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Pacifique: l'agence des pêcheries du Forum réagit à la crise des bateaux bleus

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Blue boats pêche illégale
Ces deux dernières semaines, le Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie ont saisi au moins 10 navires vietnamiens, venus braconner dans leurs eaux. L'agence des pêcheries compte sur l'aide de l'Australie pour améliorer la surveillance de l'océan. 
Les bateaux bleus sont de petites embarcations en bois utilisés par des équipages asiatiques, surtout vietnamiens, pour venir piller le poisson, les concombres de mer, les homards, les mollusques dans l'ouest du Pacifique. 
 
Le phénomène inquiète particulièrement la Papouasie Nouvelle-Guinée. La semaine dernière, le ministre papou de la Pêche, Mao Zeming, a déclaré récemment que l'arrivée des bateaux bleus représentait « une menace pour la sécurité du pays ». La Papouasie Nouvelle-Guinée entre en effet en période électorale, et le gouvernement craint que des armes, peut-être transportées clandestinement par les bateaux bleus, ne rentrent dans le pays et soient utilisées en cas de contestations des résultats
 
« C'est tout à fait possible, confirme James Movick, le directeur général de l'agence des Pêcheries du Forum des Îles du Pacifique. Car ces petits bateaux bleus peuvent circuler sans être repérés, donc qu'est-ce qui les empêche de transporter de la drogue, ou de se livrer à d'autres trafics? Parce que on sait déjà que ces bateaux bleus ont transporté des migrants clandestins, et en plus, ils représentent un risque pour la biodiversité, ils apportent des organismes qui peuvent nuire à l'environnement du Pacifique ouest. Donc c'est le moment de s'organiser pour les contrôler, et nous essayons d'aider les pays concernés. » 
 
Parmi les pistes à l'étude: la création d'un système de certification internationale, qui garantit que les concombres de mer sont issus de la pêche légale et durable. Mais surtout, dans quelques semaines, l'agence va tester un nouveau dispositif de surveillance océanique par satellite. 
 
« Nous travaillons avec les gouvernements de la région pour qu'ils aient les moyens d'arraisonner ces bateaux bleus, souligne James Movick. Ça ne sert à rien d'apporter la preuve qu'ils ont braconné, uniquement avec les images satellite ou aériennes, parce que les images ne permettent pas d'identifier le propriétaire du bateau et de le poursuivre en justice. Donc il faut vraiment saisir ces bateaux, et continuer d'appliquer la méthode des Palaos, qui brûlent ces bateaux, ça a l'air d'être relativement efficace, plus efficace en tout cas que de ramener les bateaux bleus au port, parce qu'après il faut prendre en charge l'équipage. »
 

Mais l'effet dissuasif de l'autodafé des bateaux bleus est mis en doute par les États Fédérés de Micronésie.

 
Les profits tirés de la pêche compensent largement la perte d'un ou deux bateaux. D'après Clayton Lawrence, procureur aux États Fédérés de Micronésie, il suffit d'une seule campagne de braconnage dans le Pacifique pour rembourser les investissements des entreprises de pêche illégale - c'est-à-dire le coût d'achat du bateau, et le carburant. 
 
Le Département de la Justice des États Fédérés de Micronésie estime que c'est aux gouvernements de discipliner leurs flottes de bateaux illégaux, et donc de les poursuivre en justice. Pour le moment, le Vietnam ne donne pas de signe de réelle coopération. En décembre, le gouvernement s'est borné à promettre l'ouverture d'une hotline via laquelle les pays du Pacifique pourrait lui signaler la présence de braconniers vietnamiens dans leurs eaux.  
 
« Effectivement, la hotline ne sera pas efficace, tranche le directeur de l'agence des Pêcheries du Forum des Îles du Pacifique. Ce que nous devons faire, c'est améliorer la surveillance, et le partage de renseignement entre les pays de la région. C'est crucial parce que les bateaux bleus sont de petites embarcations en bois que l'on ne détecte pas sur nos radars. Donc le programme de surveillance mené par l'Australie, qui va être renforcé cette année, sera un atout majeur. »
 
L'Australie a en effet annoncé en septembre dernier qu'elle offrirait 21 navires aux autres pays-membres du Forum des Îles du Pacifique, pour leur permettre de traquer les braconniers dans leurs eaux. Canberra va aussi aider ses voisins à renforcer la surveillance aérienne. 
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