Avec la réduction drastique des vols, les tarifs du fret explosent à La Réunion

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©Préfecture de La Réunion

Avec la suspension des vols internationaux et le rétablissement des motifs impérieux entre La Réunion et l’Hexagone, le nombre de vols a diminué de façon drastique et les prix du fret s’envole. La CCIR met aussi en cause les grands groupes maritimes qui "profiteraient de la situation".

Ibrahim Patel, le président de la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion, a semble-t-il décidé de prendre à bras-le-corps la problématique du fret à La Réunion. S’appuyant sur les résultats d’une enquête réalisée auprès de 516 entreprises entre le vendredi 5 et le mercredi 10 mars, il dénonce la hausse importante des tarifs.

Selon cette enquête, 58% des dirigeants interrogés estiment que cette augmentation atteint les 25%. 42% parlent quant à eux d’une augmentation de l’ordre de 25 à 50%. Et cela uniquement pour les échanges avec l’Europe. Sur la ligne Asie, le prix du fret aurait tout simplement explosé avec une hausse estimée à 200%.

Regardez l'interview d'Ibrahim Patel sur Réunion la 1ère :

Ibrahim Patel, président CCIR, est invité

"Les entreprises sont à bout de souffle"

A La Réunion, les importations représentent 5 milliards d’euros tandis que les exportations représentent quant à elle 350 millions d’euros. Et ce sont les petites entreprises qui sont à l’origine de la majorité des produits importés dans l’île. Pour Ibrahim Patel, celles-ci ne pourront pas supporter bien longtemps cette augmentation, alors qu’elles doivent déjà faire notamment avec la mise en place du couvre-feu à 18h depuis le vendredi 5 mars dernier.

"Les entreprises sont à bout de souffle, elles ne pourront pas tenir longtemps, prédit le président de la CCIR qui s’exprimait ce jeudi 11 mars 2021 sur le plateau de Réunion la 1ère. Il y a aura des répercussions et en bout de chaîne, il y aura les consommateurs qui seront appelés à payer plus cher".

Activité en baisse à Gillot

Pour Ibrahim Patel, qui réclame un coup de main financier à Bercy, cette situation s’explique notamment par le comportement des grands groupes maritimes qui "profiteraient de la situation actuelle". Mais d’autres facteurs sont bien sûr à prendre en compte.

Du côté de l’aéroport Roland Garros, l’activité de fret a baissé de 18% en un an. La suspension des vols internationaux avec l’Afrique du Sud, la Thaïlande ou encore l’Inde expliquent en partie cette baisse d’activité. Mais c’est surtout en raison du rétablissement des motifs impérieux entre La Réunion et l’Hexagone, fin janvier, que la circulation des marchandises a subi une forte baisse.

Regardez le reportage de Réunion La 1ère :

Avec la crise sanitaire, les importations sont en baisse de 25 à 30%. Reportage au fret de l’aéroport

500 à 600 tonnes de marchandises en attente

Comme l'explique Willy Ethève, directeur division développement et relations clients à Gillot, cette situation est clairement liée aux mouvements d’avions qui ont été divisés par trois. S’il y a moins d’avions, il y aussi de facto moins de capacité d’emport sur le fret.

A l’import, la priorité est donnée aux médicaments et aux produits frais, et l’arrivé des autres marchandises en provenance de Paris sont ainsi retardées. A l’heure actuelle, quelques 500 à 600 tonnes de biens sont en ce moment en attente dans les aéroports parisiens.

Le plein de fret

Les quatre compagnies aériennes continuent d’opérer entre La Réunion et l’Hexagone mais avec une baisse de fréquence et de passagers, la rentabilité chute également, d’où cette hausse de la facture pour les entreprises cette réorganisation au niveau de l’aéroport.

"Les compagnies se sont adaptées et certaines d’entre elles profitent qu’il y ait moins de passagers pour mettre plus de fret, d’autres font voler des avions à vide passager et chargent au maximum de fret", explique Willy Ethève.

Plus aucun échange commercial avec les pays de la zone

C’est le cas ce jeudi 11 mars à l’aéroport Roland Garros où près de 107 tonnes de marchandises ont été réceptionnées. "C’est énorme comparé aux autres jours où l’on tourne à 20, 30 ou 40 tonnes", confie Patrick Polder, chef magasinier.

Avec la suspension des échanges commerciaux avec les pays de l’Océan indien, les fruits et légumes provenant d’Afrique du Sud ou de l’Inde ne sont plus importés. Les circuits d’approvisionnement ont été repensés. "Tout passe par Rungis en métropole pour redescendre sur La Réunion, ce qui a donc une incidence sur les coûts"…