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Comment les réseaux sociaux ont influencé le mouvement des Gilets Jaunes à La Réunion ?

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Dimanche 2 novembre, les Gilets Jaunes suivent la visioconférence avec la ministre des Outre-mer devant la préfecture.
Dimanche 2 novembre, les Gilets Jaunes suivent la visioconférence avec la ministre des Outre-mer devant la préfecture. ©IMAZ PRESS
Comme dans l’Hexagone, le mouvement des Gilets Jaunes est né sur les réseaux sociaux à La Réunion. De multiples pages et des groupes de discussion de Gilets Jaunes se sont créés sur Facebook pour organiser le mouvement dans l’île. Explications.
Le mouvement des Gilets Jaunes est né sur internet. Tout est parti d’une pétition contre la hausse des prix des carburants qui a été signée par plus d’un million de personnes. Rapidement, la contestation est montée sur les réseaux sociaux contre cette hausse. Sur Facebook, des groupes appelant à bloquer le pays se sont créés et chacun y est allé de son commentaire : les conséquences de cette hausse sur le budget d'une famille, la vie chère en général ou encore la colère contre la politique du gouvernement. En partageant ainsi sa colère et ses revendications sur les réseaux sociaux, les internautes se sont fédérés, se reconnaissant aussi dans les témoignages des uns et des autres. Le mouvement des Gilets Jaunes est né. Comme dans l'Hexagone, ils ont tenté de s'organiser à La Réunion via les réseaux sociaux. 
 

Facebook, une caisse de résonance

"Le mouvement s’est fédéré sur les réseaux sociaux autour de problématiques communes à tous les Réunionnais. Facebook a été comme une caisse de résonance pour exprimer son mécontentement et appeler à des actions, explique Sulliman Omarjee, spécialiste du droit numérique et de la propriété intellectuelle à La Réunion. Ces actions, concertées ou non, ont alors conduit à des barrages et à un paralysie des axes routiers. Né sur les réseaux sociaux, la mobilisation s’est alors mise en pratique dans notre vie de tous les jours".
 

Diffuser son message avec peu de moyens

Quelques jours avant la grande manifestation du 17 novembre, un message d’appel à la mobilisation est diffusé en masse sur messenger. Dans des conversations privées ou sur des pages, l’appel à la mobilisation est viral. Depuis le changement d'algorithme de Facebook en début d'année, les groupes sont davantage mis en avant dans les fils d'actualité et permettent aussi de se retrouver plus facilement.

"Il y a eu la fonctionnalité des groupes et messenger qui a permis aux Gilets Jaunes de communiquer et coordonner ses actions, mais aussi de faire des sondages et finalement de diffuser son message en nombre avec très peu de moyens", analyse Sulliman Omarjee, spécialiste du droit numérique et de la propriété intellectuelle.

La messagerie whatpps a aussi donné de la résonance aux messages, toujours avec peu moyen. Ça a touché beaucoup de Réunionnais, les appels sont devenus viraux, mais cela comporte aussi des dérives. Tout le monde y va de son message et nous ne sommes plus capables de garantir l’identité de l’auteur d’un message ou encore l’authenticité d’un message.


Regardez ci-dessous l'émission "Dans l'actu" sur les réseaux sociaux et le mouvement des Gilets Jaunes : 


Un message étrange

Pour exemple : cet étrange appel au blocage total de l’île lancé le lundi 10 décembre dernier à La Réunion. Ce message a circulé via messenger appelant à tout bloquer : routes, écoles, nourritures… Il s’est aussi répandu dans l’Hexagone. Pourtant, l’origine du message n’a pas pu être identifiée malgré l’enquête du site internet CheckNews.fr. De plus, les Gilets Jaunes de La Réunion ne soutenaient pas cet appel.

Ce message était d’autant plus étrange qu’il ne ressemblait pas aux précédents appels à la mobilisation lancés à La Réunion et véhiculés sur les réseaux sociaux. "Dès le début de la crise, la construction des messages était la même, le champ lexical, le vocabulaire et les mots employés avaient la même finalité, remarque Sulliman Omarjee, spécialiste du droit numérique et de la propriété intellectuelle.
 

Il faut aussi noter qu’à aucun moment ces messages n’étaient signés. Parfois, ils ont aussi pu créer de la psychose et notamment à des périodes charnières pour les Gilets Jaunes comme ce moment où le dialogue s’est ouvert avec la ministre. De barrages officiels à barrages officieux, de "vrais Gilets Jaunes" à de "faux Gilets Jaunes", il a parfois était difficile de faire la part des choses.


Les Facebook Live

Autre phénomène apparu durant cette crise sociale à La Réunion, la volonté de transparence des débats. Les Gilets Jaunes ont accepté que les médias assistent à tous les échanges avec la ministre des Outre-mer, Annick Girardin. Ainsi, Réunion La 1ère a pu rendre compte de ses échanges en Facebook Live. 
 

Des fake news à La Réunion aussi 

Comme dans l’Hexagone, les fake news, fausses informations, ont aussi circulé sur les réseaux sociaux durant cette crise sociale à La Réunion. La veille de l’arrivée d'Annick Girardin, le mercredi 28 novembre, des centaines d’internautes affirmaient que la ministre des Outre-mer était déjà dans l’île, voir même à Maurice pour certains. Pourtant, il était facile de vérifier que la ministre était ce jour là encore à Paris, à 15h30 invitée de Franceinfo à la maison de la Radio et à 18h30 à l’Assemblée Nationale pour répondre à une question du député réunionnais David Lorion.

"A La Réunion, le combat contre les fake news durant le mouvement des Gilets Jaunes est le même qu’en métropole, remarque Sulliman Omarjee. Le meilleur moyen de lutter contre est de faire du fact checking, d’appeler les gens à plus de lucidité, plus de recul. Il faut vérifier la source d’une image, d’une vidéo ou d’une information avant de se laisser envahir par l’émotion qu’elle peut provoquer".

"Cette colère exprimée à La Réunion est légitime, mais sur les réseaux sociaux certains contenus surfent sur cette colère et font l’économie de la réflexion. Il faut toujours désamorcer une colère qui gronde pour ramener à la prise de conscience et à la réflexion", conclut-il.
 
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