Plus tôt dans la semaine, les Salomon, mis en cause pour leur relation avec Pékin, menaçaient de ne pas la signer faute de consensus sur son contenu. Mais le nom du Premier ministre Manasseh Sogavare a bien paraphé le texte daté de ce jeudi et diffusé par Washington. Une déclaration finale dans laquelle la Chine n'est jamais directement mentionnée.