Louis Mapou se savait en sursis depuis plusieurs semaines. Mais le timing choisi par Calédonie ensemble pour renverser son gouvernement surprend. La lettre de démission a été remise juste après la présentation du gouvernement Bayrou et juste avant le réveillon de Noël. Ce alors que la Calédonie sort à peine d’une période de tensions à laquelle elle cherche toujours une issue politique.
Les réactions de chefs de groupe au Congrès à retrouver ci-dessous :
“Notre groupe regrette l’instabilité générée par la chute du gouvernement”
Françoise Suve, présidente de l’intergroupe Loyalistes au Congrès, dit regretter “l’instabilité générée par la chute du 17e gouvernement dans un contexte particulièrement difficile.” Mais “nous sommes prêts et nous assumerons nos responsabilités en tant que formation non indépendantiste. Le prochain gouvernement devra être constitué dans un esprit de responsabilité, avec beaucoup de pragmatisme parce que les défis sont énormes et vitaux pour la Nouvelle-Calédonie. Il faut engager des réformes pour relancer notre économie, il faut diminuer nos dépenses publiques, garantir la survie des emplois et assurer la viabilité financière des institutions calédoniennes et de nos comptes sociaux”, liste-t-elle alors que les tractations politiques ont commencé en vue de constituer le prochain gouvernement.
“Nous voulons un projet de gouvernance qui soit clair et structuré, qui rassemble une majorité et qui réponde aux urgences que la Calédonie affronte actuellement. Nous restons ouverts. Seul l’intérêt de la Nouvelle-Calédonie nous préoccupe”, assure-t-elle.
“Nous comprenons les motivations” de Calédonie ensemble
Virginie Ruffenach, présidente du groupe Rassemblement au Congrès, indique “prendre acte de cette décision. Nous en comprenons les motivations”. “Depuis des mois désormais, il est très difficile de travailler avec le président Louis Mapou. Systématiquement, nos initiatives au Congrès pour essayer de travailler ensemble reçoivent des fins de non-recevoir", précise-t-elle.
“Nous allons parler avec nos collègues et partenaires Loyalistes de la suite. Ce que nous souhaitons, c’est qu’il n’y ait pas d’instabilité politique pour les Calédoniens”, enchaîne-t-elle, ne fermant pas la porte à des négociations avec Calédonie ensemble. “Je pense qu’il faut discuter avec toutes les personnes responsables et progressistes”, souligne-t-elle. Si liste commune il y a, le numéro un devra être “une personnalité qui rassemble, quelqu’un qui soit capable d’établir ce lien entre gouvernement et Congrès, de viser l’intérêt général”, estime-t-elle.
“Était-ce le bon moment ?”
Comme Françoise Suve, Jean-Pierre Djaïwé, le président du groupe Union nationale pour l’indépendance (Uni) se demande s’il était pertinent de renverser le gouvernement maintenant. “Est-ce le bon moment, à un an du renouvellement des institutions de la Nouvelle-Calédonie ? Est-ce raisonnable ?” alors que les discussions sur l’avenir institutionnel doivent reprendre. “Il faut créer les conditions pour que l’on puisse se mettre tous ensemble autour de la table, pas comme ce qu’il s’est passé en 2023, où quand certains étaient là, d’autres n'étaient pas là.” Désormais, “qui sera autour de la table ?”, s’interroge-t-il. Les choses ne risquent-elles pas de se tendre à nouveau ?
Le représentant du groupe dont est issu Louis Mapou, tient en tout cas à souligner qu’à ses yeux, “le gouvernement a bien fait les choses, il ne s’est pas mal débrouillé pour que la Calédonie arrive à se sortir des crises respectives qu’elle a connues : la crise sanitaire, les émeutes du 13 mai”, cite-t-il. “Il fallait agir en urgence.”
Alors que le compte à rebours a commencé pour élire un nouveau gouvernement, la stratégie de l'Uni ne semble pas encore arrêtée : “Nous allons aller auprès de notre base pour déterminer la ligne de conduite à tenir.”