Opération anti-pornographie infantile à La Réunion : "des images insoutenables"

justice
Seize prévenus jugés pour détention et diffusion d'images pédopornographiques à La Réunion
Détention et diffusion d'images pédopornographiques à La Réunion : la conférence de presse des procureurs. ©Géraldine Blandin
S'agissant d'une "première outre-mer", les procureures de Saint-Denis et Saint-Pierre sont revenus ce mercredi sur la vaste opération menée lundi 8 novembre sur l'ensemble du département et ayant conduit à l'interpellation de 17 Réunionnais soupçonnés de détention d'images pédopornographiques.

Alors que les premières sanctions judiciaires contre des détenteurs d'images pédopornographiques sont en train d'être rendues dans les deux tribunaux judiciaires de l'île ce mercredi 10 novembre, la procureure de la République de Saint-Denis, Véronique Denizot, et celle de Saint-Pierre, Caroline Calbo, ont livré aux médias de l'île des précisions sur le déroulé de cette enquête d'une ampleur inédite.

A leurs côtés, le général Pierre Poty, commandant le groupement de gendarmerie de La Réunion, et le commissaire Thierry Le Floch, chef de la sûreté départementale de La Réunion sont revenus sur l'opération coordonnée interservices ayant permis l'interpellation lundi 8 novembre de 17 personnes soupçonnées de détention et diffusion d'images à caractère pédopornographique.

Regardez les précisions de Réunion La 1ère :

C'est une opération inédite Outre-mer : 16 personnes sont jugées pour détention et diffusion d'images à caractère pédopornographique à La Réunion. Explications

 

"Une opération hors-normes"

Tous ont d'abord salué "l'engagement exceptionnel des forces de gendarmerie et de police, mais aussi des personnels judiciaires, avocats et experts mobilisés sur cette opération hors-normes."

Ce sont en effet 70 gendarmes et 18 policiers qui ont été mobilisés sur ce dossier d'ampleur, portant sur plus de 5000 fichiers téléchargés. Après une surveillance et une analyse durant environ 6 mois, avec le concours de la cellule spécialisée "C3N" de Pontoise, une vingtaine d'objectifs ont été ciblés avant la phase d'interpellations. "Il s'agit d'une action offensive, avec un message très clair contre les personnes qui auraient ce type de comportement" a souligné le général Poty.

Des précisions ont aussi été apportées sur le contenu de ces images "insoutenables, qui heurtent même des enquêteurs et magistrats expérimentés", rappelle la procureure Véronique Denizot. "Il s'agit de photos et vidéos de mineurs mis en scène subissant des actes sexuels, pour certains très jeunes."

"La détention et le partage de ces images est souvent le prélude à un passage à l'acte"

Véronique Denizot, procureure de la République de Saint-Denis

 

"On a même trouvé chez un des mis en cause ayant plus de 4000 fichiers chez lui des scènes de zoophilie impliquant de jeunes enfants, ainsi que des sex-toys ne pouvant s'adresser qu'à des sujets de petite taille" a ajouté le commissaire Le Floch. 

Malgré la masse de données saisies, il semble qu'aucune des images n'ait permis de déterminer une production locale de ces contenus. Aucun des suspects ne serait non plus passé à l'acte, alors que "la détention et le partage de ces images est souvent le prélude à un passage à l'acte", a rappellé la procureure de Saint-Denis.

D'où l'intention de frapper "vite et fort" , alors que certains "basculaient vers un cap supplémentaire en prenant contact avec des mineurs", a souligné le général Poty.

"La guerre n'est pas terminée"

Les autorités ont également rappelés les profils "très divers" de ces 16 hommes âgés de 21 à 53 ans, partageant néanmoins "une vie sociale très restreinte" et "passant beaucoup de temps derrière leur ordinateur." Tous ont en revanche reconnu "une forme d'addiction" à ces images.

La notion de réseau n'a cependant pu être établie, ce qui explique la réponse judiciaire rapide avec au total dix comparutions immédiates (sept à Saint-Pierre et trois à Saint-Denis), auquel s'ajoutent six convocations à délai rapproché, avec placement sous contrôle judiciaire.

"Plus que la prison ferme pour la plupart de ces prévenus ayant un casier vierge, nous souhaitons obtenir des suivis socio-judiciaires stricts avec des injonctions de soins et l'interdiction d'exercer une activité au contact de mineurs", ont précisé les magistrates. 

"La guerre n'est pas terminée", a néanmoins prévenu le commissaire Le Floch. "Les gens croient conserver un anonymat sur internet, mais on les traque, on ne les laissera pas faire", a ajouté le général Poty, alors que "les agressions sexuelles sur mineurs sont en forte augmentation à La Réunion."