Attaque du bodyboarder par un requin : plongeurs et shark feeding pointés du doigt

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Un arrêté municipal interdit la baignade à Sapinus jusqu'à nouvel ordre. ©Polynésie la 1ère
L'attaque du requin contre un bodyboarder à Punaauia ce samedi matin a fait grand bruit. Pour les scientifiques comme les autorités municipales, c'est malheureusement une première. Si depuis, la baignade est interdite par arrêté municipal à Sapinus, les surfeurs du quartier dénoncent une affluence de plongeurs trop importante sur le spot, ce qui aurait modifié le comportement des squales.

Quelques heures après avoir été attaqué par un squale puis soigné à l'hôpital, Huuti Hakalei le bodyboarder de 22 ans blessé au genou en est à peu près sûr. "Je pense que c'est un requin-tigre d'une taille de 2 m à 2,5 m...J'ai vu les rayures sur le dos du requin".

Ayant eu vent de cet incident, Eric Clua, spécialiste des requins dans le Pacifique et travaillant au Criobe, a contacté le jeune homme pour avoir des précisions. "C'est une morsure de cisaillement, ce qui a provoqué une blessure en dessous du genou superficielle", précise le scientifique. Lequel est presque certain que c'est un requin-tigre, d'après les détails donnés sur la morphologie de l'animal. "Il a une tête large, ce qui correspond avec la tête du requin tigre qui est carrée, et beaucoup moins fine que pour les autres espèces", dit-il.

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Eric Clua à gauche, du Criobe, et spécialiste des requins du Pacifique. ©Polynésie la 1ère

Grâce à des prélèvements effectués à l'hôpital sur la plaie du bodyboarder, "on arrivera à connaître probablement l'espèce de requin et pourquoi pas même l'individu au sein de l'espèce de requin tigre s'il s'agit [vraiment] d'un requin tigre. On arrivera en fait à connaître quel requin a tenté de mordre", détaille Eric Clua. "En Polynésie, il n'y a que 2 espèces a priori qui peuvent s'en prendre à l'homme pour de la prédation, c'est à dire pour se nourrir. Le requin-tigre et le parata, ou requin océanique". 

Mais cette identification confirmera la crainte du scientifique : "cela veut dire que c'est la première fois en Polynésie qu'un requin tigre s'en prend, attaque un surfeur pour se nourrir".

Pourquoi le requin aurait-il agi de la sorte à cet endroit ? 

"Ca devait arriver"

Les amis du bodyboarder attaqué ont leur petite idée. Dont Mato, lui aussi amateur de vagues à Sapinus. "J'ai vu quand il a appelé. Je savais que ça n'allait pas". Et quand on lui demande s'il faut faire attention sur ce spot, il répond qu'"il faut arrêter le shark feeding...Je pense que cela contribue à ce qui arrive", s'insurge le jeune homme.

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Tuihani se demande pourquoi il y a autant de bateaux de clubs de plongée sur le spot. ©Polynésie la 1ère

Tuihani est aussi de cet avis. C'est un surfeur et habitué du spot. Et pour lui, "ce n'est pas une surprise. On savait que cela allait arriver avec tous les bateaux qui arrivent depuis 2 ou 3 ans...Maintenant ils viennent aussi le soir...ce sont des bateaux de plongée...Les vieux pêcheurs nous disent que depuis qu'il y a ces bateaux, ils ont remarqué que les requins se rapprochent plus maintenant, il y a eu un changement. On ne sait pas ce qui se passe là-bas", avoue-t-il. "Avant il y avait juste un bateau...maintenant c'est 5 à 6...On voit du changement. [Par exemple] quand on va dans le bleu, on se pose sur le kayak, et là les tortues commencent à monter. Il n'y a jamais eu ça, qu'est-ce qui se passe en bas ? Quand on n'est pas là, ils viennent leur donner à manger ? Il n'y a jamais eu autant de changements comme ça", s'étonne le surfeur.

Interrogé ce matin après cette attaque, le maire de Punaauia n'a pas vraiment paru surpris, notamment de cette suspicion à propos du shark feeding. 

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Les surfeurs du quartier sont provisoirement privés de vagues. ©Polynésie la 1ère

Certes il s'agit d'une première contre un surfeur, mais depuis plusieurs mois "des pêcheurs [lui] ont signalé la présence accrue de requins qui ont changé un peu de comportement". Pour le maire, "les requins ne changent pas de comportement pour rien". Simplicio Lissant va donc s'approcher de scientifiques pour connaître les raisons d'un tel changement et des risques que cela entraîne. 

Au point que les autorités communales réfléchissent à une révision de la ZPR ou zone de pêche réglementée. Et même d'envisager un plan de gestion des espaces maritimes pour éviter que "des usages ne se tamponnent". En clair, le maire pense réglementer pour éviter tout risque afin que chacun exerce ses activités en sûreté.

Entre 2009 et 2019, il y a eu 4 morsures en moyenne par an, et en 2020 il y en a eu 15. En 2019 à Moorea, la première morsure de prédation par un requin parata a été constatée, en 2021 à Rikitea un requin tigre a attaqué par prédation un plongeur, et aujourd'hui, c'est la 3e morsure de prédation et la 2e par, sans doute, un requin tigre.