Tensions autour du dossier usine du Sud, Vale NC annonce une table ronde

nickel mont-dore
L'usine du Sud, Vale NC, début 2020.
L'usine du Sud début 2020. ©Françoise Tromeur / NC la 1ere
Nouvelle mobilisation multiforme du collectif usine du Sud = usine pays, qui milite pour la prise en compte de l'offre Sofinor - Korea Zinc. Blocage des accès, mais aussi actions envers la navette maritime qui ont fait nettement monter la tension. Vale Nouvelle-Calédonie annonce une table ronde.
[MISE A JOUR AVEC RESUME TELE]

Le collectif Usine du Sud = usine pays n’a pas l’intention de plier, dans sa mobilisation sur le dossier Vale NC. Policiers et gendarmes ont dû intervenir au quai Ferry de Nouméa, ce vendredi matin, pour permettre l’embarquement d’employés de Vale. Les membres du collectif avaient déboulonné les rampes d’accès au bateau, avant de les jeter à l’eau, et ils ont empêché l’amarrage en enlevant les aussières. 
 

Coups sur la coque

Le ferry a finalement pris la direction du port de Prony, avec beaucoup de retard. Mais dans une ambiance extrêmement tendue. A l'arrivée, un homme s'est même approché en Zodiac de la coque du navire, à laquelle il a donné des coups de hache sous les yeux des passagers. Une vidéo filmée par l'un d'eux, et diffusée par une autre personne, montre la scène. Un témoin raconte que l'homme a été repoussé par la gendarmerie et des jets d'eau. Une enquête a été ouverte.
 

Accès coupés

Ajoutons que comme jeudi, le collectif usine pays et l’Ican ont coupé les accès routiers au complexe métallurgique. Le siège de Vale NC à Nouméa a, lui, été bloqué hier. Mais ce vendredi, les forces de l’ordre ont pris position devant l’immeuble Malawi.
  

Inquiétude

Le contexte s'est avéré tel, aujourd'hui, que Vale Canada s'est adressé aux salariés de Vale Nouvelle-Calédonie. Il faut dire que l'inquiétude est réelle, parmi les employés et sous-traitants. Certains craignent de venir travailler sur le site et beaucoup s'attendent à du grabuge la semaine prochaine.
 

«Actes violents»

«Je vous écris aujourd’hui pour dénoncer dans les termes les plus fermes les actes violents dirigés contre nos employés et nos biens ces derniers jours et vous assurer que nous ne nous laisserons pas dicter notre conduite par ceux qui utilisent l’intimidation et la violence», signe Mark Travers, directeur de Base Metals.
 

Le point sur la négociation

Et de mettre les choses au point : «Récemment, nous avons annoncé être entrés en relation exclusive avec un consortium réunissant le management et les employés pour le transfert de la propriété de l’entreprise VNC», rappelle le même courrier. «Cette solution est "made in New Caledonia" et réserve une majorité des intérêts aux Calédoniens. Elle est soutenue par l’Etat, la province Sud et bénéficie du soutien de Trafigura comme actionnaire minoritaire. C’est la seule solution sur la table et elle représente la seule et la meilleure alternative à une mise en sommeil des activités.»
 
 

Vers une table ronde

Dans le même temps, «au vu de la gravité des circonstances et des enjeux économiques et sociaux», Vale Nouvelle-Calédonie annonce l'organisation d'une table ronde lundi après-midi, sur site.
 

Cette initiative a pour objectif de rétablir le dialogue, d'éclairer et d'apaiser le débat et si possible de rapprocher les points de vue, dans l'intérêt collectif.

- Antonin Beurrier, PDG de Vale NC

 

Invités

Invitation est faite au haut-commissaire ; à la présidente de la province Sud ; aux maires de Yaté, du Mont-Dore et de l'île des Pins ; au président de l'aire drubea-kapumë; aux représentants des huit chefferies de l'aire ; à l'Ican ; ou encore aux représentants syndicaux du personnel de Vale NC.
 
 

«Personne ne nous écoute»

A la mi-journée, avant ces annonces côté Vale, le collectif Usine pays présentait sa position sur notre antenne radio. «C’est qu’on s’aperçoit que personne ne nous écoute», argumentait Prosper Digoué, en rappelant les épisodes précédents : «La semaine dernière, on fait une rencontre avec l’industriel. Le lendemain, il nous annonce que l’offre de Trafigura a été prise. Du coup, on fait le blocage le vendredi, et on demande à l’ensemble de nos collectivités d’ouvrir la table des négociations avec le collectif Usine pays. Et on s’aperçoit qu’il n’y a pas de retour positif

Son interview par Claudette Trupit :

Collectif usine pays, Prosper Digoué

 

Ce qui a été décidé ce matin, c’est de maintenir l’ensemble des piquets, et on tourne la stratégie vers l’Etat. 

- Prosper Digoué, collectif Usine du Sud = usine pays

 
L'Ican en conférence de presse, 13 novembre 2020
L'Ican en conférence de presse, ce vendredi après-midi. ©Bernard Lassauce / NC la 1ere
 

Ce sera le projet de Sofinor ou rien.

- Raphaël Mapou, porte-parole de l'Ican

 

L'Etat interpellé

Les manifestants demandaient donc à l’Etat «de rouvrir la discussion» concernant la reprise de l’usine du Sud. Tout en réclamant que «les experts de Korea Zinc» puissent venir sur site. En milieu d'après-midi, le propos était réaffirmé lors d'une conférence de presse à Nouméa. L'Instance coutumière autochtone de négociation et le collectif :
  • demandent «la publication de l'avis des experts de Bercy sur l'offre Trafigura / Beurrier et la position de l'Etat»;
  • demandent «la mise en place d'une expertise indépendante sur l'état et la stabilité du barrage KO2»;
  • exigent «le soutien de la Nouvelle-Calédonie pour que la compagnie internationale Vale Toronto accorde immédiatement la due diligence et l'ouverture des négociations avec l'offre numéro 2 Sofinor / Korea Zinc».
 

«Agissements violents et dégradations répétées»

Jeudi, les mêmes protagonistes avaient rejeté la proposition de Sonia Backès, présidente de la province Sud, qui demandait la levée des blocages avant toute nouvelle rencontre. La province Sud a réagi ce vendredi. Elle «dénonce avec la plus grande fermeté les agissements violents et les dégradations opérées ce jour par les opposants au projet de reprise de l’usine du Sud», formule un communiqué diffusé en début d’après-midi. «Dans un état de droit, rien ne justifie les dégradations sur le quai, […] les coups de hache dans le navire de Vale servant à transporter les salariés.»
 
 

«Position disproportionnée et inconsciente»

En fin de matinée, c’est l’Inter patronale Medef - CPME - U2P qui intervenait dans le conflit. «La position qu’adopte aujourd’hui l’Ican de procéder à des blocages et notamment le dernier en date concernant le blocage du port ou encore le fait d’empêcher les accès à la navette maritime pour Vale, nous apparaît totalement disproportionnée et inconsciente», dénoncent les syndicats patronaux dans un communiqué. 
 
Mobilisation de l'Ican au port autonome.
Mobilisation de l'Ican au port autonome. ©Ican
 

«Entreprises prises en otage»

«Ces actions vont contribuer à affaiblir encore davantage une économie déjà en situation critique et à la limite du supportable», poursuit l’Inter patronale, écrivant qu'elle «dénonce avec vigueur ces procédés irresponsables de séquestration de l’espace public sans considération aucune des lourdes conséquences sociales et économiques qu’ils engendrent.»
 

Une fois encore, les entreprises sont prises en otages et cela suffit !

- Inter patronale

 
Résumé par Bernard Lassauce et Cédric Michaut :

 
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