Invité Café - Édouard Fritch : Pirae et Arue s'associent pour étendre leur zone de pêche réglementée

Édouard Fritch - maire de Pirae, était l'invité café de la matinale du 25 mars 2025.
Édouard Fritch, maire de Pirae, était l’invité café de ce mardi 25 mars. Interrogé par Corinne Tehetia, il explique les raisons de l'association des communes de Pirae et Arue pour étendre leur zone de pêche réglementée, leur zone de rāhui. L'objectif, permettre à nos ressources marines de se régénérer et les préserver pour els générations futures. Il a également expliqué pourquoi il n'a pas participé au colloque sur la vie chère organisé par l'Assemblée. Enfin, il a abordé les préparatifs des prochaines élections municipales.

Pirae et Arue s'associent pour étendre leur zone de pêche réglementée, leur zone de rāhui. L'objectif, permettre la régénération de nos ressources marines et leur préservation. Pour en parler, nous avons reçu ce lundi 25 mars, le maire de Pirae, Édouard Fritch, dans notre rubrique invité café.

Interview : 

Corinne Tehetia, journaliste : Tāvana, 'ia ora na.

Édouard Fritch, maire de Pirae : Bonjour, bonjour à tous. Je voudrais saluer plus particulièrement nos amis des îles, puisque vous êtes le cordon qui nous rattache aux populations éloignées.

Rāhui

CT : Merci d'être avec nous ce matin, tāvana Édouard Fritch. Une partie de la baie du Taaone est déjà une zone de pêche réglementée, depuis 2003. La pêche au filet y est strictement interdite. Qu’est-ce qui changera avec ce nouveau projet en collaboration avec la commune de Arue ?

EF : Lorsque nous avons passé la baie du Taaone en zone protégée en 2003, c'était essentiellement pour lutter contre la pêche au filet des ature, le chinchard, poisson que l'on connaît bien ici. Et c'est vrai que cette pêche nous interpellait, puisque vous le savez je crois, c'étaient des filets qui faisaient des centaines et des centaines de mètres et qui embarquaient des milliers et des milliers de poissons. Et cette pêche était une pêche massacrante, elle massacrait le poisson. Et donc, nous est venue l'idée, effectivement, de plutôt privilégier la pêche à l'hameçon, c'est ce qui se fait aujourd'hui. 

Avec le nouveau rāhui souhaité par la commune de Arue, parce que c'est effectivement Arue qui est venu nous consulter là-dessus, nous allons étendre la préservation de ces espèces à d'autres espèces que le chinchard. Au-delà de la pêche au filet qui est interdite aujourd'hui, nous allons, avec la commune de Arue, regarder dans quelles mesures nous protégerions d'autres espèces.

CT : Ça concerne quelles zones exactement ?

EF : Ça va partir de la passe de Taaone jusqu'à la passe du tombeau du roi. En d'autres termes, c'est logique. C'est un récif qui va de Arue à Pirae, et les pêcheurs, à mon avis, ils ont bien vu. C'est surtout préserver cette richesse alimentaire qui est important, parce que nos enfants auront besoin de manger demain. Il faut donc leur laisser la possibilité, effectivement, d'en jouir dans quelques années.

CT : On en est où actuellement concernant ce projet ?

EF : Aujourd'hui nous sommes en discussion. La procédure elle est toujours la même. J'ai consulté le conseil municipal de Pirae, qui n'a pas dit non. Je pense que Arue a fait pareil. Ensuite, nous allons mettre les techniciens autour d'une table, pour définir la zone, définir les espèces, définir les types de pêche. Ensuite, on va rentrer dans une discussion publique, avec les pêcheurs d'abord de Arue et de Pirae, et ensuite avec la population, que nous allons informer.

Ce qui est important de savoir, c'est qu'effectivement nous allons sensibiliser les acteurs économiques, les pêcheurs, sur ce sujet. Mais ce sont les conseils municipaux qui arrêteront grands axes et les moyens à mettre en œuvre pour faire respecter le rāhui. Il n'y a pas de technique autre souhaitée aujourd'hui que la technique de nos anciens. On est sur le rāhui. Nous ne sommes pas sur une zone protégée. C'est une façon de parler en français, mais c'est l'esprit du rāhui qui va être conservé dans cette délibération.

CT : Quelle est la difficulté dans ce dossier ?

EF : La difficulté, c'est la concertation qui est prévue. Parce que si vous venez imposer ce genre de mesure à une population, la population risque de bouder. Il faut, effectivement, la sensibiliser, lui expliquer les raisons pour lesquelles on prend de telles mesures. Il faut expliquer pourquoi les méthodes ont été choisies pour préserver cette richesse. Et surtout faire de la population sa propre police. Parce que sinon, effectivement, nous n'aurons jamais assez de personnes qui iraient sur le lagon surveiller si les uns ou les autres respectent ce rāhui.

CT : À quelle date avez-vous prévu de mettre en application ces futures zones de rāhui ?

EF : Je pense que ce sera pour l'année prochaine. Il faudra bien soigner la procédure de concertation. D'abord avec les techniciens des ressources marines, ensuite avec les pêcheurs, je pense qu'il faudra bien le faire, d'ici la fin de l'année.

Colloque sur la vie chère

CT : Autre sujet qui a fait la une de l’actualité ces derniers jours, le colloque sur la vie chère à l’Assemblée. On va s’intéresser au sujet qui interpelle nos populations, les marges. Parmi les dix propositions faites à l’ensemble des acteurs, il y a la suppression des exclusivités d’importation pour ouvrir davantage le marché. Pensez-vous que cela va entraîner vraiment une baisse des marges, de nos tarifs ?

EF : Je vais vous dire. Je suis membre de l'Assemblée de Polynésie française et je n'ai pas assisté à ce colloque. Parce que d'abord, des colloques il y en a tous les jours. Tous les jours. Aujourd'hui c'est la santé. Juste avant, la veille, c'était la vieillesse. Juste avant la vieillesse, c'était la femme. Enfin, tous les jours, nous sommes en colloque.

CT : C'est un peu la stratégie du Pays pour consulter l'opinion publique, notamment. 

EF : Ce n'est pas l'opinion publique qui gouverne ce Pays. Il y a un gouvernement qui a été mis en place. Et c'est ce gouvernement qui doit penser, qui doit faire des propositions. Nous avons tous vécu une campagne électorale pour les territoriales qui a été excellente. On a vu le programme du Tavini Huiraatira, qui était un beau programme, puisque la population a voté pour. Mais aujourd'hui, on a l'impression qu'ils sont en panne. En panne d'idées, en panne de réflexion, il faut aller chercher les idées chez les autres. C'est ce qui se passe aujourd'hui.

Donc je disais que ce colloque, à mon avis, ne peut pas aboutir à grand-chose. D'abord, ce n'est de la prérogative du président de l'Assemblée de Polynésie. Le problème des prix, c'est la prérogative du gouvernement. Pourquoi ce n'est pas l'Assemblée de Polynésie ? Parce que l'Assemblée de Polynésie n'a pas les techniciens. Il y a la direction des affaires économiques. Il y a des tas de personnes qui contribuent aujourd'hui à lutter contre cette hausse du coût de la vie, rien ne se fait.

D'autre part, il y a une réalité dans notre pays. La réalité, c'est que nous sommes loin de tout. Nous sommes loin de la métropole, nous sommes loin des grands marchés des États-Unis, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande. Et en plus, à l'intérieur de notre pays, nous avons un autre problème, celui de l'insularité, puisque les Marquises sont à 1.300 kilomètres, les Gambiers sont à 1.500 kilomètres.

Effectivement, il y a un vrai problème, nous ne pouvons pas et je m'élève contre ça, nous ne pouvons pas éternellement comparer le prix de la baguette ou le prix du kilo de sucre ici, à ce qui se fait en métropole. On entend souvent comme référence, nous sommes 40%-35% plus cher que la métropole. Nous ne travaillons pas sur les mêmes paramètres. Nous sommes dans une économie insulaire, la France c'est autre chose.

Ce que je veux dire par là, c'est que le problème des prix va être lié essentiellement à des sujets qui sont connus. C'est le transport, le transport de nos marchandises. C'est la taxation, c'est la fiscalité. Aujourd'hui, on est en train de mélanger des sujets qui sont liés au statut des sociétés, comme l'intégration verticale, qui sont plus des sujets qui ont un impact fiscal dans le pays. C'est l'impôt qui est concerné par l'intégration directe, ce ne sont pas les prix, ni les marges.

CT : Donc pour vous, le fait d’avoir le même importateur et le même distributeur ne pose pas réellement de problème sur les marges ?

EF : Ce n'est pas que ça ne pose pas de problème, mais ce n'est pas là qu'on va trouver la solution à nos problèmes. Ce n'est pas là, à mon sens, puisque nous avions créé l'intégration verticale parce que nous souhaitions que les entreprises soient plus transparentes.

C'est quoi l'intégration ? [...] Il y a des blocs où il y a quatre, cinq sociétés, qui sont gérés par les mêmes personnes. L'intégration verticale, c'était pour que si une ou deux des sociétés étaient en difficulté, les deux autres sociétés puissent venir les soutenir. C'est-à-dire qu'on ne tient pas compte des difficultés d'une société pour l'imposition derrière. Donc c'est vraiment un sujet complètement différend. Ce que je veux dire par là c'est que, c'est un peu grâce à tout le monde aujourd'hui s’il y a la flambée des prix ou s’il y a quelques prix qui sont maintenus.

Ce n'est plus valable aujourd'hui, parce que les prix ont augmenté chez nous, mais il y a quelque temps, c'était moins cher d'acheter un t-shirt ici en Polynésie que d'aller acheter sur le marché américain. Pourquoi ? Et c'est là, à mon avis je pense, le secret de tout cela, c'est de baisser les taxes sur les produits.

CT : Comment ? Parce que ça ne date pas d'aujourd'hui. 

EF : En enlevant la TVA. Bien sûr que ça a un impact financier, c'est pour ça que c'est au gouvernement à le décider. Si vous voulez baisser les prix, il faut d'abord baisser les taxes. Et ensuite, il faut effectivement imaginer une stratégie sur les transports, sur la taxation des transports, puisqu’effectivement, on parle beaucoup de ces prix CAF. C’est-à-dire le coût avec le fret et les assurances et le transport. Et le prix FOB, où on élimine ce paramètre qui est de plus en plus élevé, c'est celui du transport. Donc voilà.

Je suis sûr que le gouvernement a la solution en tête. Mais on ne veut pas la mettre en exécution. Je pense qu'il y a là un vrai problème. Parce que si vous allez enlever les taxes, et bien devinez quoi ? Vous allez appauvrir les caisses du Pays. 

CT : Et selon vous, la carte Fa'atupu va résoudre les problèmes ?

EF : C'est quoi la carte Fa'atupu ?

CT : C'est pour les personnes démunies, elle remplace ...

EF : Ah oui, la carte que nous avions mise en place. Nous avions mis en place cette carte pour sauver la dignité de ces personnes, qui vont dans une grande surface avec des bons. Ils ont des bons, qui sont émis par les affaires sociales, et donc ils viennent avec une carte, quelque chose de plus discret, pour payer ce que les affaires sociales vont prendre en charge.

Vous savez, la carte Faatupu, depuis qu'on en parle, parce que ça fait deux ans quand même qu'ils sont là [le gouvernement Brotherson, NDLR], combien de personnes en ont bénéficié ? Vous savez combien il y a de personnes au RSPF ? C’est-à-dire des personnes qui n'ont aucun revenu, qui ont besoin d'être aidés ? Vous savez aujourd'hui combien de personnes ne touchent plus d'emploi aidé ? Puisqu'on a annulé les CAE, il n'y a plus d'emploi aidé dans ce pays. Ça en fait quelques milliers.

Et aujourd'hui, combien de cartes Faatupu ont été données ? Mais est-ce que ça correspond vraiment à la difficulté ? Parce que la personne qui n'a pas d'emploi, quel que soit le prix de vente des produits dans les magasins, elle n'y accédera jamais parce qu'elle n'a pas l'argent.

Municipales

CT : Les municipales, ce sera dans un peu plus d'un an. Au Tapura, on a déjà commencé à réunir les troupes. On sait aussi qu'il y a déjà des désaccords. Ça va être compliqué pour vous ?

EF : Des désaccords, y en aura toujours en politique, parce qu’il y en a toujours qui veulent être à la place du vizir. C'est toujours la même difficulté, partout, et vous trouvez ça dans toutes les élections. Il y a un gros problème d'ego j'ai envie de dire, parce que bon, moi aussi j'ai des ego, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Nous avons tous les mêmes défauts. Ce qu'il faut aujourd'hui c'est, effectivement, s'effacer. S'effacer devant les priorités.

Pour les communales, bien sûr que si nous préparons les communales, c'est parce que nous voulons les gagner ces communales. Nous avons pratiquement aujourd'hui, plus de 80% des maires qui sont adhérents au Tapura ou qui sont sympathisants du Tapura Huiraatira. Donc nous sommes majoritaires au niveau des maires. Je pense qu'on devrait, effectivement, être beaucoup plus raisonnables au niveau de nos intentions individuelles. Mais ça, on le verra un peu plus tard.

Quand vous dites, parce que c'est vous qui le dites, que nous préparons les élections municipales, nous ne sommes pas encore rentrés dans la préparation active. Effectivement, je donne quelques conseils, et en particulier ce vieux conseil qui date de nos ancêtres : l'unité fait la force, la désunion, l'incohérence, fait la perte. Ça, c'est connu de tout le monde. Il faut trouver les moyens de se mettre ensemble. Les dernières élections législatives ont montré que l'esprit de l'union, de l'unité, est un esprit vainqueur, c'est un esprit gagnant.

CT : Justement, il y a des désaccords entre le Tapura et le parti A Here Ia Porinetia, sur la réforme du code électoral voulue par la députée Nicole Sanquer. Est-ce que ça aussi, ça pourrait être un argument de division entre l'un et l'autre ?

EF : Non, il n'y a pas de désaccord, puisque nous avons présenté le même programme.

CT : Oui mais vous, vous demandiez à faire cette réforme après les municipales ?

EF : Voilà. Donc ce n'est pas un désaccord sur le principe de la réforme. Je pense que c'est le problème du timing. En politique, le calendrier est très important, vous le savez bien, je ne vais pas vous citer d'exemple. Donc je pense que le timing, effectivement, nous arrivons à l'aube d'une élection, nous sommes à moins d'un an des communales. On ne va pas venir créer une nouvelle loi électorale, pour laquelle on a vu que le Tavini ne participe pas. Le Tavini ne veut pas en entendre parler puisqu'ils ont la majorité. Donc on va discuter entre nous au niveau de l'opposition, je pense qu'il faut le faire dans un esprit beaucoup plus serein. Et c'est la raison pour laquelle j'ai demandé que l'on attende.

La deuxième raison, c'est qu'il faut en parler. Le problème des seuils est un problème important. Faut-il les abaisser à 5%, à 3% ? C'est un vrai problème. Je crois qu'il faut qu'il y ait des séances de travail d'abord là-dessus.

CT : On sait que Tearii Alpha a créé son parti. Abel Temarii, on apprend qu'il envisage également de se présenter à Pirae. Est-ce que le Tapura reste uni malgré tout ?

EF : On essaye. Je vous parlais tout à l'heure des ego, des comportements d'orgueil, d'individualisme. C'est humain. C'est complètement humain. Je ne suis pas non plus étonné de ce qui se passe chez moi. Parce qu'à force d'aller prêcher à l'extérieur, effectivement, à l'intérieur, on a des problèmes. Mais j'intègre cette difficulté et je travaille avec.

CT : Māuruuru tāvana Edouard Fritch pour toutes ces informations. Merci d’avoir répondu à nos questions. On notera que le Tapura reste malgré tout uni pour ces prochaines municipales. Et puis, les communes de Pirae et Arue travaillent ensemble pour étendre leur zone de rāhui pour préserver la ressource.