Chili : l'après Pinochet, 47 ans plus tard ?

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Dans deux semaines, le Chili va vivre un événement historique. Une majorité populaire s’apprête à changer la constitution, héritée de la dictature militaire. Derrière ce choix, il y a aussi la remise en cause d’une politique néo-libérale, qui a engendré des inégalités sociales
 
C’est un peu la question de l’oeuf et de la poule. La dictature militaire chilienne de Augusto Pinochet (1973-1990) a t-elle amené ensuite dans son sillage une politique sociale injuste ? Ou les tenants de ces politiques économiques très conservatrices sont-ils à l’origine du coup d’état ? Qui n’aura été qu’un habillage politique pour imposer un modèle néo-libéral dans un pays, qui avait élu Salvador Allende, un président socialiste ? 

Car tout est lié. Si l’ossature de la constitution Pinochet est encore debout, l’organisation économique  qu’il avait promu reste elle aussi en place. Et les protestations de millions de personnes décidées à ébranler l’ensemble de ce système qui cadenasse le pays depuis des décennies.
 

Un an de manifestations géantes 


Cette réforme de la constitution n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de manifestations puissantes qui visaient notamment en 2019 à extraire du giron du privé, des domaines aussi essentiels que la santé, les retraites ou l’éducation. La répression policière a été féroce, 31 morts, 468 personnes éborgnées par des tirs visant la tête, 12 000 arrestations.

Trois policiers seulement ont été sanctionnés pour ces violations massives des droits de l’homme. Mais face à ces vagues de contestation, les autorités ont dû lâcher du lest. Avalisée par le parlement et le président chilien, la réforme éventuelle de la constitution est désormais soumise au vote.
 

Une évolution en quatre temps


Le scrutin du 25 octobre, retardé de six mois par l’épidémie de Covid, permettra aux chiliens de répondre à deux questions. La première, êtes vous pour ou contre une nouvelle constitution? . Selon les sondages le vote serait à 60% en faveur d’un nouveau texte. 

D’ou la deuxième question, la nouvelle constitution doit elle être écrite par une assemblée constituante entièrement élue à cet effet ? Ou une assemblée mixte, avec une moitié de parlementaires actuels et une moitié de délégués élus ? Dans le deux cas, les rédacteurs auront un an maximum pour rédiger la nouvelle constitution, qui sera finalement ratifiée par un vote populaire en 2022.

En attendant cette réforme politique importante, le Chili reste un pays d'une âpreté rare pour ses classes les plus modestes. La contestation sociale a été gelée par la vague de Covid-19, qui a été rude, surtout à Santiago. Ce qui a permis aux autorités d’interdire les manifestations, et de décréter l’état d’urgence et un couvre-feu. Mais les manifestations viennent de reprendre. Une partie de la jeunesse chilienne n’entend visiblement pas baisser les bras, même pendant le chantier constitutionnel.

 
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