Soigné au ra’au tahiti, un bébé meurt à 16 mois

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Un bébé mort soigné aux raau tahiti
©polynésie.la1ère

Ce matin, le tribunal correctionnel a examiné une affaire d’homicide involontaire par maladresse, négligence ou omission. Une petite fille de 16 mois est morte après avoir été soignée avec des ra'au tahiti. 7 membres de sa famille et 2 guérisseurs ont dû s’expliquer.

Tahuea est décédée à l’âge de 16 mois. Ce n’est pas un nourrisson qui est mort de violence ou encore de maltraitance. Non, c’est un bébé qui est décédé alors que sa famille a tenté de la sauver. Alors, pourquoi la première hina de la famille n’est plus là ? Parce que selon l’avis des experts qui l’ont examinée après son décès, elle n’a pas reçu les soins appropriés.

En effet, pendant 3 jours, le bébé de 16 mois a été soigné avec des ra'au tahiti sans qu’aucun médecin ne l’examine. Une pratique habituelle dans cette famille qui vit à 14 dans la même maison. Ses très jeunes parents qui auraient voulu faire autrement, ont cédé à la pression des adultes. Notamment celle de Chantal, l’arrière-grand-mère qui a refusé à plusieurs reprises que l’enfant voit un médecin.

« Si elle a refusé de l’emmener à l’infirmerie c’est parce que par le passé, elle a eu de mauvaises relations avec les médecins notamment parce qu’il y avait un problème de compréhension entre elle et eux, elle avait donc peur d’être mal comprise et que sa petite fille soit mal soignée »

précise son avocate, maître Adélaïde Briantais.

C’est donc Sylvain, le tahua, le guérisseur de la famille, spécialisé dans les soins pour enfants que la petite fille verra. Il estime, en l’examinant qu’elle souffre d’une angine. Pour la soigner, il donne un mélange de plantes à boire composé notamment de feuilles de citronnier et de goyavier. Mais l’état de Tahuea ne s’améliore pas. D’autant que pendant le massage que le guérisseur a pratiqué sur le bébé, il a touché des boutons qu’elle avait sous un bras, libérant ainsi des bactéries dans son organisme.

Pour la procureure, tous ces actes constituent un exercice illégal de la médecine. Selon maître Dominique Des Arcis, c’est une vision occidentale,

Il faut remettre ces faits dans leur contexte, nous sommes dans les îles, ils vont voir un guérisseur parce que c’est normal, à aucun moment ces guérisseurs n’ont l’impression de commettre un acte médical, ils aident les hommes, les femmes et les enfants qui viennent les voir

 

Malgré les massages et les soins apportés, la petite fille reste fiévreuse, elle a du mal à respirer, à avaler. Elle va agoniser pendant 3 jours. Certains membres de la famille aimeraient bien que la petite voit un médecin, mais des voix s’élèvent pour dire qu’après avoir ingéré des ra'au tahiti, il faut attendre 3 jours avant de passer à la médecine classique. Au cours d’une réunion familiale, il est donc décidé de ne pas aller à l’infirmerie. Cette réunion s’est déroulée, la veille de son décès. Selon les experts, à ce moment-là, il était encore temps de la sauver.

Ce dramatique 14 juillet 2016, la famille retourne donc voir Sylvain, absent c’est Tautiare, une autre guérisseuse qui examine le bébé. « Quand je l’ai vue, son état était déjà grave » indique-t-elle, elle préconise alors de l’emmener à l’infirmerie. L’arrière-grand-mère ne veut pas. C’est finalement, le fils de la tradipraticienne, rentré à la maison qui appellera les secours. Mais il est trop tard, Tahuea mourra quelques heures après. Elle n’avait pas d’angine, elle a succombé à une infection mal soignée et à une déshydratation sévère due à sa forte fièvre.

Avant le drame, Sylvain avait été approché par une clinique de Tahiti pour y pratiquer son activité, il avait refusé car sa mère lui avait enseigné que sa connaissance des plantes et des massages devait rester gratuite. Aujourd’hui, il n’est plus guérisseur, il ne veut plus s’occuper des enfants. Il reconnaît à la barre du tribunal correctionnel qu’il a mal cœur, mais c’est comme ça.

9 personnes ont comparu dans ce dossier, 7 membres de la famille de Tahuea et les 2 guérisseurs. La procureure a requis notamment une peine d’un an de prison avec sursis pour Chantal, l’arrière-grand-mère et Vincent. Le délibéré sera rendu le 09 février.