Nucléaire : deux soeurs, une même maladie mais un traitement différent du CIVEN

nucléaire australes
Victime nucléaire Raivavae / association 193
©Polynésie la 1ère

C'est l'histoire de deux soeurs, nées à Raivavae, et souffrant des mêmes maladies mais ayant eu deux traitements différents du CIVEN, qui a indemnisé l'une mais pas l'autre. Il a fallu que la seconde se batte pour finalement obtenir gain de cause.

Claudine à 56 ans. Elle est née à Raivavae aux Australes, un an avant l’explosion de la première bombe à Moruroa. Plus de 40 plus tard, le couperet tombe : elle est atteinte d’un cancer du sein. "Dès que j’ai su que j’avais le cancer du sein, je n’ai pas cherché à comprendre, c’est cause aussi de la ciguatera. Beaucoup de nos poissons ont été contaminés à cause du nucléaire", confie cette mère de famille aujourd'hui aidée par l'association 193. 

Sa maladie a été dépistée en 2007. "C'est un lourd fardeau pour moi car je suis obligée de quitter mon île, ma famille et mes petits enfants pour venir me faire soigner ici à Tahiti". Le cancer a bouleversé la vie de Claudine. Celle de sa sœur, aussi. En effet, Henriette a développé la même pathologie. Ensemble, elles ont donc fait appel à l’association 193 pour constituer un dossier d’indemnisation. Chose faite en 2018.

Sauf que, si elles souffrent de la même maladie, le Comité d'indemnisation des essais nucléaires (CIVEN) a indemnisé l'une mais pas l'autre. Il a fallu que Claudine se batte pour finalement obtenir gain de cause. "Nous avons demandé à ce que je sois indemnisée, mais ils ont refusé. Grâce à l’aide apportée par l’association 193, nous avons mis cette affaire au tribunal. Finalement en septembre dernier, nous avons eu une réponse favorable de la part du CIVEN qui a accepté que je sois indemnisée"

"De la même résidence, même commune, pourquoi unetelle c'est oui et pourquoi unetelle non ? (...) Vraiment, ce millisievert est un grand frein, il faut le retirer !"

Léna Normand

 

Selon Léna Normand, première vice-présidente de l'association 193, ce dysfonctionnement serait dû à la règle du seuil d'un millisievert. Un seuil mis en place avec l’amendement Tetuanui en 2018. "Dans le cas des échanges de mémoire, il a fallu vraiment décliner ce qu’est une résidence car dans la décision de rejet du Civen, ils disent : vous avez résidé aux Australes en telle année, vous concernant, vous avez reçu moins un millisievert (...) Par rapport à toutes les autres victimes, j’en ai la chair de poule : de la même résidence, même commune, pourquoi unetelle c'est oui et pourquoi unetelle non ? (...) Vraiment, ce millisievert est un grand frein, il faut le retirer !"

Aujourd’hui, Claudine veut que son histoire aide les autres victimes à ne pas lâcher pour aller jusqu’au bout afin que justice soit faite. Officiellement, 14 retombées radioactives ont été enregistrées à Raivavae, et au moins 368 retombées sur les 5 archipels de la Polynésie française entre 1966-1974. Quid des essais souterrains ? C’est le prochain combat de l’association... Mardi 16 mars, le tribunal administratif devra justement se pencher sur trois dossiers concernant des personnes nées entre 1980-1992 soit lors de ces essais souterrains.

 

Depuis sa création en 2010, la loi Morin est sans cesse au cœur des débats. Après la problématique du risque négligeable finalement retiré puis du seuil d'un millisievert, un autre problème fait désormais réagir l’association 193. Depuis peu, un article vient préciser une échéance temporelle pour la constitution d’un dossier d’une personne décédée, alors que cela n’avait pas été prévu initialement dans la loi. L’association demande à ce que cette échéance soit retirée :

 

Différents courriers ont été envoyés aux parlementaires et députés polynésiens mais aussi au ministre de la Santé du gouvernement central pour demander le retrait de cette notion.

 

 

 

 

 

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