Sécurité routière : une ou deux générations pour changer, des priorités en 2020

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Ces affiches doivent être installées dans les bars et établissements de nuit en 2020. L'alcool est impliqué dans plus de 80% des accidents mortels.
Ces affiches doivent être installées dans les bars et établissements de nuit en 2020. L'alcool est impliqué dans plus de 80% des accidents mortels. ©C.Lindor
En moyenne, 56 personnes périssent chaque année sur nos routes depuis 2005. Pour les associations, contrôle technique, augmentation des fourrières, et code de la route plus accessibles sont des priorités cette année. Sans oublier la prévention. Une affaire de temps.
 

A Dumbéa, la prévention pour tous

Sur un circuit pédagogique, l’accident est toujours possible, mais il ne sera jamais aussi grave que celui risqué sur la route, en voiture, une fois devenu adulte. Apprendre les usages de la circulation le plus tôt possible est une chance. A Dumbéa, le parcours de sensibilisation, installé juste en face de la médiathèque, est désormais accessible au grand public, et non plus seulement aux scolaires. Il est ouvert deux fois par semaine, les mercredis et samedis, pendant quatre heures. Hier, le club de karaté d'Auteuil a eu l'idée d'emmener ses jeunes inscrits en activité vacances sur le site. Leurs encadrantes ? Deux femmes sensibles à la protection des personnes. Christine Panné a travaillé à la sécurité routière pour la province Sud, et Isabelle Marlier est pompier. Jacky et Caroline Kawka, de l'association de soutien et d'aide aux victimes de la route, Antinéa, étaient également présents pour d'éventuels conseils. Leur leitmotiv : contribuer au changement, sur la durée. 
 

" C'est une course de fond. En dix ans, les choses ont évolué grâce au gouvernement et à la médiatisation. Mais cela ne va pas changer d'un coup de baguette magique. Il ne suffit pas de mettre des actions en place pour que subitement, tout aille mieux. Il a fallu 40 ans en métropole pour passer de 18 000 à 3000 morts. Aujourd'hui, en Nouvelle-Calédonie, si l'on calcule au prorata de la population française, on est entre 15 000 et 18 000 morts. Il faudra une, voire deux générations pour vraiment changer les mentalités et les comportements sur le territoire, et arriver à une baisse similaire. C'est possible, on avance doucement, il ne faut pas lâcher ".


Arthur, 7 ans, porte le casque sur son vélo et s'arrête aux feux tricolores sur le circuit. Il apprend à reconnaître les panneaux et comprend très vite qu'ils ne sont pas là pour rien. " Si les adultes ne les respectent pas, et conduisent avec des enfants derrière, ils peuvent avoir des accidents et se faire très mal ". Respecter le code de la route, c'est aussi respecter les autres. " C'est du vivre ensemble ", insiste Caroline.
 

L’hémorragie sur les routes

Depuis 2009 sur le territoire, seule l’année 2013 s’est achevée sous le seuil des 40 décès. Depuis quatre ans, leur nombre se stabilise, mais à un niveau encore trop élevé, 52 en moyenne. En 2019, les accidents se sont produits essentiellement le week-end et ont touché majoritairement - et pour la première fois depuis cinq ans - la tranche des plus de 35 ans. Sur le plan géographique, la prévalence d'accidents mortels reste plus importante en province Nord. Avec une population moindre et une circulation beaucoup moins dense, elle a enregistré 20 tués en 2019, dont 13 sur la partie Est. Caroline Kawka souligne pourtant "un gros travail de la province Nord en matière de sécurité routière"

Reportage (images de Claude Lindor, montage Romain Manzano, mixage Cyril Toma) 
 
©nouvellecaledonie
 

Pour l'UFC Que Choisir, trois priorités 

Pour sortir de cette spirale négative, le travail à faire est encore énorme. L’association UFC Que Choisir insiste sur l’augmentation du nombre de fourrières. "On espère que celles du Nord, de la côte Est et des Iles verront le jour très prochainement, comme prévu". Des installations nécessaires pour bloquer les véhicules qui ne répondent pas aux normes (permis, assurance) et les remettre en état.  
Autre priorité : le contrôle technique. En 2018, sur six mois, 7500 véhicules y sont passés (dont 956 à Koné et Koumac) et 3222 réparations (559 dans le Nord) étaient préconisées sans être nécessairement exécutées. Pour l'association, ces chiffres doivent augmenter et être informatisés. Le caractère obligatoire doit être enfin validé par les autorités.  
 

" Cela fait plusieurs années qu'on en parle et on n'arrive pas à faire passer le texte. Il y a de trop nombreux véhicules qui roulent en mauvais état. Le prix n'est pas excessif, c'est 8000 francs. Mais derrière, il faut que les réparations soient obligatoires, en sachant qu'elles peuvent être faites par les conducteurs eux-mêmes. Après, il y a la contre visite ".
Jean-Charles Jouvenelle, co-responsable commission sécurité routière à l'UFC Que Choisir

 
Jean-Charles Jouvenelle de l'UFC Que Choisir
Jean-Charles Jouvenelle de l'UFC Que Choisir ©C.Lindor

Dernière proposition : travailler sur un code de la route dans les établissements scolaires dès 16 ans. L'UFC constate une difficulté pour les jeunes de le passer. Elle pense que beaucoup plus d'entre eux l'obtiendraient, et rouleraient par la suite avec permis et l'assurance.
 

Et l'alcool ?


Des routes, des véhicules et des vitesses plus sûrs, et des conducteurs plus responsables. Ce sont les quatre axes du plan triennal sur lequel collaborent les institutions et les associations. Mais quelles actions concrètes concernant l'alcool impliqué dans plus de 80% des accidents mortels ? Les choses pourraient là aussi changer.
 

" Il y a la TGC. Il faut augmenter le pourcentage, dérisoire sur l'alcool, notamment sur les bières. Mais il faut savoir que la province Sud lance une étude sur les débits de boisson. Il s'agit de libéraliser le week-end, en mettant en place des caisses à part pour tous les alcools. Il faut une formation de celui qui vend l'alcool. Et savoir qui contrôle : la police, la gendarmerie, ou les vigiles si ils sont assermentés. Dans les bottle shops, l'idée est d'obliger les consommateurs à présenter une pièce d'identité. Nous aimerions aussi, dans un deuxième temps, que le nombre de cartons d'alcools achetés soit limité "