Jean Lèques, ancien maire de Nouméa, est mort

décès nouméa
Jean Lèques est mort
Jean Lèques, maire de Nouméa pendant 28 ans. ©NC La 1ère
Il a marqué durablement la capitale de son empreinte. Jean Lèques, maire de Nouméa de 1986 à 2014, est décédé ce mercredi matin d'une longue maladie. Il avait 90 ans.

C’est une figure calédonienne qui vient de disparaître, et avec elle, un pan de l’histoire du Caillou. Ancien maire de la capitale, Jean Lèques s’est éteint, ce mercredi 1er juin, aux alentours de 7 heures, auprès des siens. 

Vendredi, un hommage lui sera rendu entre 10 heures et 18 heures dans la salle d’honneur de la mairie de Nouméa. La cérémonie religieuse aura lieu samedi à la cathédrale de Nouméa, avant une inhumation au cimetière du 4e km.

Ancien militant de l’UC 

Il avait passé vingt-huit ans à la tête de la ville de Nouméa, une longévité presque aussi importante que son prédécesseur Roger Laroque, resté trente-deux dans le fauteuil de maire. Jean Lèques, alors premier adjoint, avait pris ses fonctions peu de temps après sa disparition, en novembre 1985.

Né le 31 août 1931, dans le quartier de la Première Vallée-du-Tir, à Nouméa, qu'il n'a jamais quitté, ce jeune Calédonien a suivi des études de droit en Métropole puis ouvert une étude de notaire, dans la capitale. 

Issu de la bourgeoisie nouméenne, il s'est intéressé très jeune à la politique. "Souvent, quand j’étais encore au collège Lapérouse, je partais avant la fin des cours (..) pour assister boulevard Vauban à une séance du Conseil général", confiait-il au moment de la sortie du documentaire Monsieur Le Maire, réalisé en 2014 par Nathalie Daly et Satu Von Hellens et rediffusé ce mercredi soir sur NC La 1ère à 20 h 20.

Militant de l’Union calédonienne dans un premier temps, fervent catholique, celui qui se décrivait comme un démocrate chrétien a ensuite rejoint le RPCR, Rassemblement pour une Calédonie dans la République, parti anti-indépendantiste de Jacques Lafleur. 

Premier président du gouvernement

Maire de la capitale de 1986 à 2014, celui que ses administrés surnommaient affectueusement "Fifils" impulsa d'importants travaux d'assainissement dans la ville. Mais c'est le réaménagement de l'hippodrome Henry-Milliard, en 1998, dont il se disait le plus fier, parmi les chantiers réalisés au cours de ces cinq mandats. 

Elu de nombreuses fois à l'assemblée territoriale, puis au Congrès, qu'il présidera à trois reprises entre 1980 et 1985, il sera aussi le premier président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, issu de l’Accord de Nouméa signé en 1998. 

Farouchement opposé à l'avortement, c'est pourtant sous son mandat, en 2000, que l'interruption volontaire de grossesse sera légalisée par les élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Une légalisation dont sa fille, Brigitte Lèques, médecin au planning familial, fut une militante active.

Investi dans l'habitat social

Interrogé ce mercredi matin, l'ancien premier magistrat de Bourail, Jean-Pierre Aïfa, salue aussi bien le maire que le conseiller territorial qu'il a été, "un homme qui incarnait une génération", à la fois "ami" et "adversaire" politique d’une période, même si "nous avons toujours été respectueux l’un de l’autre", précise l'ex-maire de Bourail. 

Les deux élus ont oeuvré ensemble en matière d'habitat social, notamment au sein de l'association de Logicoop. Ecoutez ici la réaction de Jean-Pierre Aïfa, recueillie par Stéphanie Chenais

ITW Jean-Pierre Aïfa

L'ancien maire a aussi marqué la mémoire des habitants des quartiers Nord, comme les jeunes breakdancers du groupe Resurrection, qu'il avait emmenés avec lui pour le jumelage en 2007 avec la Gold Coast. "Il a été très présent pour notre groupe. J'en garde un très bon souvenir, notamment quand il a fait le signe de la victoire sur la photo avec nous", se remémore Goti, ancien membre du groupe. 

 

Grand officier de la Légion d’honneur 

Maire honoraire de Nouméa, après l’élection de Sonia Lagarde, membre du Comité des sages, qui avait pour mission une veille morale sur la campagne référendaire, ce Calédonien était aussi passionné par l’histoire de son pays, et plus particulièrement par la présence américaine lors de la Guerre du pacifique. 

"Il connaissait particulièrement les Etats-unis alors qu’il n’y était allé qu’une seule fois, se souvient l'ancien sénateur Simon Loueckhote (RPCR, Rassemblement-UMP), dont Jean Lèques a été le suppléant. A écouter, son témoignage au micro d'Erik Dufour et Claude Lindor. 

ITW Simon Loueckote

La Nouvelle-Calédonie perd avec lui un homme de lettres, un sage qui va beaucoup manquer pour la période qui s’ouvre.

Simon Loueckhote, ancien sénateur

Elevé au rang de grand officier de la Légion d’honneur, Jean Lèques est le premier Calédonien à avoir accédé à ce grade. Une distinction qu’il a reçue des mains du président de la République Emmanuel Macron, le 3 mai 2018, au haut-commissariat de la Nouvelle-Calédonie.

Un moment à revivre dans ce reportage vidéo signé Erik Dufour :

©nouvellecaledonie

Agnès Brot, l'épouse de l'ancien haut-commissaire Jean-Jacques Brot, lui avait consacré une biographie, en 2018 également. 

Père de quatre enfants, il formait avec Evelyne Lèques un couple atypique. Sa femme, issue d'une famille calédonienne protestante, s'étant engagée il y a une dizaine d'années aux côtés de Calédonie ensemble, parti dissident du RPCR.

Réactions politiques

Retrouvez une partie des réactions dans le reportage vidéo d'Erik Dufour et Claude Lindor :

©nouvellecaledonie

Depuis l'annonce de sa disparition, les réactions affluent au sein de la sphère politique. Dans un communiqué, Sonia Lagarde, l'actuelle maire de Nouméa, et ancienne rivale politique de Jean Lèques au sein du conseil municipal sous l'étiquette Calédonie ensemble, salue "l'engagement" et "l'exigence" de son prédécesseur. 

Pour le Rassemblement-LR, sa famille politique, il aura "marqué de son empreinte l’histoire de la Nouvelle-Calédonie au cours des 50 dernières années".

L'Union calédonienne, dont il fut membre jusqu'en 1971, plusieurs années avant que le parti ne se prononce en faveur de l'indépendance, se souvient d'un homme qui a été "de toutes les délégations politiques, depuis Nainville-les-Roches". Calédonie Ensemble estime que le Caillou perd "une de ses figures tutélaires", qui "a exercé d'immenses responsabilités"Générations NC salue, pour sa part, la mémoire d’un homme "d’engagement et de conviction, humaniste, profondément attaché au dialogue".

Pour la province Sud, qui a également réagi par communiqué, les Calédoniens se souviendront de Jean Lèques comme d'un élu "soucieux du devenir des plus démunis", tandis que les Nouméens conserveront plus précisément l'image d'un maire "sillonnant les rues de sa ville, à la rencontre de ses administrés", et notamment la rue commerçante de l'Alma, qu'il arpentait tous les samedis matins. 

En Métropole également, les hommages se multiplient. « Un homme imprégné d’une grande humilité et d’un sincère dévouement aux habitants du Caillou », écrivait par exemple le Ministère des Outre-mer. « La Nation toute entière, et la Nouvelle-Calédonie en particulier, perdent un fervent serviteur », ajoute également Yaël Braun Pivet, la nouvelle ministre des Outre-mer.

Du côté de l'Elysée aussi, on saluait sa mémoire : "Mieux que quiconque, il connaissait les défis que ce bout de France devait relever pour préserver la paix civile au sein d’une population diverse, aux histoires entrechoquées et entremêlées et aux aspirations apparemment contraires, peut-on lire dans un communiqué de la présidence de la République. A l’heure où s’éteint le premier président du Gouvernement collégial de Nouvelle-Calédonie issu de l’Accord de Nouméa, accord qui s’achève, il nous appartient de bâtir collectivement les futures institutions de la Nouvelle-Calédonie dans le respect de l’héritage démocratique des trente dernières années et dans celui du choix, librement consenti et par trois fois exprimé, des Calédoniens. En cela, la mémoire de Jean Lèques nous oblige."

Retour sur son parcours politique avec François Dufour :

Mais également avec Erik Dufour :

©nouvellecaledonie