Nickel & Usine du Sud : " pour trouver un accord il faut un dialogue en Nouvelle-Calédonie" [Mark Travers, Directeur de Vale au Canada]

nickel
VALE
Mark Travers Directeur de la branche métaux industiels et nickel du groupe brésilien Vale à Toronto au Canada. ©VALE

Dans une interview accordée au quotidien économique Les Echos, Mark Travers, Directeur de la branche des métaux industriels et du nickel au sein du groupe minier brésilien, se dit préoccupé par l'absence de volonté de dialogue des indépendantistes calédoniens dans le dossier de l'usine du Sud.

"Le temps presse et il devient urgent de trouver une solution pour sauver l’usine du Sud" a déclaré Mark Travers dans une interview au quotidien économique Les Echos, en date du vendredi 5 février. Une interview qui arrive au même moment, ou presque, que celle accordée par Christophe Salmon, le directeur financier de Trafigura, à Nouvelle-Calédonie La 1ère.

Résumé de l'entretien accordé aux Echos

Mark Travers se dit ouvert au dialogue, Vale soutiendra financièrement la période de transition et la reprise par le consortium calédonien Prony Resources. Le négociant Suisse Trafigura est un atout et il fera partie de l'opération, mais uniquement comme investisseur et actionnaire minoritaire, chargé de vendre au meilleur prix le produit calédonien destiné aux batteries de la transition énergétique. Vale est prêt à discuter, à donner du temps au temps, mais il ne se soumettra à aucun diktat.

Y penser mais ne pas en parler...

Dans son interview, le dirigeant canadien ne fait pas état du montant des dégradations commises contre l'usine du Sud. Ce montant dépasserait les 20 millions d'euros, auxquels s'ajouteraient au moins 40 millions d'euros de pertes de production depuis l'arrêt de l'usine. Dans un reportage diffusé par Nouvelle-Calédonie La 1ère, une salariée de Vale-NC a raconté son triste quotidien en livrant involontairement une information : "mon travail consiste désormais à évaluer le montant des dégâts". Ce chiffrage est l'objet d'une négociation entre Vale, Prony Resources et Trafigura a appris Outre-mer La 1ère. Il s'agit de savoir qui va payer les dégâts. Un accord aurait été trouvé...

"Nous ne voulons pas partir sans solution durable"

Mark Travers a répondu aux questions des Echos depuis Toronto au Canada qui regroupe l’essentiel des opérations dans le nickel du groupe brésilien. Vale passe la main et M.Travers explique pourquoi  : "Nous avons commencé à transformer le modèle économique de nos opérations en Nouvelle Calédonie et adapter l'usine pour produire du Nickel Hydroxyde Cake qui sert à la fabrication de batteries pour véhicules électriques (…) Mais nous estimons à 3 ou 4 ans le temps nécessaire pour que le repositionnement soit pleinement achevé (…) et c'est pourquoi nous jugeons qu'un nouvel opérateur sera plus à même de s'y consacrer à temps plein pour que le projet puisse être mené à bien".

"L'usine et la mine de Goro sont essentielles pour la Nouvelle-Calédonie, son économie, nos salariés et nos sous-traitants. Nous sommes un groupe responsable et nous ne voulons pas partir sans trouver une solution durable pour l'avenir des opérations et de nos collaborateurs. Vale NC est sur la voie du succès pour devenir autonome mais a besoin encore de soutien financier important. Ce soutien, nous sommes prêts à l'apporter dans le cadre d'un projet de reprise solide tel qu'il existe aujourd'hui à travers le Consortium Prony Ressources" a poursuivi Mark Travers, avant de justifier la confiance accordée au négociant Suisse Trafigura. "Ce sera un actionnaire minoritaire, il a un passé de négociant mais aussi d'opérateur de mines et d'usines, même dans le nickel comme en Finlande. Ils ont l'expérience nécessaire, la force commerciale et sont déterminés à respecter les engagements de durabilité. Il est hors de question de transférer les opérations à un repreneur qui ne serait pas capable de respecter les meilleurs standards environnementaux en Nouvelle-Calédonie où l'écosystème est fragile."

Nous sommes préoccupés...

Le dirigeant canadien de Vale se dit ensuite préoccupé par la situation de blocage en Nouvelle-Calédonie. "Nous observons une réelle ouverture d'esprit au sein du consortium, mais nous sommes préoccupés par l'absence de volonté de dialogue de la part des indépendantistes. Pour trouver un accord sur la structure d'actionnariat, il faut bien un dialogue. De notre côté, nous sommes ouverts à toute proposition dans le cadre du projet de reprise existant, le seul viable sur la table."

Si la négociation échoue...

Et pour Mark Travers, qui s’exprime au nom de la direction du géant minier brésilien, "la vente doit être bouclée en mars avec des jalons intermédiaires en février. On peut envisager de prolonger encore un peu les discussions, mais nous avons besoin d'avoir des signes positifs dans les semaines qui viennent. Le temps presse et il devient urgent de trouver une solution. La mise à l'arrêt de l'usine coûte cher et c'est de l'argent gâché qui aurait pu être injecté dans des projets plus utiles."

En conclusion, Mark Travers exprime clairement la position du groupe brésilien en répondant à la question des Echos : "Et si les négociations échouent ?"

"L'usine sera mise sous cocon avec un dispositif de protection des actifs. J'espère que nous pourrons éviter ce scénario. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour favoriser la conclusion d'un accord sur la cession de Vale NC. 3.000 emplois sont en jeu. Mais nous ne pouvons pas contrôler la situation sur l'île."