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Ice : montée d'un cran dans la violence

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Tribunal affaire d'ice
©Polynésie la 1ère / Lucile Guichet
3e jour de procès, ce mercredi, pour l'affaire d’ice qui implique 21 personnes. La question de la circulation des armes à feu et de la violence en général dans le trafic étaient au centre des débats. Le procureur a requis jusqu'à 9 ans de prison contre les prévenus.
Dans cette affaire qui implique 21 prévenus, les noms se croisent avec d’autres affaires. Il y a ainsi « Taco », un grand gaillard nerveux que la justice soupçonne d’être le grossiste, à la tête d’une organisation familiale, à Faa’a. Chez lui ont été retrouvés un Colt 45 et deux carabines dont une 22 long rifle et trois autres armes factices. Il explique que c’était « pour faire peur ».

« Taco » aurait aussi voulu revendre une de ses armes à Francky Tumahai, incarcéré dans l’affaire Papi Ellis. « La transaction n’a pas pu aboutir », explique-t-il à la barre.

Le prévenu raconte avoir quitté l’école à 14 ans et avoir commencé une vie de petite délinquance : quatre condamnations du juge des enfants pour des affaires de vols ou de dégradations. Mais, en 2016, lorsque sa femme, secrétaire médicale, perd subitement son emploi, « Taco » explique passer du cannabis à l’ice « pour nourrir sa famille ». « Je consommais moi-même 2 à 3 grammes tous les deux jours. »
 

Des témoignages édifiants

Ce mercredi, au procès, les débats sont montés d’un cran dans la violence. À la barre, les mules se succèdent. Elles racontent presque toutes la même chose : les violences, les menaces sur elles ou leurs familles, les armes sur la tempe, les passages à tabac et une vie dans la peur.

Un ancien accro recruté comme mule raconte qu’il avait refusé de rapporter la drogue. Il aurait alors été séquestré, tabassé, récupéré dans une chambre d’hôtel. Une arme sur la tempe, il aurait été menacé d’être jeté entre Tahiti et Moorea, une pipette en verre brisée sous la gorge… Lorsque le groupe croise une femme de ménage de l’hôtel, les prévenus lui auraient fait baisser la tête pour qu’elle ne remarque pas son visage. « Une blague pour lui faire peur », se défend « Taco ». Depuis, l'ancien accro vit caché chez lui, par peur des représailles. Seule solution aujourd’hui, dit-il : « Partir, et recommencer une nouvelle vie. C’est la descente aux enfers. J’ai tout perdu avec l’ice : mon travail, la confiance de ma famille et ma femme. »

Les revendeurs racontent comment ils se sont faits rouler : « Bastien nous promettait 1 million de Fcfp à chaque voyage, mais à chaque fois il avait de nouveaux arguments pour nous dire ‘la prochaine fois’. » Et lorsque la presse relate l’arrestation d’une mule : « On voulait tout arrêter. Mais il nous a dit de ne pas nous inquiéter, qu’il avait des copains juges et qu’on était couverts par Quinquis. On y a cru. » Dans leurs téléphones, les enquêteurs retrouvent des messages explicites, mais aussi des selfies avec des bulles (servant à fumer l’ice, ndlr) et un fusil 5-5, ou encore une vidéo dans laquelle ils sodomisent avec une pelle en plastique un individu sous l’emprise de stupéfiants. « L’ice, c’est quelque chose de beau au début. Mais une fois que tout le monde tombe, tu te rends compte. Je voulais m’excuser pour tout ça et pour les copains qui sont là aujourd’hui », déclare l’un deux.

À l'issue de cette 3e journée, le procureur a requis des peines de prison allant de 12 mois à 9 ans ferme, avec mandat de dépôt et interdiction de détenir une arme pendant 5 ans.

La douane demande plus de 230 millions de francs d’amende, pour un peu plus de 1,5 kg d’ice importé, valeur du gramme 140 000 francs.
 
Montée d’un cran dans la violence
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