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Attaque d’un bateau à Ouvéa : les versions divergent

On en sait un peu plus sur les circonstances de ces graves incidents qui se sont produits sur un bateau aux abords de Beautemps-Beaupré le lundi 24 juin, entre des touristes et des habitants d’Ouvéa. Mais chacun a sa version des faits.

  • Caroline Moureaux avec Sheïma Riahi et Coralie Cochin
  • Publié le , mis à jour le
[MISE À JOUR 28 JUIN]

« J’ai été informé de cet incident. Si les faits sont avérés, effectivement, ils sont graves. Il y a plusieurs versions de ce qui a pu se passer. Il appartiendra d’établir la vérité des faits à l’autorité judiciaire. » C’est ainsi que le Haut-Commissaire de la République, Thierry Lataste, réagissait ce jeudi soir dans le journal télévisé à cette affaire d’attaque d’un bateau de touristes lundi dernier à Ouvéa. Plusieurs versions effectivement se confrontent sur ce qui s’est réellement passé au large d’Ouvéa et sur les causes de ces incidents.
 

La version des habitants d’Ouvéa

Suite à la médiatisation de cette affaire, les protagonistes d’Ouvéa ont souhaité donner leur version des faits.
Selon eux, aucune autorisation de pêche n’avait été donnée aux croisiéristes du Masteka 2, pendant la coutume, et l’autorisation n’aurait été accordée que pour trois jours.
On écoute Kaiwhetre Wetewea. C’est lui qui pilotait le bateau qui a mené l’assaut. Il est joint par Sheïma Riahi

Ouvéa itw Wetewea


 

La version d’un occupant du bateau attaqué

Parmi les occupants du bateau, un homme qui a aussi participé à la coutume. Il tient à apporter lui aussi sa version des faits. Voici son témoignage recueilli par Coralie Cochin  :
« On m’a demandé de transmettre 50 000 F, pendant la coutume,  notamment par rapport au fait que l’on pêche, ce qui n’est pas toujours le cas pendant les séjours de touristes. C’est moi qui ai donné le manou avec l’argent. 
On maintient bien qu’il a été question de pêche pendant la coutume. Avec pour conditions principales de ne pas aller sur l’îlot ou de pêcher autour de l’îlot, ce que l’on a respecté puisqu’on est allé plutôt au Nord, à l’Ouest et à l’Est. Mais nous n’avons pas fixé un nombre de jours précis quant à notre séjour dans la zone.
Quand ils sont arrivés à Beautemps-Beaupré, lundi après-midi, on était dans l’eau, en palmes-masques-tubas avec des combinaisons. Mais le matériel de pêche était toujours à bord du bateau parce qu’on l’avait utilisé le matin dans le nord de Beautemps-Beaupré. On n’était pas en train de chasser mais je comprends que ça puisse donner cette impression. 
Aujourd’hui, je suis partagé. Je suis quelqu’un de parole, j’ai envie de comprendre où il y a eu un malentendu. Je considère que dans un cadre de parole, qui est le cadre coutumier, s’il y avait besoin de remettre les choses à plat, on pouvait en discuter. 
Mais il y a eu aussi des actes très graves qui ont été mis en œuvre. Ce qui me paraît important, c’est de ne pas laisser passer le fait que ce type d’actes puisse être utilisé et justifié. Et en même temps, j’ai envie que l’on puisse discuter entre les différentes parties, je pense que c’est important. Car je trouverais ça inopportun que des gens utilisent ce qui s’est passé à des fins politiques.
 »  
Un impact sur le bateau attaqué à Ouvéa, désormais à quai à Nouméa. © Sheïma Riahi
© Sheïma Riahi Un impact sur le bateau attaqué à Ouvéa, désormais à quai à Nouméa.
 Le point avec Sheïma Riahi et Nicolas Fasquel 
SUITE AGRESSION BATEAU OUVEA

Ce qu’en dit le procureur

Dans un communiqué publié ce jeudi, le procureur de la République revient sur une partie des faits. « A ce stade, » écrit Alexis Bouroz,  « la plus grande prudence s'impose dans la mesure où tous les protagonistes n'ont pas encore été entendus et où les constatations des enquêteurs sont toujours en cours. »
Le procureur écrit : 
« Une société australienne a organisé une excursion de 14 jours pour des touristes australiens et brésiliens sur les iles Loyauté du 13 au 27 juin 2019.
Le yacht "MASTECKA 2" de 37 mètres a quitté dans ce but Nouméa le 13 juin avec une embarcation de pêche "long island" d'une longueur de 11 mètres pour rejoindre l'île d’Ouvéa où l'équipage prenait en charge les clients arrivés directement par moyen aérien.
Souhaitant se rendre dans le secteur de Beautemps-Beaupré, les organisateurs de l'excursion auraient réalisé une coutume avec des responsables de la tribu de St Joseph.
Selon les personnes accompagnant les touristes, un droit de pêche aurait été accordé avec néanmoins pour directives de ne pas le faire à proximité de l'île de Beautemps-Beaupré et de ne pas  y débarquer.
 
Après 5 jours sur l'atoll de Beautemps-Beaupré, le yacht est venu sur Ouvéa le 21 juin 2019 afin de s'approvisionner en produits locaux auprès des habitants d’Ouvéa puis de faire relâche à proximité des Pléiades du Nord.
 
Un prestataire d'excursion locale sur le secteur aurait alors pris contact avec eux pour leur signifier qu'il était interdit de pêcher à cet endroit, s'agissant d'une réserve tribale, et qu'ils devaient quitter les lieux.
 
Le yacht a donc levé l'ancre pour se rendre à nouveau sur l'atoll de Beautemps-Beaupré.
 
Lundi 24 juin 2019 vers 15h, 2 touristes australiens et 3 accompagnateurs ont emprunté l'embarcation “Long Island” pour se rendre sur un lieu de PMT (palme-masque-tuba), non loin du point de mouillage du yacht.
 
C'est alors qu'un bateau provenant d'Ouvéa est venu à leur rencontre avec 7 à 8 personnes à son bord dont certains manifestement armés de fusils et de sabres d’abattis.
 
Après avoir effectué un tour du yacht au mouillage et tiré un coup de feu en l'air, les mis en cause ont accosté l'annexe de pêche qui se trouvait à cet instant à environ 800 mètres.
Lors de l'approche de celle ci un second coup de feu aurait été tiré, des plombs atteignant un pare-battage.
 
5 ou 6 individus seraient ensuite montés à bord. Recevant un coup au visage, le skipper a chuté au sol avant d'être menacé par l'un des agresseurs pointant son fusil à pompe et le sommant de rester face contre sol.
 
Un 3ème coup de feu  a été ensuite tiré en l'air avant que les mis en cause n'intiment l'ordre de quitter le secteur, non sans dérober de nombreux objets (dont des effets personnels, du matériel de pêche, les glacières et bidons d'essence) et dégrader du matériel de navigation.
 
Les victimes ont enfin  regagné immédiatement la grande terre.
 
L'enquête ouverte des chefs de violences aggravées, vol avec violences et degradations par moyen dangereux pour les personnes, a été confiée à la Brigade des Recherches de la Compagnie de Gendarmerie de Nouméa.
 
Nous restons par ailleurs dans l'attente du rapport de l'expert médical ayant examiné la victime des violences mais dont les blessures sembleraient fort heureusement être relativement légères.
 
L'auteur principal des faits aurait été identifié. Des premiers contacts informels ont été noués avec des coutumiers dont nous souhaitons la parfaite collaboration. Il semblerait que des divergences existent, en effet, quant au contenu exact de l'autorisation accordée, certains évoquant une coutume accordée pour une durée de seulement 3 jours et limitée en tout état de cause à la seule réalisation de clichés photographiques. 
»
 

Les réactions

La Province Sud a réagi ce jeudi après l'annonce de l'attaque. Un communiqué à retrouver ci-dessous :
Un communiqué qui fait réagir en réponse la Province des Iles :
Nouvelle-calédonie Tourisme a également réagi ce jeudi : Le communiqué du sénat coutumier en date du 3 juillet : 
© DR
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