Education : BAC 2020 critiqué, quelle valeur ont les diplômes aujourd'hui ?

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Remise des diplômes des bacheliers par Jacques Billant le Préfet et Francis Fonderflick Sécretaire Général de l'Académie
©Hermione Razafinarivo
Obtenu à plus de 90 % sur l'île, le Baccalauréat 2020 est au cœur des discussions. "BAC sans valeurs", "BAC donné", ou encore "BAC COVID", les nouveaux bacheliers s’interrogent sur la valeur de ce précieux sésame lors des recrutements. Nous avons posé la question aux entreprises.
Depuis le 7 juillet, 10 908 lycéens sont officiellement diplômés et ont obtenu leur Baccalauréat dès le premier tour. 841 candidats ont quant à eux été au second tour. Ces derniers ont passé les oraux de rattrapages du 8 au 10 juillet dernier. Un taux de réussite qui s'élève à 95,7 % en France après rattrapage.

La remise des diplômes des bacheliers s'est déroulée le 10 juillet à la Préfecture. Une remise effectuée par le Préfet, Jacques Billant, et Francis Fonderflick Secretaire Général de l'Académie, dans le respect des gestes barrières.
 
Remise des diplômes des bacheliers par Jacques Billant le Préfet et Francis Fonderflick Secretaire Général de l'Académie
Anaelle Ruellan meilleure bachelière de La Réunion, avec 20.91 de moyenne ©Hermione Razafinarivo
Remise des diplômes des bacheliers par Jacques Billant le Préfet et Francis Fonderflick Secretaire Général de l'Académie
©Hermione Razafinarivo
Remise des diplômes des bacheliers par Jacques Billant le Préfet et Francis Fonderflick Secretaire Général de l'Académie
Anaelle Ruellan et ses parents. ©Hermione Razafinarivo


 

Un taux de réussite qui fait réagir


Porte d’entrée des études supérieures, cette année a été particulière pour les étudiants puisque le diplôme du BAC a été validé en contrôle continu (notes correspondant à la moyenne des moyennes des deux trimestres). 12 112 candidats, hors agriculture, se sont présentés aux épreuves du Baccalauréat. Le taux de réussite académique s’élève à 90,1 %. Le recteur de l'Académie de La Réunion, Vellayoudom Marimoutou, a tenu à rappeler le 7 juillet dernier que les résultats de cette session "par nature particulière", ne sont pas comparables avec ceux des sessions précédentes.

Sur les réseaux sociaux, certains affirment avoir obtenu leur diplôme sans faire d’efforts.
     

Alissia Paviel a obtenu son Baccalauréat littéraire. "Je suis déçue que ça ait été en contrôle continu. On profite du BAC pour faire nos preuves en général. Cette année, beaucoup de personnes l'ont eu mais on ne sait pas vraiment de quoi ils sont capables. Est-ce qu’ils le méritent vraiment ?" s’interroge la nouvelle bachelière.

De son côté, après avoir obtenu son Baccalauréat STI2D spécialité énergie environnement avec mention assez bien, Hannah Isambert relativise. "Ce BAC obtenu en contrôle continu reflète un travail sérieux sur toute l’année. Si nous n’avions pas travaillé durant ces années, nous ne l’aurions pas eu. Il est bien plus facile de passer les épreuves du BAC que de l’avoir en continu" déclare-t-elle.
Emma Abbezzot, nouvelle bachelière, partage également cet opinion : "le BAC 2020 n'est peut-être pas comme les autres années, mais il a tout de même une valeur. Cela montre que le travail au long de l'année sert à quelque chose et qu'il ne faut pas s'y mettre au dernier moment".

Les syndicats de l'Education Nationale eux, préfèrent retenir l'investissement des lycéens plutôt que le résultat final. La FSU félicite les bacheliers.

(Re)Voir le reportage de Michèle Bertile et Daniel Fontaine :
 
BAC 2020 : sans comparaison possible


Une session 2020 particulièrement commentée sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, plusieurs hashtags ont été créés comme #BacCOVID19 ou encore #BacCoronavirus.
   

Pour Samantha Pothin, la présidente de l’UNEF Réunion, ces critiques n’ont pas lieu d’être. A l’instar de potentiels freins d’insertions professionnelles. "Tout le monde s’est adapté. L'université a réalisé des contrôles à distance, on a eu une adaptation du Brevet et du BAC. Il ne faut pas jeter la pierre à l’étudiant étant donné qu’il n’a pas eu le contrôle sur cette situation. Il ne faut pas le stigmatiser" argumente Samantha Pothin.

Cette dernière souligne que "toute la planète a fait les frais de cette crise sanitaire. On a mis en place un accompagnement des étudiants car s’ils n’ont pas été présents en cours pendant deux mois, ce n’est pas de leur faute. On a fait la demande qu’un module soit mis en place à la rentrée pour revenir sur certains éléments qui n’auraient pas été vus en cours. On demande également la bienveillance des enseignants" conclut-elle.

De son côté, l’Université de La Réunion, qui ne souhaite pas se positionner sur la valeur du BAC 2020 et le niveau des nouveaux bacheliers, confirme que des modules seront mis en place pour accompagner les étudiants. "Malgré la continuité pédagogique, on a estimé qu'il faudrait, effectivement, mettre en place des modules" explique Anne Mariotti, responsable des relations presse et des opérations de communication de l’Université de La Réunion. Pour l'heure, l'organisation de cet accompagnement n'est pas encore connu.

 

"J’ai visé une mention pour pouvoir me démarquer"


Cette année, 7 537 candidats ont obtenu une mention. Une mention visée par de nombreux bacheliers, dans le but de se démarquer lors des futurs recrutements. "J’ai visé une mention pour pouvoir me démarquer au début, bien que je n’ai pas eu celle que je voulais. Je suis quand même fière des efforts que j’ai fourni durant cette période" confie Hannah Isambert, bachelière 2020. "Avoir notre BAC en contrôle continu n’est pas un frein pour plus tard car la réforme du BAC est aussi basée sur un contrôle continu, donc la valeur reste la même pour moi" conclut la nouvelle bachelière.

En effet, le BAC 2021 fait peau neuve avec la réforme des lycées. La note finale du "nouveau BAC" se compose à 40 % des notes de contrôle continu, et 60 % des notes des épreuves de terminal. Une place plus importante est ainsi donnée au contrôle continu.

Pour Alissia Paviel, qui a visé la mention sans l’obtenir, "on entend beaucoup de gens dire que "le BAC 2020 c’est donné". C’est une crainte pour la suite car il y a trop de critiques sur le BAC 2020. Quand c’est écrit "BAC 2020" sur ton CV, ça fait peur et c’est pénalisant. On ne sait pas comment les employeurs vont réagir en voyant ça". Avoir la mention permet-elle réellement de se démarquer ?

 

"Avant, les diplômes avaient de la valeur"


Pour Cédric, en charge du recrutement dans la restauration pendant un an, sur le marché du travail la mention n’a aucune valeur.
 

Au final, c’est le diplôme qui compte, et non la mention. Mais lors du recrutement, on regarde d’abord l’expérience du candidat, sa disponibilité. La motivation va faire que le candidat se démarque. Si quelqu’un veut vraiment travailler, ça se voit ! Que ce soit pour un stage ou un travail.

Cédric, ancien chargé de recrutement en restauration



Pour ce dernier, les diplômes perdent de leur valeur et ne sont qu'une porte d'entrée aux formations. "Avant, les diplômes avaient de la valeur parce qu’on avait moins accès aux formations. On avait donc moins de lauréats et c’était une vraie valeur ajoutée de dire que l’on était diplômé. Aujourd’hui, pour pouvoir se démarquer, c’est vraiment l’expérience et le savoir-être qui priment" conclut Cédric.

Pour Didier Fauchard, président du MEDEF Réunion, "je ne sais pas si on peut parler de l’année d'obtention. Que le diplôme ait été obtenu en 2019, en 2020 ou qu’il soit obtenu en 2021, ça ne change rien. Aujourd’hui, ce que l’on recherche, ce sont des talents et à la fois une personnalité. Hors, un talent est une composition d’une compétence technique, donnée bien souvent par le diplôme. Mais en général le diplôme ne suffit plus pour établir une capacité technique à pouvoir faire quelque chose".

"On cherche aussi la capacité sociale, c’est-à-dire le savoir-être. On parle de "gestion des talents" puisque l’on cherche une personne qui sait comment se comporter et s’intégrer dans une entreprise. Le diplôme n’est qu’un des éléments de la recherche. On regarde aussi les à-côtés" poursuit Didier Fauchard. Quant à la mention, ce dernier estime que "ce n’est pas une nécessité, c’est un plus. Pour se démarquer lors du recrutement, c'est un tout" conclut le président du MEDEF Réunion.
 
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