Le Charlie-hebdo des survivants s’arrache

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Charlie Hebdo
©France-Bleue
Déjà 700.000 exemplaires vendus, cinq millions vont être imprimés: les Français se sont rués dans les kiosques aujourd’hui pour acheter Charlie Hebdo, après l'attentat qui a décimé le journal satirique, une attaque revendiquée dans la matinée par Al-Qaïda au Yemen
Dans une vidéo mise en ligne sur un site islamiste, l'un des dirigeants d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), Nasser Ben Ali al-Anassi explique que "des héros ont été recrutés et ils ont agi, ils ont promis et sont passés à l'acte à la grande satisfaction des musulmans".
             
Ce dirigeant fait référence aux frères Kouachi, dont l'un s'est réclamé d'Aqpa peu après l'attaque menée le 7 janvier.
             
Au même moment, le nouveau Charlie Hebdo, diffusé dans plus de vingt pays, en cinq langues, s'est arraché dès sa parution: pris d'assaut, les 27.000 points de vente français, qui avaient reçu 700.000 premiers exemplaires, étaient à court dès 10H00 et devaient être réapprovisionnés dans la journée.
             
Le distributeur du journal a décidé de porter le tirage à 5 millions, au lieu de 3 millions prévu la veille, un record en France. L'imprimeur a ouvert quatre imprimeries au lieu de deux. 
             
A la gare Saint-Lazare à Paris, avant même l'ouverture à 06H00, une soixantaine de personnes faisaient la queue devant un des marchands de journaux. "Ils auraient dû en prévoir plus dès aujourd'hui. Je n'arriverai pas à faire face à la demande", a déploré Marie-Claire, la gérante du magasin.
             
A Bordeaux, un impatient s'est rué sur la buraliste au moment de la livraison pour lui arracher un Charlie. "Il m'a agressée, on a dû appeler la police, c'était la foire d'empoigne. C'est exactement l'opposé de l'esprit Charlie", a raconté la buraliste.
             
Un retraité de 67 ans, Roger, est venu en train à Bordeaux de Langon avec son vélo pour trouver un journal, en vain. "J'ai jamais lu Charlie, je veux voir à quoi ça ressemble", a-t-il dit.
             
Sur eBay, le numéro se revend jusqu'à 650 euros, une spéculation condamnée par Reporters sans frontières. "C'est absolument indécent", a lancé son directeur Christophe Deloire.
             
Pour ce "numéro des survivants", le petit journal satirique français, cible des jihadistes pour ses caricatures de Mahomet, a persisté en publiant une couverture représentant le prophète de l'islam, la larme à l'oeil, tenant une pancarte "Je suis Charlie".
             
Le même slogan que celui de millions de manifestants en France et dans le monde qui ont manifesté dimanche pour la liberté d'expression. Au-dessus de la une, les mots "Tout est pardonné". 
             
Devenu un symbole, Charlie Hebdo est réclamé partout, jusqu'en Inde et en Australie : le journal est diffusé ce mercredi aussi à 300.000 exemplaires dans plus de 20 pays. La Une sur Mahomet, dévoilée dès mardi, a déjà été reproduite par de très nombreux médias et sites dans le monde.
             

 "Extrêmement stupide"

             
Elle a en revanche été occultée par les grands médias des pays musulmans et dans certains pays d'Afrique ou d'Asie car l'islam interdit de représenter le prophète.
             
En Turquie, le quotidien d'opposition Cumhuriyet a lui publié en turc quatre pages du numéro.
             
Le Mahomet de Charlie Hebdo était aussi absent des grands médias aux Etats-Unis, où la satire religieuse est taboue, et de la plupart des journaux britanniques. Washington a cependant tenu à affirmer mardi son "soutien absolu au droit de Charlie Hebdo" à publier cette Une.
             
La nouvelle caricature de Mahomet a en revanche déclenché la colère de l'Iran, de certaines instances musulmanes et de l'organisation intégriste Etat islamique.
             
L'Iran a condamné mercredi la couverture "insultante" du magazine. Al-Azhar, principale autorité de l'islam sunnite basée en Egypte, a estimé qu'elle allait "attiser la haine". L'instance représentant l'islam auprès des autorités égyptiennes, Dar al-Ifta, l'a qualifiée de "provocation".
             
Et l'Etat islamique, dont se revendiquait Amédy Coulibaly - qui a tué une policière et quatre otages dans un supermarché casher -, a jugé "extrêmement stupide" la publication de nouvelles caricatures de Mahomet.
              
"Il n'est ni raisonnable, ni logique, ni sage de publier les dessins et les films offensant le prophète ou attaquant l'islam", écrit de son côté l'Union mondiale des oulémas musulmans.
             
Les responsables de l'islam de France ont, eux, appelé au calme, à la veille de la parution.
             
En février 2006, Charlie Hebdo avait, comme plusieurs journaux européens, repris 12 caricatures de Mahomet publiées par le quotidien danois Jyllands-Posten, qui avaient suscité des manifestations violentes dans le monde musulman.
             
Depuis, le journal français, qui a continué de dessiner régulièrement Mahomet, était devenu une cible emblématique pour les intégristes.
             
"Notre Mahomet est vachement plus sympa que celui brandi par ceux qui ont tiré", se sont défendus les survivants du journal.
             
En riposte aux attentats, qui ont fait 17 morts, Manuel Valls a annoncé mardi "des mesures exceptionnelles" pour mieux détecter de potentiels jihadistes.
             
Le délit de "blasphème n'est pas dans notre droit" et "ne le sera jamais", a déclaré le Premier ministre.
             
En revanche, plusieurs personnes ont été condamnées à de la prison ferme pour apologie du terrorisme ces derniers jours et c'est pour ce chef d'inculpation que le polémiste Dieudonné, plusieurs fois condamné pour antisémitisme, a été placé en garde à vue mercredi, après avoir écrit sur sa page Facebook "je me sens Charlie Coulibaly".
             
La semaine est également ponctuée par les funérailles des 17 victimes et les hommages des autorités françaises, qui poursuivent la traque d'éventuels complices des tueurs de Charlie Hebdo.
 
Source : AFP
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