L'anthropologue Marie Toussaint a présenté mardi, à Poindimié, sa thèse intitulée «A l'épreuve du feu». Un travail demandé il y a plusieurs années par la province Nord de la Nouvelle-Calédonie, pour mieux cerner la problématique des incendies.
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Alors que la saison officielle des feux de brousse commence le 15 septembre, la province Nord réfléchit au long cours à ce sujet brûlant. Une anthropologue a même été sollicitée par la collectivité et elle est en train de restituer ses travaux.
Le reportage radio de Marguerite Poigoune :
Le reportage radio de Marguerite Poigoune :
La thèse «à l'épreuve du feu»
Enquête à Gohapin, Bopope et Tiwae
Marie Toussaint a planché durant huit ans sur une thèse intitulée «L’épreuve du feu». Elle a enquêté pour mieux comprendre et mieux accompagner les pratiques. Une démarche menée dans les tribus de Gohapin à Poya, Bopope à Koné et Tiwae à Touho.Usages anciens
Cette thèse bouscule les codes, ou presque. L’anthropologue met en lumière des usages, des pratiques, leurs raisons et surtout les causes de la progression des feux de brousse. Un phénomène ancien qui concerne toutes les communautés. Utile, mais dangereux s’il n’est pas maîrisé : la végétation devient plus sensible, et perturbée à cause de l’intrusion d’espèces envahissantes.Il faut défocaliser l’attention sur le geste, et davantage s’intéresser aux espaces qui brûlent, pour ensuite aller cibler les mises à feu qui sont vraiment problématiques.
- Marie Toussaint
Espaces plus sensibles
Pour Marie Toussaint, l’attention devrait se porter davantage sur les espaces que sur le fait de mettre le feu. «Il y a toujours eu du feu. L’utilisation du feu pour l’agriculture sur brulis kanak est pratiquée depuis très longtemps, rappelle-t-elle. L’usage du feu pour ouvrir des espaces d’élevage a eu son utilité durant la colonisation. Mais ça a créé des espaces plus sensibles. Il faut vraiment comprendre ce qui se passe sur l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie. Par exemple, la côte Ouest connaît plus d’incendies de grande ampleur.»Contre le pinus, les sensitives, les fourmis électriques...
Les feux brulent plus, et plus facilement, à cause des espèces invasives introduites. A Bopope, par exemple, le feu est mis pour limiter l’avancée des pinus, car il y a moins de terres disponibles pour les champs. Certains y ont recours pour détruire les sensitives et les fourmis électriques, chasser, cultiver.On voit bien que les différentes mesures, jusqu'à maintenant, ne marchent pas. Ce travail nous oblige surtout à voir les choses autrement.
- Van Duong Dang, province Nord