L’ancien magistrat de la CRC condamné pour viols à 8 ans de prison. Les réactions.

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Verdict pour viols aggravés
Ludmila et Déborah dans les bras l'une de l'autre, aux côtés de leur mère et de leur avocat, Me Diallo ©Eric Stimpfling
Les jurés des Assises de Basse-Terre ont été plus cléments que l'avocate générale, qui avait requis 10 à 12 ans de réclusion criminelle, avec un suivi socio-judiciaire de 5 ans, à la sortie. Jean-Pierre Landi est condamné à 8 ans de prison, pour avoir violé ses belles-filles, entre 2010 et 2017.

Il a fallu deux heures et trente minutes aux jurés pour trancher, dans l'affaire Landi, ce jeudi 21 octobre 2021.

Le verdict

La cour d'Assises de la Guadeloupe, à Basse-Terre, condamnent Jean-Pierre Landi, ancien haut fonctionnaire, à 8 ans de réclusion criminelle, 5 ans de suivi médico-psychologique et à son inscription au fichier national des délinquants sexuels.
L'homme a donc été reconnu coupable de viols aggravés, sur des mineures de moins de 15 ans, par une personne ayant autorité sur les victimes.
Il est placé sous mandat de dépôt, ce qui signifie qu'il dormira en prison, dès ce soir. Cela, même s'il dispose de 10 jours, pour faire appel, s'il le désire.

A l'énoncé du verdict, à 21h30, il n'y a pas eu un mot, dans la salle d'audience.

La décision des six membres du jury, majoritairement des femmes, est plus clémente que les réquisitions de l'avocate générale, Elodie Rouchouse, qui avait demandé, quelques heures plus tôt, une peine de 10 à 12 ans de réclusion criminelle, avec un suivi socio-judiciaire de 5 ans, à la sortie.

Hier soir, Jean-Pierre Landi a été incarcéré à la Maison d’arrêt de Basse-Terre, en attendant un éventuel transfert vers Fonds Sarail, à Baie-Mahault.

Un procès de deux jours

C'est à ses belles-filles que l'ex-magistrat de la Cour régionale des comptes (CRC) s'en est pris, durant sept ans, de 2010 à 2017.
Son procès a duré deux jours. Des journées de débats que nous avons relatées dans les deux articles ci-dessous :

A LIRE AUSSI : Compte-rendu complet de la première journée du procès aux Assises d'un magistrat, pour viols sur mineures

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A noter, dans cette affaire, l'extrême courage des deux jeunes victimes, qui ont refusé le huis clos, conscientes que la honte ne doit pas être dans leur camp, mais bien dans celui de leur agresseur. Elles se sont dévoilées au grand jour et ont témoigné, soutenues par leur mère.

Les réactions

Maître Harry Durimel, au regard de la peine infligée à Jean-Pierre Landi, déconseille à son client de faire appel de la décision du tribunal des Assises.

Face à un réquisitoire qui demandait 10/12 ans, prendre 8 ans pour deux victimes, alors qu'en matière d'atteintes sexuelles, c'est 7 ans plus, quand c'est "personne ayant autorité", c'est 15 ans, je pense que ce n'est pas un mauvais verdict.

Me Harry Durimel, avocat de Jean-Pierre Land

©Guadeloupe

L'avocat des plaignantes, Maître Babacar Diallo, quant à lui, se dit soulagé, même si la peine prononcée est moindre qu'espéré. Le fait que Ludmila et Déborah aient été crues et reconnues comme victimes de viols aggravés, par la justice, va contribuer à leur reconstruction. Là était le plus important.

Ces deux jeunes filles et leur mère n'en avaient rien à faire véritablement de la peine. Elles, ce qu'elles voulaient, c'est déjà être reconnues, dans leur qualité de jeunes filles qui ont été violées. Ça c'était primordial, pour elles. Elles ont été entendues, par la cour d'Assises de la Guadeloupe.

Me Babacar Diallo, avocat de la partie civile

©Guadeloupe

Et, en effet, pour Ludmila et Déborah, c'est la fin d'un long cauchemar. Ce n'est qu'après être sorties de la salle d'audience, qu'elles ont laissé éclater leurs émotions, se prenant dans leurs bras, entre sœurs et avec leur mère, qui les a soutenues jusqu'ici.
A l'intérieur, quelques secondes plus tôt, les trois femmes et leurs proches ont attendu de voir les policiers passer les menottes à leur agresseur et partir avec lui, avant de quitter leur banc.

C'est l'aboutissement de 4 ans et demi de questionnements et de bataille (...) On va continuer notre vie maintenant.

Lucile Rossin, maman de Ludmila et Déborah

©Guadeloupe

Maître Babacar Diallo a tenu à passer un message Ô combien important, à toutes les femmes, à toutes les jeunes filles, victimes d'atteinte sexuelle, voire de viol :

Défendez-vous ! Défendez vos droits ! Vous n'êtes pas celles qui doivent avoir honte, absolument pas ! Parce que ce que vous avez subi, ce que vous subissez, ce sont des faits particulièrement graves. Vous êtes des victimes et vous n'avez pas à avoir honte.

Maître Babacar Diallo, avocat au barreau de la Guadeloupe

©Guadeloupe

 

Jean-Pierre Landi, ancien magistrat de la CRC, condamné à 8 ans de prison, pour viols aggravés
L'ancien haut fonctionnaire condamné pour viol, Jean-Pierre Landi, avec son avocat Me Harry Durimel ©Eric Stimpfling
Famille de Ludmila et Déborah, victimes de viols
Le clan familial va poursuivre sa vie, maintenant que Ludmila et Déborah ont été reconnues comme victimes. ©Eric Stimpfling