Réchauffement climatique : "Ce n'est pas une bombe à retardement, elle a déjà explosé", s'inquiète Anne-Claire Goarant

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Inondations Païta. Route inondée
©Caroline Antic-Martin
Alors que le Giec vient de rendre un rapport alarmant sur le climat, la responsable du programme "changement climatique" à la CPS fait la synthèse d’une étude réalisée par Météo France NC, l’IRD et l’AFD sur les conséquences du réchauffement climatique dans le Pacifique.

Le sixième rapport du Giec, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, dévoilé lundi 9 août, est très alarmant. Et le Pacifique n'est pas épargné. Pour y voir plus clair sur les conséquences auxquelles la région, et donc la Nouvelle-Calédonie, va devoir faire face, NC la 1ère a interrogé Anne-Claire Goarant, responsable de programme "changement climatique" à la CPS. Elle se penche sur cette situation à partir des premiers éléments d'une étude locale menée par Méteo France NC, l’IRD et l’AFD.

NC la 1ère : Si vous deviez faire des projections sur le rapport du Giec, quelles seraient-elles et faut-il s'inquiéter dès aujourd’hui ?

Anne-Claire Goarant : Je pense que ce rapport est extrêmement inquiétant. Il s'agit en fait d'une compilation de toutes les connaissances scientifiques, politiques et socio-économiques. C'est en quelque sorte la boussole pour lutter contre le changement climatique. Sur le Pacifique, le changement climatique constitue sûrement la plus grande menace. Alors que les pays de la région représentent moins de 1% des émissions de gaz à effets de serre au niveau mondial, ils sont, pour la plupart des îles, très vulnérables au changement climatique. 

Au niveau de la Nouvelle-Calédonie, il y a une très grosse étude qui est réalisée en ce moment par l'IRD, Météo France et l'AFD qui porte sur la caractérisation du changement climatique dans le cadre du pire scénario.

Ce qui est indiqué, c'est qu'il va y avoir une grosse diminution des pluies, moins 18%, surtout sur la côte ouest et surtout pendant la saison chaude. Les précipitations extrêmes vont ainsi être moins courantes.

Anne-Claire Goarant

 

Donc, on comprend tout de suite les conséquences sur l'agriculture, pour l'élevage et tout simplement pour l'alimentation humaine.

Il y aura aussi des feux de forêt qui risquent d'être plus courants et plus graves. Et des inondations plus importantes, car la couverture forestière limite souvent ce risque. Les cyclones pourraient être moins courants mais plus importants. Au niveau des poissons, il va sûrement y avoir une répartition dans le Pacifique qui sera un peu différente, avec peut-être moins de disponibilité de thons autour de la Nouvelle-Calédonie. Enfin, même dans les scénarios les plus cléments du changement climatique, la couverture corallienne va être modifiée. 

Ce sont des projections à court ou moyen terme ?  

On le voit aujourd'hui avec les importants incendies en Grèce ou aux Etats-Unis, le changement climatique, ce n'est pas pour demain. C'était déjà hier et c'est encore plus fort aujourd'hui. Ce n'est pas une menace future. Mais il existe des solutions pour atténuer les impacts du changement climatique.

Il faut absolument avoir des transformations radicales des modes de consommation et de production de nos sociétés.

Anne-Claire Goarant

 

Nous devons viser le bas carbone, c'est l'enjeu des conférences climat et travailler sur des projets fondés sur la nature pour avoir des écosystèmes résilients et des impacts limités.

Mais le cœur du problème, c'est une mobilisation politique qui conjugue a la fois la vision à court et long terme pour avoir des engagements climatiques de diminution des émissions de gaz à effets de serre. Si on arrête aujourd'hui ces émissions, il n'y aura pas un arrêt immédiat des effets du changement climatique.

Est-il stratégique de sensibiliser les petites îles à cette problématique alors qu'elles ne sont pas de gros émetteurs de gaz à effets de serre ?

C'est vrai que des pays comme les Etats-Unis et la Chine sont les gros émetteurs de gaz à effets de serre. Une des grandes victoires de l'accord de Paris en 2015, a été de rallier ces deux Etats dans cette convention cadre des changements climatiques pour leur demander de contribuer à cet effort mondial.

Il est vrai que les petites îles sont de très faibles émetteurs, pour autant ces pays ont une voix à l'ONU est donc participent aux accords politiques qui vont contraindre les Etats du monde entier à adopter des politiques vertueuses vis-à-vis du climat. Par exemple, ce sont les pays du Pacifique qui avaient fait un très gros lobbying pour la COP 21 à Paris pour demander que soit inscrit dans l'accord l'objectif de ne pas dépasser le 1,5% de plus de température mondiale par rapport à l'époque pré-industrielle.

Peut-on parler de changements irréversibles ?

Ce n'est pas une bombe à retardement, elle a déjà explosé. Les effets du changement climatique ont commencé depuis plusieurs dizaines d'années et vont augmenter. Ce que l'on peut faire c'est retarder ces effets. Ils ne sont pas forcément irréversibles. Si on diminue les émissions de gaz a effets de serre, on va pouvoir réduire leurs impacts.

Cependant, si l'on prend l'acidification des océans, cela va prendre des dizaines et des dizaines d'années pour inverser cette tendance.

Anne-Claire Goarant

 

De toute manière, ce qui est crucial aujourd'hui, c'est de pouvoir définir des politiques publiques dans lesquelles on s'adapte a des effets qu'on ne va pas pouvoir éviter. Des effets qui sont là dès aujourd'hui. 

Anne-Claire Goarant responsable du programme « changement climatique »