Pour faire face aux attaques, les filets anti-requins sont-ils la solution?

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La baie des Citrons évacuée après le signalement d’un requin
©Alix Madec
L’annonce de la mise en place d'un filet anti-requins à la Baie-des-Citrons ne fait pas l’unanimité. La mairie de Nouméa a pourtant lancé un appel d'offres la semaine dernière. Objectif : placer une barrière rigide faite de carreaux à 200 mètres de la plage, pour "sécuriser la zone de baignade". Des habitués et des associations y sont déjà opposés.

La "BD" n’est pas seulement un lieu de baignade et de farniente, c’est aussi un paradis de biodiversité, qui fait le bonheur des amoureux de la vie sous-marine. Alors, pour la petite communauté de plongeurs, dont fait partie Jonathan, l’annonce de la pose d’un filet anti-requins n’est pas une bonne nouvelle.

La BD c'est ultra riche. Il y a énormément de vie sur les deux bords. On a pas mal de poissons coralliens, il y a des tortues qui viennent, il y a des nudibranches. Il y a des serpents, il y a vraiment de tout et le filet, ça risque de mettre à mal cet équilibre qui s'est établi. Il y a des règles à connaître et rien qu'avec ça, on est en sécurité dans 99% du temps. Et puis ça fait deux ans que je plonge à la BD, je n'ai jamais vu un seul requin.

Jonathan, plongeur

Un filet comme en Australie

C’est un dispositif à l’image d’un grillage à grands carreaux sous l’eau, qui devrait prendre place à la Baie-des-Citrons pour la prochaine saison estivale. Une barrière rigide, avec une partie ancrée au fond, dépassant de la surface de 6 cm. Coût total de l’opération : 150 millions de francs CFP dont 61 millions financés par l’Etat. Un outil anti-requins, mis en place en Australie, dans la ville de Cottesloe, du côté de Perth, dont la mairie de Nouméa et le Centre sécurité requin de La Réunion se sont inspirés.

Globalement, il va faire un 'L' qui va partir de la prise d'eau de l'Aquarium, c'est-à-dire entre le Rocher [à la voile] et le début de la BD, pour revenir au niveau du poste de surveillance des pompiers et le MV Lounge.

Philippe Jusiak, secrétaire général adjoint de la mairie de Nouméa

Les raies et autres dugongs réussiront-ils à passer entre les mailles du filet, les inoffensifs requins léopards pourront-ils continuer à pondre dans la baie comme ils en ont l’habitude? Autant de questions qui restent aujourd’hui sans réponse alors que selon l'association environnementale WWF (World Wide Fund For Nature), le filet ne réglera pas le problème.

Je suis assez triste de la manière dont on est en train de régler le problème. On fait croire que le problème, c'est le requin, alors que le problème, c'est nous. C'est nous qui désorganisons et attirons artificiellement ces animaux à notre proximité. On a depuis trois ans, avec d'autres associations et ONG, travaillé avec des collectivités de province et de mairies sur un plan d'action des gestions du risque requin. Et on avait identifié des chantiers pour réduire les questions d'attraction.

Hubert Géraux, expert conservation de l’association

Pour l’association WWF, la solution passe par une politique volontariste en matière d’assainissement et pour l'interdiction totale des rejets d’eaux usées dans les lagons. 

Il faut faire comme chez nos voisins, en Australie ou en Nouvelle-Zélande, où les bateaux doivent être équipés, c'est une obligation, de puits à eaux noires ou eaux grises, ainsi ils ne rejettent pas leurs eaux usées dans la mer.

Hubert Géraux, expert conservation de WWF

Selon, l'expert environnemental, ce n'est pas le cas pour la majorité des bateaux devant Nouméa. "Si on continue d'attirer les requins, on aura beau mettre un filet pour faire une piscine municipale à la Baie-des-Citrons, on ne va pas régler le problème"déplore-t-il.

D'autres espèces pourraient être touchées par le dispositif

Mais la mairie de Nouméa l'assure, l’impact sur l’environnement sera réduit au maximum.

On a fait plusieurs reconnaissances, on a fait quatre fois le tracé pour ne pas toucher notamment les massifs coralliens et si jamais il y a impact, on pourra faire de la transplantation de coraux sur quelques massifs qui vont être touchés. Il y a des espèces qui ne pourront plus passer. On l'appréhende au travers de l'étude d'impact.

Philippe Jusiak, secrétaire général adjoint de la mairie de Nouméa

Une étude d’impact environnemental doit justement être menée, suivie d’une enquête publique.

La question est de savoir si la capture des requins ou des captures accessoires d'autres espèces ne sont pas visées par le dispositif des barrières rigides. Je pense qu'on n'a pas beaucoup de recul vis-à-vis de ces barrières et la Calédonie va faire partie des champs d'expérimentation de ce dispositif.

Claude Maillaud, médecin spécialiste des requins et chercheur associé à l’UNC

Un dispositif de sirène devrait aussi être installé à l’Anse-Vata, à l’îlot Maître et au centre nautique de la Côte-Blanche, dans le courant de l’année.