Assises : procès de l'homme qui avait poignardé et tué le compagnon de son ex-conjointe

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Dans le box, l'accusé qui avait poignardé le compagnon de son ex-conjointe. ©Polynésie la 1ère
La dernière session des assises s’est ouverte aujourd’hui avec le procès d’un homme accusé d’avoir tué le conjoint de son ex-compagne. C’était en 2020, à Pirae. Il lui aurait porté plusieurs coups de couteau à l’aube et frappé violemment son ex-conjointe qui dormait à côté. Le procès doit durer 3 jours. Cette première journée a été consacrée à l’examen de personnalité de l’accusé.

Carrure imposante dans le box des accusés, Vaetua, maçon de 35 ans, assure qu’il n’a pas eu l’intention de tuer le conjoint de son ex-compagne, Reia Teihotua.

Cette nuit de juillet 2020, il se serait rendu au domicile de la victime, à Pirae, pour "vérifier" dit-il si son ex-conjointe y est présente. Il avait déjà tenté de téléphoner à son ex-conjointe, Faimano, une quinzaine de fois au cours de la soirée. En voyant les savates de cette dernière à l’entrée, il aurait alors saisi un grand couteau dans la cuisine et regardé le couple endormi "pendant 10 à 15 minutes".

S’en serait suivie une bagarre rapide et très violente au cours de laquelle Vaetua invective la victime " eure, tu baises ma femme", aurait-il crié, avant de poignarder Reia à plusieurs reprises et frapper violemment son ex-conjointe. Celle-ci bénéficiera de 45 jours d’ITT pour de multiples hématomes et des fractures au nez et à l’avant-bras.

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A gauche, l'avocat de la défense en pleine discussion avec celui de la partie civile. ©Polynésie la 1ère

Poignardé à l’artère humérale, Reia se vide de son sang. Vaetua aurait ensuite accompagné à pied Faimano jusqu’aux urgences de l’hôpital de Taaone.

Il est interpelé deux jours plus tard, à son domicile. Aujourd’hui, il conteste l’intention homicide. "Le Parquet le poursuit pour assassinat, c'est-à-dire qu'il a eu l'intention de fomenter ce crime-là, mais nous on n'est pas d'accord, on conteste la qualification d'assassinat. Après on verra, c'est la cour qui décidera", estime Me John Tefan, avocat de l’accusé.

Il n’acceptait pas la séparation

Après 10 ans de vie commune émaillée de coups et 2 enfants, Faimano avait décidé de quitter l’accusé, décrit comme un homme violent et jaloux, au début de l’année 2020. "C’était le ton de son dialogue qui faisait mal, ses mots, parfois sa façon de me regarder", explique l’accusé à la barre pour tenter de justifier ses violences. Au cours de leur vie commune, Faimano dépose plusieurs plaintes pour violences conjugales et Vaetua est condamné par la justice 6 mois avant les faits.

Faimano retourne vivre chez sa mère avec leurs deux enfants. "Je n’ai jamais vu de psychologue parce que je n’avais pas le temps avec le travail", explique Vaetua. Mais celui-ci n’accepte pas la séparation et explique avoir perdu pied : "Parfois, on avait encore des relations sexuelles. Elle m’avait dit que c’était fini par téléphone, mais pas en face. Pour elle, on était séparés, mais pour moi, on était toujours ensemble".

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Le procès va durer jusqu'à jeudi. ©Polynésie la 1ère

Quelques mois avant les faits, Faimano rencontre la victime, Reia, capitaine de thonier de 36 ans, très apprécié, décrit comme "balaise, mais gros nounours" par ses proches, "n’ayant jamais levé la main sur qui que ce soit".

Un mois avant les faits, Faimano avait écrit au juge aux affaires familiales pour signaler les "messages insultants et grossiers" de son ancien conjoint, expliquer qu’il n’accepte pas la séparation et craindre sa violence. "On a affaire à un tyran domestique, qui a vécu 10 ans avec une femme et qui au bout de quelques mois déjà, 3 mois après leur liaison, la maltraitait au point d'aller en justice 3 fois de suite. Il n'a jamais arrêté depuis, il l'a toujours maltraitée. Il a fait preuve d'une jalousie extraordinaire, caricaturale", précise Me Bruno Loyant, avocat de Faimano.

Une éducation et un entourage qui cautionnent la violence

Lorsqu’elle était en couple avec l’accusé, Faimano vivait avec la famille de Vaetua, à Faa’a. A la barre ce matin, le père de l’accusé a dit "ne pas comprendre" le geste de son fils. Les bleus sur le corps de sa belle-fille ? "Je les voyais, mais je ne m’occupais pas de leur vie. Je ne comprenais pas qu’elle soit retournée vivre chez ses parents". Pour la belle-sœur de l’accusé "quand Faimano boit, ce n’est pas une bonne femme. Les violences de mon beau-frère sont peut-être dues à ça. C’est un bon papa. Pour moi, c’est quelqu’un de gentil".  Pourtant, l’accusé a plusieurs condamnations à son casier judiciaire pour violences, notamment envers son propre père. "Il avait dit que je buvais trop et il ne voulait plus que je vois Faimano. Je voulais qu’il s’occupe de ses affaires".

Parce qu’il n’a pas appelé les secours et, au contraire, continué à porter des coups à la victime au sol, Vaetua est poursuivi aujourd’hui pour meurtre avec préméditation, violences conjugales en récidive et violation de domicile.

Il encourt la prison à perpétuité. Le verdict sera rendu jeudi, après 3 jours de procès.