Viols sur mineurs : le difficile parcours des victimes

justice
Viols sur mineurs : le difficile parcours des victimes
A la police nationale, à Nouméa, les victimes mineures sont accueillies dans une salle dédiée, baptisée "Mélanie". ©Coralie Cochin
En 2020, 165 victimes de viols et d’agressions sexuelles ont été recensées dans tout le pays. Alors que deux victimes sur trois sont mineures, porter plainte est souvent une épreuve, surtout quand on est un enfant.

"Il y avait ce truc malsain dans notre famille. On ne se disait pas les choses. C’était tabou." Marie, 37 ans, a été violée par son beau-père adoptif à Maré, quand elle était enfant. Elle a mis près de vingt ans à briser le silence. Aujourd’hui, elle ne regrette pas sa décision. "Quand j’ai porté plainte, je ne me suis pas dit qu’en tant que Kanak, il y aurait des répercussions. Jusqu’à maintenant, je n’en ai pas eues." Jugé ce lundi 28 juin, son père adoptif a été condamné à dix ans de prison par la cour d’assises.

Le témoignage de Marie est à écouter ici :

ITW Marie

 

Des viols majoritairement intra-familiaux

Sur le Caillou, deux victimes de viols sur trois sont mineures et deux tiers des viols sont commis au sein de la famille, au sens large. Pour l’enfant, témoigner peut être lourd de conséquences. "Souvent, ils subissent des menaces. Ils ont conscience de l’anormalité" de la situation, observe Anne-Marie Mestre, présidente de l’association SOS Violences, qui prend en charge les victimes de viols et de violences en Calédonie. "Quelque part, ils ont honte de ce qui se passe et ils appréhendent aussi les réactions consécutives à la révélation des faits", pointe-t-elle

Automatiquement, ça a un effet de déflagration sur le groupe familial et sur le groupe social qui n’est pas neutre.

Anne-Marie Mestre, présidente de l’association SOS Violences

 

Les établissements scolaires vigilants 

Dans près d’un cas sur deux, ce sont les établissements scolaires qui signalent un dysfonctionnement, comme "de l’absentéisme scolaire, des problèmes d’agressivité sans forcément signaler des attouchements ou des viols", indique Barbara Pellan, chef de service de la protection de l’enfance à la province Sud.

Et quand on va investiguer, là, il peut y avoir effectivement des faits d’abus ou de viols qui vont être révélés dans un second temps.

Barbara Pellan

 

Depuis deux ans, le commissariat central de la police nationale, à Nouméa, dispose d’une salle "Mélanie", du "nom de la première petite fille qui a bénéficié des auditions filmées dans les années 1990", précise Sylvia Chabale, chef du pôle psycho-social, à la police nationale. "Equipée de livres, de jouets et d’un canapé", cette salle est "beaucoup plus accueillante que les bureaux des policiers"

Tous cas d’abus sexuel doit être signalé. Ne pas les dénoncer, c’est risqué jusqu'à trois ans de prison et plus de 5 millions de francs CFP d’amende.

Viols sur mineurs : le difficile parcours des victimes

 

*Numéro vert de SOS violences : 05 11 11