Assassinat en septembre 2019 à Dumbéa : place aux plaidoiries de la défense

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Entrée de la salle des assises au palais de justice de Nouméa, le 20 juillet 2022.
Entrée de la salle des assises au palais de justice de Nouméa, le 20 juillet 2022. ©Natacha Lassauce-Cognard / NC la 1ère
Dernier jour de procès aux assises, pour les assassins présumés d'un père de famille, chauffeur de taxi, tué de 22 coups de couteau chez lui à Dumbéa, en 2019. Mercredi, les accusés se sont succédé à la barre, notamment l’ancienne concubine de la victime. La justice doit déterminer si cette quadragénaire a poussé deux hommes, son amant et un jeune mineur, à commettre le meurtre. L'avocate générale a requis contre les deux accusés qui étaient alors adultes trente ans de réclusion. Verdict attendu en fin de journée.

MISE A JOUR DE 15H10

Quatrième et dernier jour, l’audience débute avec la famille de cet homme retrouvé poignardé à mort il y a près de trois ans, chez lui à Dumbéa. La raison d'un tel témoignage : l’attitude de la commanditaire présumée de l’assassinat, une des trois accusés. Entendue à la barre, la mère de la victime souhaite revenir sur ce qui a été dit durant les débats. Que son fils était "un monstre, un pédophile". Elle martèle : "Tout cela est faux et cela a été démontré (…) Notre fils est mort, assassiné sauvagement, (…) comme un porc. (…) Ce n’est pas admissible."

Sous prétexte de protéger nos petits-enfants, on a fait assassiner mon fils.

La mère de la victime

"Un film d'horreur"

"Je conserverai toute ma vie les dernières paroles de mon fils, pourquoi ai-je été tué ?", dit-elle encore. C'est devant des parents en pleurs que leur avocat commence à plaider. "Ce dossier est un film d’horreur qui n’a aucune raison d’être", entame Me Martin Calmet. Il s’adresse aux jurés : "Personne ne s’est dénoncé durant neuf mois. Les accusés ont gardé le silence malgré l’horreur des faits." Pour la partie civile, l’ancienne concubine du défunt "a voulu salir la victime en l’accusant à tort de menaces et de gestes déplacés envers ses enfants (…). Toutes les expertises sur la personnalité de l’accusée montrent qu’elle a des tendances à la victimisation, à la mythomanie et à la perversité."

Quinze jours avant le drame

L’avocat démontre dans sa plaidoirie que le drame a pris son origine le 14 septembre 2019, quinze jours avant la date fatidique. "Après avoir reçu un coup de couteau de la part de sa concubine lors d’une dispute, la victime décide de rompre", relate-t-il, en estimant : "La haine débute à ce moment-là (…) La concubine de la victime entraîne son amant dans sa volonté de vengeance. Un plan est échafaudé pour repérer les lieux du drame. Elle donne des indications à son amant et au jeune mineur pour trouver la victime plus facilement", continue-t-il à décrire. 

Car selon Me Calmet, tout a été prémédité. "Il existe 22 actes qui montrent que l’assassinat était prévu par les accusés." Pour l'avocat, "ils ont tout anticipé. Trois couteaux ont été utilisés successivement. Le jeune accusé [mineur au moment des faits] a pris le temps de fermer les rideaux après le premier coup de couteau", pointe le conseil de la famille. "Les objets ont été volés, les armes blanches ont été récupérées après le drame, quatre départs de feu ont été effectués pour effacer les preuves…"

L’intention de donner la mort avec préméditation ne fait aucun doute pour les trois accusés.

Me Martin Calmet, avocat de la partie civile, durant sa plaidoirie

"La victime a été saignée comme un porc et a agonisé durant quatre minutes", assène l'avocat. "C'était le plus parfait des imparfaits, il avait ses défauts. Il était rude, parfois vulgaire mais c’était un homme bien." Avec ce message : "Mettez fin à ce film d’horreur et donnez une sanction à la hauteur des actes." Une plaidoirie poignante qui se termine dans une ambiance pesante, avec la famille de la victime endeuillée et en pleurs. Vient alors le tour des réquisitions de l’avocate générale.

-- MISE A JOUR DE LA MI-JOURNEE

Les peines requises

Elle qualifie l’ancienne concubine de la victime "d’auteure de l’action criminelle, de cerveau et de complice par aide ou assistance, ayant eu un ascendant psychologique sur les deux autres accusés". Selon elle, "c’est étonnant de tomber sur une personnalité aussi sombre (…) Les trois accusés ont donné la mort de manière intentionnelle et préméditée (…) L’accusée principale est une personne dangereuse socialement". 
L’avocate générale a requis dix-huit ans de réclusion criminelle pour le jeune qui était mineur au moment des faits, et trente ans assortis d’une peine de sûreté de vingt ans pour les deux autres accusés. Concernant la quatrième personne, accusée de non dénonciation des faits, la peine requise est de trente mois de prison dont dix-huit assortis d’un sursis simple. 

Maître Barbara Brunard, l'une des avocates de la défense dans cette affaire Chenot. 20 juillet 2022
Maître Barbara Brunard, l'une des avocates de la défense dans cette affaire. ©Natacha Lassauce-Cognard / NC la 1ère

La parole à la défense

Place ensuite aux plaidoiries des quatre avocats de la défense. Me Céline Joannopoulos, l’avocate de la personne accusée de non dénonciation, demande l’acquittement de sa cliente. 
Me Barbara Brunard, l’avocate du jeune qui était mineur, évoque sa jeunesse, "il a été embrigadé par des adultes (…) il a servi d’appât et s’est retrouvé un couteau à la main". Elle revient sur les premières déclarations de son client - "J’y suis allé pour tabasser la victime mais si j’avais su, je n’y serais jamais allé."

Il a des vrais regrets pour la famille, c’est le plus jeune mais c’est celui qui a le plus d’empathie.

Me Barbara Brunard, avocate du jeune qui était mineur, durant sa plaidoirie 

-- MISE A JOUR DE 15H10

Un amant sous injonction ?

Après une suspension d’audience, Me Charlotte Rolin débute sa plaidoirie. Elle défend l’amant de la concubine. A ses yeux, "l’intention de donner des coups de couteau est arrivée lorsque [son] client est entré dans la maison de la victime, le 25 septembre 2019. Le meurtre et l’intention ne sont pas contestés mais l’accusé a-t-il agi avec préméditation ?" Pour l’avocate, la réponse est non. "Les paroles de la concubine sont entrées dans le subconscient de son amant." Il a réagi suite à "une injonction perverse". Toujours selon elle, "il n’y a pas eu de repérage pour tuer mais pour faire un cambriolage". 

Il est tombé sous l’emprise de sa maîtresse et au final, il a joué le rôle de justicier protecteur, il a alors commis le pire. 

Me Charlotte Rolin, avocate de l’amant, durant sa plaidoirie

Un portrait jugé bien peu reluisant

"Vous ne pouvez pas considérer que la personnalité de mon client est la même que celle de sa maîtresse", lance-t-elle, avant de citer une déclaration de son client concernant sa femme (il a épousé sa maîtresse en prison) : "Je suis écœuré de voir ce qu’elle est, elle est machiavélique, je vais la quitter". Une femme qui comparaît pour complicité d’assassinat et qui est accusée d’avoir organisé les faits. L’avocat de cette quadragénaire, Me Julien Marty, souligne dans sa plaidoirie la description faite de sa cliente tout au long du procès en utilisant des termes acides : "C’est aussi peu reluisant qu’une latrine laissée à l’abandon."

Ma cliente souffre de mythomanie mais il y a une réelle douleur chez elle, il n’y a pas que du négatif. Elle est en défaut d’amour.

Me Julien Marty, avocat de la concubine, durant sa plaidoirie

"Deux types de complicité"

L’avocat, qui a connu sa cliente après sa tentative de suicide en prison, souligne le fait qu’il y a deux types de complicité : la complicité par aide ou assistance, et la complicité par provocation. Dans cette affaire, Me Marty interroge les jurés : "L’amant de la concubine de la victime a-t-il commis le pire par amour pour sa maîtresse, ou à cause de sa maîtresse ?"

Le compte-rendu d'audience sera mis à jour tout au long de la journée