Derniers regards sur les tours, leurs grandes et leurs petites histoires

vie locale
Regard de Juliette Brasseleur
©O. Duflo
A quelques heures des premiers coups de boutoirs qui vont entamer leur mission de démolition, au pied des trois tours Gabarre, des spectateurs loin d'être anonymes, passent et regardent. Avec les tours, c'est une part importante de leur vie qui va être réduite en gravas. Alors, ils regardent

Elle a encore du mal à détacher son regard de ces tours. Ses tours. Elle, la Marie-Galantaise qui était venue y vivre avec sa mère dès leur construction, n'a gardé de ses 31 ans de vie dans les tours, que de bons souvenirs.
Et malgré les histoires, grandes ou petites que l'on pouvait raconter sur les tours et sur ce qui s'y passait, pour Juliette Brasseleur, c'était son monde à elle. Du haut de son 8ème étage, à quelques mètres de hauteur de sa mère qui était au rez-de-chaussée, elle contemplait le monde et son monde à elle, celui des tours. 
Alors, quand elle a su qu'on allait les détruire, au fond d'elle-même une part ne voulait pas l'admettre. Au point même que, dans ses plans à elle, elle imaginait les tours certes décapitées, mais bien debout.

Juliette Brasseleur, ancienne résidente de la Tour Gabarre 2

Des mots qui auraient pu être ceux de beaucoup parmi tous ces habitants des tours. Au pied des tours depuis ce matin, ils viennent et se retrouvent. Il y a d'ailleurs ceux qui n'en sont jamais vraiment partis. Ils ont dû certes quitter l'appartement où ils vivaient, mais pas les tours. 

Derniers regards sur les tours 3
©O. Duflo


Ce matin encore, Chantal Ferdinand, ancienne présidente de l'association des locataires, a fait le tour du propriétaire. Elle a son monde, Chantal. Des visages ciselés par son passé dans une mémoire collective que les pelles mécanniques peuvent ébranler mais ne peuvent pas détruire.
C'est ce monde intérieur des souvenirs que Chantal veut faire vivre au pied de ces tours ce lundi. Puisqu'elles sont désormais sans âmes qui vivent, le verbe et les langues qui les racontent leurs redonnent une vie qui défie, et le temps et l'espace.

Chantal Ferdinand, ancienne résidente de la Tour Gabarre 2
 

Désormais, rien ne pourra conjurer le sort de ses tours déshumanisées. Alors comme le veut la tradition populaire, il y aura jusqu'au bout, celles et ceux qui feront une veillée à leur pied avant qu'elles n'emportent avec elles un peu de cette vie qu'elles leur avaient donnée. Ils vont veiller et, surtout, les regarder pour ne rien perdre de leur agonie.

Derniers regards sur les tours
©O. Duflo

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