Les cas de dengue ophtalmique en forte hausse à La Réunion

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Une hausse des passages aux urgences et des formes graves de dengue cette année
Cette année, la dengue a provoqué une hausse des passages aux urgences et des formes graves de la maladie. ©Delphine Gérard

La dengue ophtalmique touche de plus en plus de patients à La Réunion ces derniers mois. Baisse de vision, amputation du champ visuel : les symptômes doivent être pris au sérieux. Explications.

A La Réunion, 74 patients souffrant de dengue ophtalmiques ont été recensés par le CHU depuis le début de l’année. Parmi eux, 54 sont pris en charge au CHU Nord de Bellepierre, à Saint-Denis.

Une vision floue

"J'ai vu un petit peu flou, puis complètement flou, je suis allée voir mon médecin traitant, j’ai eu un rendez-vous ophtalmo et ensuite hospitalisation", raconte Clélia, 30 ans. Pour elle, les symptômes sont apparus à son septième jour de dengue.

"Tous les cas ne sont pas recensés car certains patients ignorent que ces symptômes sont liés à la dengue", remarque le docteur Lauraine Gaüzere, du service de médecine interne au CHU nord. Selon elle, certains signes doivent alerter le malade.

Apparition de symptômes au 7ème jour de dengue

"Sur l'ensemble des signes cliniques évoqués (la fièvre, les douleurs), les patients vont mieux et au septième jour, ils décrivent un flou visuel ou l'apparition de tâches, noirâtre ou scintillante, explique le docteur Lauraine Gaüzere. Ces signes doivent impérativement amener à consulter un ophtalmologue dans les plus brefs délais".

"Certains patients décrivent aussi une amputation du champ visuel sur un œil ou les deux yeux et des baisse de vision très forte", poursuit le docteur Frédéric Villeroy, praticien hospitalier au service ophtalmologie de Bellepierre.

Des séquelles

Il remarque que les formes de dengues ophtalmiques peuvent laisser des séquelles comme "des difficultés à lire ou à conduire, mais aussi des situations dramatiques de gens qui ne pourront pas retrouver leur capacité visuelle antérieure".

Face à cette hausse du nombre de dengues ophtalmiques dans l’île, un protocole thérapeutique a été mis en place entre le service de médecine et d'ophtalmologie.

Des phénomènes immunologiques peu connus

"Avec des examens et une échographie de la rétine, nous pouvons visualiser une inflammation très sévère de la rétine maculaire, de la rétine centrale, celle qui permet de lire et de voir des détails, explique le docteur Frédéric Villeroy, praticien hospitalier au service ophtalmologie de Bellepierre. C’est pourquoi les patients se plaignent d'un trou dans leur champ visuel".

"Cette inflammation est liée à des phénomènes immunologiques, mais on ne sait pas trop, poursuit le médecin. Nous étudions cela actuellement avec une régression très partielle, très aléatoire et la nécessité de mettre des anti-inflammatoires précocement".

Autre élément inquiétant, ces troubles ophtalmologiques peuvent survenir jusqu'à cinq mois après l'épisode de dengue.

Déjà ce symptôme en Nouvelle-Calédonie

En 2017, ce même symptôme de problème ophtalmollogique avait été constaté pour la première fois en Nouvelle-Calédonie. L’archipel du Pacifique était en pleine épidémie de dengue, lorsque des patients touchés par la maladie ont aussi présenté une baisse de l’acuité visuelle. A La Réunion, les premiers patients ont été identifiés en mai de l'année dernière. 

Cette année, l’épidémie est plus sévère dans l’île avec des formes graves de dengue pour 20 % des patients pris en charge, contre 15 % l’an dernier. Les services d'urgences des hôpitaux de l’île font face à un afflux de malade, dans l'Ouest et dans le Nord.