Lisa Taouma : « Les natifs doivent raconter leur propre histoire »

cinéma
Lisa Taouma
©FIFO
Lisa Taouma est réalisatrice et membre du jury de ce 17e FIFO. Rencontre. 
Unique femme de ce jury, elle est une réalisatrice qui connaît bien le festival. L’année dernière, elle avait présenté Marks of Mana, le premier film consacré au tatouage exclusivement féminin du Pacifique. Originaire des Samoa mais vivant en Nouvelle-Zélande, Lisa Taouma est aussi à l’origine de Coconet TV, une plateforme web qui regroupe les histoires des îles de l’Océanie, une fenêtre importante sur la région. 
 

 

Vous êtes une habituée du FIFO, mais c’est la première fois que vous être membre du jury. Comment abordez-vous ce festival ? 



Je suis très active dans la télévision indigène et il y a quelque chose de très important surtout pour la jeune génération : c’est l’idée que les natifs puissent et doivent raconter leur propre histoire. C’est ce qui m’intéresse dans ce festival : que les gens qui vivent ici parlent, racontent, donnent leur point de vue de leur pays. Et non pas vu par des Occidentaux, comme nous en avons l’habitude depuis des décennies. Je vais aussi regarder les différents genres des documentaires. Il y a plusieurs angles sur les façons de raconter, il y a différents points de vue. Ce qui est magique justement dans ce festival, c’est de réunir les multiples regards des pays de l’Océanie.  
 

En tant que membre du jury et réalisatrice, qu’attendez-vous d’un documentaire ? 


J’attends que l’histoire soit une histoire forte. Dans les grandes productions, il y a de gros moyens mais je pense que ce n’est pas la chose la plus importante. La manière de la raconter, avec tout le matériel que cela peut impliquer, n’est que secondaire. Ce qui prime, c’est le pouvoir et la force de l’histoire. 
 

Vous êtes à l’origine de Coconet TV, une plateforme web qui diffuse des films et émissions sur les pays de l’Océanie. Quel est l'objectif ? 


Cette plateforme existe pour partager les histoires des pays du Pacifique racontées par les natifs du Pacifique. L’une des grandes qualités de cette plateforme est qu’à la différence de la télévision, diffusée seulement dans un pays, la plateforme web permet une diffusion internationale. 
 

Est-ce une manière de se libérer de la colonisation « intellectuelle » ? 


Oui ! C’est clairement une plateforme anticoloniale. On a créé le squelette, maintenant nous avons besoin de gens qui viennent de tous les pays de l’Océanie. Le défi est désormais de maintenir la ressource notamment financière pour continuer d’exister. On a besoin dans les différents endroits où l’on raconte différentes histoires et où l’on créé ce contenu, que les créateurs soient soutenus mais aussi de gens qui viennent soutenir financièrement la plateforme en achetant les contenus. 
 

La difficulté est souvent le manque de formation des locaux, face aux Occidentaux qui y ont largement accès… 


Ce qui est très particulier aujourd’hui est que la technologie change. C’est toujours un défi car on doit avoir la ressource pour les formations, par exemple nous organisons des ateliers mais on est limité en moyens. L’avantage de nos jours est que l’on trouve désormais dans les écoles, des jeunes qui apprennent à filmer et éditer avec les nouvelles technologies. Tout le monde peut filmer sur son téléphone, tout le monde a un logiciel pour éditer et monter… C’est un peu la réponse à ce problème.

Que conseillez-vous justement aux jeunes réalisateurs ? 

 
Si vous n’avez pas de ressources, alors racontez l’histoire vous-même, avec vos moyens, avec votre téléphone. Le plus important est l’histoire, quelle histoire je veux raconter, qu’est-ce qui fait sa richesse ? Il y a des milliers de choses, nous n’avons pas encore tout raconté de l’Océanie, le contenu est énorme car c’est un peu un nouveau phénomène par rapport à l’Occident où il y a des films partout et sur tout. C’est donc une grande chance, une grande opportunité. Il faut la saisir.

Est-ce que vous pensez que l’Océanie est encore méconnue notamment en Occident et en Amérique ?  


Oui ! Aux États-Unis, par exemple, ils connaissent Hawaii car c’est un état du pays mais pour les autres îles de la région, ils ne savent pas qu’elles existent ni où elles se trouvent. On retrouve la même chose en France ou en Europe. C’est là toute la magie du FIFO : on se rencontre, on peut donc se parler malgré nos langues différentes. C’est très important d’essayer de créer un dialogue et les films sont une manière de le faire.

 

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