Mariages coutumiers à Lifou : le district de Gaïca sur le chemin de la réforme

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Mariage coutumier, image d'illustration. ©NC la 1ere

Réformer le mariage coutumier, lourde tâche à laquelle s’attelle le district de Gaïca. Les cérémonies modernes sont jugées trop dispendieuses et éloignées de leur sens originel. Si le débat n’est pas nouveau, le grand chef Zeoula souhaite parvenir à une réforme d’ici la fin de l’année.

Voilà sept ans que les états généraux de Mou, organisés en novembre 2014, ont posé la problématique du mariage coutumier à Lifou. Des mariages qui engendrent de nombreuses dépenses et vont jusqu’à perturber la vie quotidienne, tant leur préparation demande du travail.

Vers des cérémonies plus sobres

Si le Wetr a, depuis, institué des mariages plus sobres, ce n’est pas encore le cas du district de Gaïca. Mais cela pourrait bientôt changer. Le grand chef Zeoula souhaite en effet parvenir à un nouveau modèle d’ici fin 2021. 

Depuis le début de l’année, un comité de suivi effectue une tournée dans les tribus pour présenter les grands axes de cette réforme. Une réunion à l’attention des ressortissants de Gaïca installés dans le Grand Nouméa avait lieu ce week-end, à Ko We Kara. 

Redonner du sens

Pour Patrice Zongo, membre du comité, il s'agit de retrouver le sens initial du mariage. "On pense que revenir sur le concept de nyikein permet à tout un chacun de renommer les liens qui les attachent aux parents", pose-t-il. "Ça doit amener plus de structuration. Comme la construction des cases, comme les deuils, on restructure nos relations au moment des mariages."

Le nyikein, c’est le mariage coutumier traditionnel, dans lequel la dot est constituée uniquement par le clan du futur marié. Ce modèle s’oppose au faipoipo, en vogue depuis l’arrivée des missionnaires, qui se serait éloigné des objectifs. 

Le travail qu'on nous a demandé de mener se veut un moyen pour lutter contre la démesure, le gaspillage, la 'perversion identitaire', l'échec scolaire... Il faut pouvoir travailler nos cérémonies de mariage coutumières sans faire trop de dégâts. 

Patrice Zongo, membre du comité de suivi pour la réforme des mariages à Gaïca

 

"Endettement" et "dépenses exorbitantes"

Un document de travail synthétise les remontées provenant des tribus. Il met en exergue les dérives constatées en matière de mariages coutumiers : "endettement des jeunes couples et des familles", "compétition de prestige au travers des sommes versées", "dépenses exorbitantes en cascade" (billets d'avion; location de voitures, de camions et de salle de réception; achat de manou...).

Effets sur la scolarité

Des impacts économiques mais aussi sociaux. "Une dérive incontrôlée des mariages perturbe gravement la scolarité des enfants", est-il pointé. Avec cette observation : "Pour mémoire, l'année 2020 de la première vague [de] Covid, qui a vu les mariages annulés sur Lifou, se termine par un record inédit [de réussite] au bac." 

Un jour dédié ?

La synthèse souligne également le risque de voir des foyers tomber dans la précarité, quand les allocations familiales, l'aide aux personnes âgées ou les indemnités de chômage partent en coutume de mariage.

On y trouve par ailleurs la piste d'un unique jour dédié à ces cérémonies coutumières dans le district de Gaïca - le lundi, de 7 heures à 22 heures.

Trois modèles en jeu

La réforme annoncée ne fait pas l’unanimité. D’où la tournée d’information en cours. Le comité de suivi entend aussi échanger avec les familles qui organisent un mariage en 2021.

"Nous sommes dans une démarche qui va nous amener jusqu'en octobre", détaille Patrice Zongo. "On a proposé trois modèles. Pendant toute cette année, les mariages peuvent être faits suivant l'un des trois modèles, ou pas du tout. Mais au mois d'octobre, on devra siéger au niveau du district." Et le grand chef optera pour une proposition de réforme définitive. 

Patrice Zongo interrogé par Charlotte Mannevy :

Réforme des mariages, Patrice Zongo

Patrice Zongo, membre du comité de suivi pour la réforme des mariages dans le district de Gaïca.
Patrice Zongo, membre du comité de suivi pour la réforme des mariages dans le district de Gaïca. ©NC la 1ere