Les tourments de l’usine du Sud font monter le cours du nickel

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Traders du nickel au LME
La Bourse des métaux de Londres est la référence mondiale pour la fixation des cours du nickel ©Alain Jeannin
A la City de Londres, ce vendredi, les spéculateurs ont parié sur la fermeture de l'usine du Sud, annoncée par un haut dirigeant de Vale. Elle conduirait à une pénurie pour le marché des batteries. Le cours du nickel a grimpé, signe que le marché y croit. Mais il se trompe souvent...
Vale, souffle-t-il le chaud et le froid ? Une différence d’analyse au sujet de l’usine du Sud, oppose-t-elle canadiens et brésiliens ? La question mérite sans doute d’être posée. Le projet calédonien de Goro Nickel et de l’usine du Sud a été porté dans les années 2000 par des ingénieurs francophones de la compagnie minière canadienne International Nickel Company (Inco). En 2006, son rachat par le brésilien Vale s’est fait sous condition. Le gouvernement canadien a obtenu le maintien au Canada de la branche métaux et nickel, aprés l’acquisition d’Inco par Vale. Pour les brésiliens, le complexe industriel calédonien est un actif, devenu passif, reçu dans la corbeille de mariage avec le canadien. Et l’usine du Sud aura coûté très cher à la multinationale brésilienne, plus de 6 milliards de dollars. Quatorze ans plus tard, ce sont peut-être des dissensions enfouies, entre canadiens et brésiliens, qui expliquent les prises de position contradictoire de Vale au sujet de l’usine du Sud.
 

Vale Canada : on continue

Une source gouvernementale française a indiqué, vendredi, à Outre-mer La 1ere que Mark Travers, directeur exécutif, métaux de base et nickel du producteur brésilien au Canada, et qui figure en septième position dans l’organigramme de Vale,  "a confirmé que la stratégie de Vale n’a pas changé et que la multinationale pouvait toujours examiner une offre de reprise pour éviter la mise sous cocon de l’usine du Sud". Et notre interlocuteur de poursuivre, sous couvert d’anonymat : "Nous avons indiqué à monsieur Travers que la communication de Vale devrait être plus précise pour éviter des annonces non maîtrisées." Faisant en cela référence aux propos tenus sur Bloomberg TV par Luciano Siani Pires. Le directeur exécutif, finances et relations avec les investisseurs de Vale a annoncé, jeudi, la fermeture de l’usine du Sud en 2021.
 

Vale Brésil : on arrête

Les propos rapportés et qui auraient été tenus par le dirigeant canadien de Vale, viennent donc contredire la position prise par le directeur exécutif en charge des finances et des investisseurs du groupe brésilien, ce dernier ayant une place plus élevée dans la hiérarchie de la multinationale. Occupant la quatrième position dans l’organigramme de Vale, monsieur Siani Pires a vu sa déclaration reprise par la principale agence d’information mondiale de l’industrie minière. Et la dépêche du Metal Bulletin de Londres d’annoncer : "Vale, a confié à sa filiale calédonienne VNC les opérations de maintenance et d’entretien de l’usine, mais les opérations de production de nickel et de cobalt y cesseront complètement en 2021".


De la rancoeur ?

Cette annonce, remarque la journaliste Amy Hinton, intervient exactement "un mois après l'échec de la proposition de vente de l'actif calédonien au producteur australien New Century Resources"…Le Metal Bulletin (Fastmarket) rappelle que "l'acheteur potentiel de l’usine du Sud, New Century, avait prévu de produire le matériau de nickel et de cobalt précurseur des batteries, en partant du principe que l'acquisition serait un succès, à la mesure de l'accord d'achat déjà conclu entre Tesla et Vale Nouvelle-Calédonie. Un accord confidentiel, pour approvisionner la méga usine au Nevada du fabricant américain de véhicules électriques, avait été conclu en mars dernier".

Pour le Metal Bulletin, "l’annonce du dirigeant de Vale au Brésil a pris les négociants londoniens et le LME par surprise, alors que "l'actif calédonien peut répondre à la demande croissante de nickel de classe 1 et de cobalt éthique pour le secteur florissant des véhicules électriques (VE)". La fermeture de l’usine du Sud retirerait potentiellement 60 000 tonnes de nickel et de cobalt d’un marché bientôt proche de la pénurie". L’offre mondiale s'en ressentirait, elle serait insuffisante, alors sans attendre, le cours du nickel a grimpé...
 

Cours mondial du nickel au LME de Londres le 09/10/2020 à 16:35 GMT: 15 187 dollars par tonne + 3,72 %.