#2021-Société : retour sur cinq temps forts qui ont marqué l'année

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Centre ville Cayenne
Une des rues du centre ville de Cayenne ©Patrick Nègre
L’année 2021 a permis de mieux comprendre l’état de la société en Guyane. Un territoire avec une démographie galopante, une pauvreté pernicieuse, et des flux migratoires difficiles à maîtriser. Avec la crise sanitaire, les inégalités se sont creusées et ont apparu au grand jour.

Le 14 décembre 2021, l’Insee publiait bilan démographique. D’après les chiffres dévoilés, en 2020, 294 150 habitants vivent en Guyane. Ce rapport indique, notamment, que les naissances sont en baisse et que le solde migratoire est négatif. La croissance démographique garde une cadence soutenue : une augmentation de 2,2% par an en moyenne entre 2010 et 2020.  Au cours de l'année 2020, 7 992 enfants sont nés sur notre département. Cela représente 112 naissances de moins qu’en 2019.

Néanmoins, la fécondité des femmes en Guyane reste élevée : l’indice conjoncturel de fécondité (ICF) est de 3,60 enfants par femmes. C’est le deuxième indice le plus élève de France, le premier étant celui de Mayotte (4,16 enfants par femmes)."Le dynamisme démographique guyanais reste fondé sur un solde naturel très excédentaire", note Marcelle Jeanne-Rose, auteur du rapport.

Des inégalités qui se creusent

Le squat de la zone Galmot
Un des couloirs du squat de Galmot à Cayenne ©Guyane la 1ère

En octobre 2021, L’INSEE publiait son bilan social 2020. Un constat : la précarité s’est renforcée. Un bilan qui fait peser un risque d’aggravation des inégalités à long terme. Pendant le premier confinement de 2020, l’activité économique s’est rétractée de 25 % en Guyane. Une baisse modérée, certes, mais fragilisée par la situation d’avant crise.

Les jeunes de moins de 25 ans sont, selon l’INSEE, les plus impactés par la crise sanitaire. Les embauches des jeunes globalement en Guyane, se font dans les secteurs d’activités à l’arrêt (hôtellerie, restauration, services). Conséquence : baisse des embauches des CDD (- 21 % en 2020 par rapport à 2019). Certes il existe un dispositif « Garantie jeunes » mais la fermeture des centres d’accueil lors du confinement a empêché les prises en charge. De 710 jeunes guyanais aidés en décembre 2019, ils sont passés à seulement 550 en décembre 2020.

Le nombre d’allocataires du RSA, le revenu de solidarité active, a également augmenté de 3,1 % entre décembre 2019 et décembre 2020. « Son plus haut niveau depuis 2017 est atteint en novembre 2020 avec 23 600 bénéficiaires ». Hausse également des bénéficiaires de la prime d’activité  (+3,7 % entre décembre 2019 et décembre 2020). Les allocataires de l’ASS, l’allocation de solidarité spécifique (aide à destination de personnes au chômage depuis une longue durée), ont également augmenté.

Autre constat, l’importance des prestations sociales aux ménages. Le RSA est en tête : 41 % des foyers allocataires guyanais le perçoivent, contre 8 % au niveau national. Le profil des allocataires du RSA est également souligné : "de nombreuses personnes de nationalité étrangère dont, pour une partie d’entre elles, le manque de maîtrise de la langue française ou le faible niveau de formation compliquent l’insertion, une majorité de familles monoparentales". 

Crise migratoire sans fin

migrants haitiens

En 2021, la Guyane connaît une crise migratoire sans précédent. Des flux de migrants arrivent en Guyane car considérée comme une porte d’accès vers l’Europe. Seulement, le territoire n’a pas les structures suffisantes pour accueillir les centaines de personnes en quête d’asile. Haïtiens, Syriens, Brésiliens, ils sont nombreux et de toutes les nationalités à vouloir rejoindre illégalement la terre guyanaise. Difficile de chiffrer précisément mais il est désormais possible de parler de déferlante. L’exemple le plus significatif est sans doute, l’arrivée en avril dernier de centaines de migrants haïtiens passés par le Surinam.

En quinze jours, en avril, six vols charters ont eu lieu entre Haïti et le Surinam. Au total, près de 600 personnes munies d’un visa touristique. Parmi elles, de nombreux enfants non accompagnés. Dans le même temps, la sous-préfecture de Saint-Laurent enregistre un nombre record de demandes d’asiles. Un chiffre inhabituel, incitant les autorités préfectorales de Guyane, à saisir l’Ambassadeur français au Surinam, Antoine Joly.    

Antoine Joly ambassadeur de France au Surinam
Antoine Joly ambassadeur de France au Surinam ©Antoine Joly

Mon attention a été attirée par la préfecture de Guyane sur une augmentation de ressortissants haïtiens aux portes de la Guyane. Aussitôt j’ai saisi officiellement les autorités surinamaises pour comprendre. Il s’avère que 6 vols charters en provenance d’Haïti ont atterri au Surinam transportant près de 600 personnes. Un chiffre qui a également surpris les autorités du Surinam, d’autant plus que l’espace aérien est fermé en raison de la crise sanitaire. Les vols ont été suspendus le 16 avril. Ce qui m’a surpris en regardant les listes de passagers des deux derniers vols, c’est le nombre de jeunes enfants non accompagnés : 65. J’ai effectué deux saisines auprès du gouvernement, d’abord des éclaircissements sur les vols charters et ensuite sur les autorisations de circulation délivrées aux enfants non accompagnés.

Antoine Joly Ambassadeur du Surinam de l’époque

L'enquête devrait déterminer la légalité de ces charters "humanitaires" venus d'Haïti, en pleine crise sanitaire, transportant près de 600 ressortissants haïtiens fuyant un pays en crise. Une chose est sure, pour beaucoup, cette nouvelle route de l'immigration, financée par la misère humaine, a une destination finale : la Guyane.           

[Dossier] Crise migratoire : des vagues répétées d'arrivées de migrants depuis 18 mois sur le territoire 

Un centre pour les auteurs de violences conjugales

Le centre de prise en charge et de suivi des auteurs de violences conjugales était très attendu. Il a été installé au siège de l’association SOS solidarités à Cayenne. Il s’agit de la concrétisation d’une des mesures actées à l’issue du Grenelle contre les violences faites aux femmes en novembre 2019.

violences conjugales
Photo d'illustration ©M.N

Au total 30 structures ont été créées dont celle-ci en Guyane. Ce nouvel établissement, situé dans le secteur de la Madeleine, est en fait déjà actif depuis trois mois et accueille ses premiers pensionnaires. Ils sont orientés le plus souvent par le service pénitentiaire d’insertion et de probation et par le tribunal judiciaire. Ils peuvent également venir sur la base du volontariat.

Un numéro existe pour les auteurs de violences : le 08 019 019 11. Il a été lancé avec la Fédération nationale des associations d’accompagnement des auteurs de violences conjugales. 

 Violences conjugales : le bracelet anti-rapprochement arrive en Guyane

Alain Ransay est le nouvel evêque de Guyane

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Le Père Alain Ransay. ©Pierre-Yves Honoré

J'ai un rêve dont je demande à Dieu la réalisation ; je souhaiterais le partager avec vous : que notre diocèse soit comme un phare qui fasse rayonner l’Evangile du Christ à la face de tous ses habitants et que sa lumière dépasse de très loin les frontières du territoire. Je vous bénis tous !

Alain Ransay nouvel évêque de Guyane

C’est l’extrait du premier message adressé aux catholiques guyanais par le nouvel évêque du Diocèse de Cayenne Alain Ransay. Une nomination rendue publique par Monseigneur Michel Dubosc qui assure l’intérim de l’administration apostolique de Guyane depuis plusieurs mois. Il sera officiellement intronisé le 6 février prochain.