Nina Barbier : "Ces îles peuvent être un exemple"

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Nina Barbier : "Ces îles peuvent être un exemple"
Rencontre avec Nina Barbier, réalisatrice de "Vanuatu : trocs, coutumes et dents de cochon", projeté dans la sélection hors compétition du 17e FIFO.
"Vanuatu : trocs, coutumes et dents de cochon", projeté dans la sélection hors compétition de ce 17e FIFO, raconte le système coutumier propre à certains endroits du territoire. Un système économique où la monnaie n’existe pas et où le troc est au centre de tout. On échange un poisson contre une tubercule ou des dents de cochon, on paye l’école des enfants avec des nattes tressées… 80% des habitants utilisent les dents de cochon au lieu de la monnaie locale, le Vatu. Là-bas, pas de carte de crédit ni de compte en banque, juste des produits de la terre et de la mer. La véritable richesse des Vanuatu. Il existe pourtant deux systèmes économiques, le coutumier et le libéral, qui se développe dans la capitale, Port Vila. Comment préserver la coutume ? Comment transmettre à la jeunesse ce système coutumier qu’il faudrait conserver et encourager ? Rencontre avec Nina Barbier, la réalisatrice de ce documentaire. 
 

 

Comment vous êtes-vous intéressée à ce système économique de troc ? 


Avant de faire de l’audiovisuel, j’ai suivi une formation en économie. J’ai donc une sensibilité avec ce monde. Et il faut dire qu’aujourd’hui, on parle beaucoup de crises financières. En parallèle, je m’intéresse à l’ethnologie et le troc est un échange primaire. J’ai eu l’occasion d’aller aux Vanuatu, j’ai vu que les gens vivaient avec très peu de monnaie. Le projet a donc cheminé dans mon esprit. Ce qui m’a surtout interpellée, c’est que le gouvernement vanuatais a compris l’intérêt de ce système. Au parlement, il y a d’ailleurs un conseil coutumier où siègent des chefs. J’ai été également très inspirée par un livre Les Argonautes du Pacifique de Bronislaw Malinowski. L’ethnologue a étudié les échanges dans le Pacifique, dons contre dons. Ce livre est très fondateur sur tout ce qui touche à l’économie insulaire. J’ai voulu aller plus loin et ne pas rester à la surface des choses. 
 

Le troc pourrait-il sauver certaines îles face à la mondialisation ? 


Oui, sauver est vraiment le mot. Les Australiens et les Chinois sont en train d’investir partout dans le Pacifique. Les Vanuatais doivent faire très attention. Ce qu’il se passe aux Vanuatu peut, par exemple, sauver certaines îles de la Polynésie. Ce troc se faisait de manière historique et naturelle : celui qui a du poisson parce qu’il est en bord de mer troque avec celui qui habite dans la vallée et qui a donc des fruits et légumes. Ils ne le qualifient pas de troc coutumier mais ça l’est, en réalité. On a beaucoup moins de besoin d’argent dans les îles que dans les villes comme Paris ou New York.
 

Est-ce qu’il est du coup important de préserver ce système ? 


Oui, bien sûr. Mais c’est une volonté politique. Aux Vanuatu, ils ont compris et encouragent ce système. S’ils encouragent l’économie de marché à Port Vila - une économie offshore avec des duty free, des bateaux de croisière ou encore les touristes qui apportent leurs devises -, s’ils encouragent cela, les jeunes des îles sans travail salarié vont vouloir venir à Port Vila et cela augmentera le nombre de chômeurs. Les bidonvilles vont se développer. Le gouvernement a donc compris et décidé de préserver l’économie coutumière, plutôt que de faire subir l’économie libérale. Bien qu’il existe une pression sur la jeunesse (qui a accès à la mondialisation via les nouvelles technologies), les Vanuatais sont attachés à leur île, ils n’ont pas envie d’en partir. Quand ils partent, ils n’ont pas envie de rester dans le pays étranger mais reviennent avec davantage de connaissances.
 

Quels sont les dessous du tournage ? 


On a eu des moments surprenants. Nous avons même fait du troc. Mon chef opérateur avait des chaussures de treck. Elles intéressaient apparemment les personnes aux Vanuatu (rires). On a donc échangé les chaussures, qui représentent un mois de salaire pour eux, contre une dent de cochon. Mais sur place, on a surtout eu de gros problèmes logistiques, on devait être complètement autonome. Là-bas, il n’y a pas d’hôtels, pas de pensions, pas de magasins, pas de routes ni d’électricité. On est donc arrivé avec tout : notre nourriture, notre eau, tout. Mais, finalement, ce film a eu un effet sur moi, j’ai moins envie de consommer.  
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