Nickel : loin de leur passé calédonien, l’avenir incertain des métallurgistes grecs de Larco

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Métallurgiste du nickel dans l'usine de Larymna du produteur Larco. ©Nordine Bensmail
La Grèce vient de lancer la vente d'actifs industriels et miniers appartenant à Larco, le premier producteur de nickel d’Europe. Pour se sauver, le cousin grec de la SLN envisage toutes les solutions, et pourquoi pas de produire un ingrédient de nickel pour les batteries électriques.
La privatisation de Larco est lancée. Elle vise à éviter, dans quelques mois, la fermeture du producteur de nickel, lourdement endetté. La date limite pour les offres de reprise a été fixée au 8 janvier, a indiqué le ministère grec de l'Énergie. Les offres doivent être motivées, détaillées et financées a précisé, comme une évidence, l'administrateur provisoire de Larco.


Situation

Larco, qui appartient à 55 % à l'État grec et qui a évolué, de l’après-guerre jusqu’en 1968, au sein de la même entité industrielle que la SLN de Nouvelle-Calédonie, traverse de redoutables difficultés. Concurrence du ferronickel produit en Ukraine, en Macédoine et au Kosovo, sous-investissement industriel et environnemental, l’entreprise croule sous un demi-milliard d'euros de dettes envers ses fournisseurs, ses banques, l’Etat grec et des fonds de pension.
 
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Stock de ferronickel grec produit par Larco et destiné à l'aciériste finlandais Outokumpu. ©Alain Jeannin


Adaptation

Un administrateur spécial a été nommé en février pour vendre les actifs de Larco à de potentiels repreneurs. Car la situation ne s’est guère améliorée malgré la forte reprise des cours du nickel. Larco produit du ferronickel qui est abondant sur le marché mondial et subit des décotes. Elles peuvent aller jusqu’à deux mille dollars par tonne sous le cours officiel affiché à la Bourse des métaux de Londres. Les investisseurs et les traders n'ont d’yeux que pour l’autre nickel, celui des batteries électriques. Et l’usine grecque n’est pas adaptée. Alors, son administrateur provisoire et le management de l'usine envisagent la production de mattes intermédiaires, des concentrés qui seraient transformables pour obtenir ensuite du nickel de qualité batterie. Encore faudrait-il investir une centaine de millions d’euros, encore faudrait-il aussi que la demande mondiale atteigne des sommets. Produire des mattes ? La solution envisagée est possible, mais elle n'est pas la plus économique et elle nécessiterait d'importantes adaptations.


Appel d'offres

L'agence de privatisation grecque et l'administrateur spécial de Larco vont donc lancer des appels d'offres séparés pour la plus grande usine et la plus grande mine de nickel d’Europe. Des investisseurs grecs, russes, ou de la région des Balkans pourraient être intéressés, à moins qu’il ne s’agisse d’un négociant international de Rotterdam. De la Grèce à la Nouvelle-Calédonie, en passant par Madagascar, l’histoire du nickel se répète. Parfois évoquée par les journaux grecs, espérée par les syndicalistes de Larymna, la reprise de Larco par Eramet a vite été abandonnée, le groupe français ayant déjà fort à faire avec sa filiale calédonienne pour ne pas se soucier de Larco, son cousin hellénique.
 
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L'usine de ferronickel de Laryma en Grèce ©Alain Jeannin


Histoire 

Détruite par l’armée allemande en 1944 en application de la politique de la terre brûlée, l’usine de Larymna été reconstruite. Sa production a été relancée au début des années cinquante par des métallurgistes du nickel venus de Nouméa en Nouvelle-Calédonie. Quand la question s’est posée de reconstruire les infrastructures industrielles, les géologues et les ingénieurs de l’École des Mines d’Athènes se sont tournés vers leurs collègues de l’École des Mines de Paris. Tout naturellement, l’idée est venue de contacter les experts français de l’industrie du nickel, ils se trouvaient chez la SLN en Nouvelle-Calédonie qui a répondu favorablement et a détaché des spécialistes.

Dans l’immensité bleue de la Grèce et à 100 kilomètres au nord d’Athènes, les bureaux de la mine de Saint-Jean sont entourés d’oliviers. Au mur, s’étalent des cartes un peu jaunies établies jadis par les géologues calédoniens. Elles sont encore utilisées par les ingénieurs grecs pour évaluer la ressource minière, comme une alternative à la numérisation des données. Ici, les mineurs du nickel travaillent encore à l'ancienne...
 
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La mine de Saint Jean (Larco) au nord d'Athènes en Grèce ©Alain Jeannin


Laryma et Doniambo

L’usine de Larymna produit toujours du ferronickel destiné à l’acier inoxydable. Le procédé industriel est le même que celui utilisé en Nouvelle-Calédonie. Rien d’étonnant à cela, les plans du complexe industriel grec furent établis en s’inspirant directement de ceux de l’usine de Doniambo. Vassilis Cambas, le directeur commercial franco-grec de Larco, connaît bien cette histoire, il rappelle que "des mots en français comme camion, chariot, benne sont toujours utilisés par les métallurgistes et les mineurs grecs depuis le passage des gens de la SLN ".
 
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Vassilis Cambas à droite sur la photo est le directeur commercial de Larco ©Alain Jeannin


Des emplois menacés

Le temps est compté pour les mille salariés de Larco. La seule entreprise de cette région pauvre du nord de l’Eubée est confrontée à une dernière difficulté. Le producteur métallurgique doit assumer une facture énergétique très importante, plusieurs centaines de milliers d'euros chaque mois, car les fours de l'usine qui produisent le nickel sont très voraces en mégawatts. Une solution existe, Larco envisage la construction d’une centrale électrique au gaz naturel liquéfié, une solution moins chère et plus propre que le charbon. Là encore, tout est question de restructuration et de financement. Dans la compétition du nickel aussi, malheur au vaincu…


Larymna, une usine de nickel en Grèce, des images de Nordine Bensmail