L’awara de Guyane entre préservation patrimoniale et avancées scientifiques

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La graine awara du palmier astrocarym vulgare mart parvenue à maturité en forêt
La graine awara du palmier astrocarym vulgare mart parvenue à maturité en forêt ©Frédéric Larzabal
Le palmier astrocaryum vulgare mart donne un fruit précieux l’awara dont l’importance ne cesse de grandir au sein de la population guyanaise notamment au plan culinaire. Qu’il s’agisse de sa pulpe ou de sa graine, l’awara offre des perspectives qui concernent autant ses qualités gustatives que ses nombreuses propriétés scientifiques.

La transformation de cette graine de palmier du astrocaryum vulgare mart donne, entre autres déclinaisons culinaires, le « bouyon wara », le plat traditionnel emblématique de la Guyane.

La volonté populaire de valoriser un plat patrimonial

L’engouement des Guyanais pour cette graine ne cesse de s’affirmer. Des jeunes chefs cuisiniers se sont regroupés et entendent apporter une valorisation supplémentaire à la gastronomie locale en revisitant ce plat patrimonial qui constitue un véritable atout touristique.
Par ailleurs, une « Confrérie du bouillon d’awara » a été créée. Les membres fondateurs seront intronisés ce 16 avril en présence de 3 membres de confréries de France et d’Europe. Leur projet phare : travailler à l’inscription du bouillon d’awara au Patrimoine immatériel de l’Humanité par l’Unesco.

Des avancées scientifiques incontestables sur les propriétés de l’awara

Mais cette graine de palmier est aussi l’objet d’études des chercheurs depuis des décennies. Didier Bereau, maître de conférence HDR Chimie habilité à diriger la recherche, équipe Mixte de Recherche Qualisud - "des bactéries pathogènes" à l’Université de Guyane est l’auteur d’une thèse soutenue en 2000 intitulée : « Huiles et fractions insaponifiables de huit espèces de palmiers amazoniens ». Depuis 20 ans, la recherche a bien avancé nous précise le scientifique :

« La Recherche autour de l'awara est, depuis ces dernières années, très active sur ses potentialités biologiques. Même si les études menées à ce jour ne se concentrent que sur des modèles animaux (tests in vivo et non encore sur l'Homme (tests cliniques)), les résultats obtenus sont très prometteurs. Les expériences scientifiques qui ont été menées ont déjà mis en exergue des vertus: antioxydante (huile de pulpe brute), antimicrobienne contre certaines bactéries (huile d'amande hydrolysée), anticancéreuse (cellules tumorales mammaires) (nano-émulsions d'huile de pulpe brute), antiinflammatoire (huile de pulpe brute), antidiabétique (huile de pulpe brute), neuroprotectrice (prévention de la perte de mémoire et des dommages oxydatifs)  (extraits à partir de la pulpe) ».

Pour Didier Bereau, il faut désormais à faire fructifier ces résultats scientifiques localement :

« Reste donc les questions de savoir comment localement on peut : En amont, augmenter la disponibilité de ce fruit : récolte (extractivisme) ou production à grande échelle ?  En aval, tirer profit à la fois de ces premiers résultats scientifiques encourageants et de l'engouement sociétal pour générer des activités économiques de niche : comme exemple de la production de produits dérivés à haute valeur ajoutée intégrant ce fruit patrimonial à des fins cosmétiques, alimentaires ou pharmaceutiques. »

Une réponse partielle est donnée avec la montée en puissance en Guyane d’unités de transformation à plus ou moins grande échelle de graines de palmiers dont l’awara dans la bio cosmétique. Parmi les plus connues, on citera  : NatureAmazonie, Yanafarm ou BioStratège.

Les notions à retenir sur l'awara

Nom scientifique:   ASTROCARYUM VULGARE MART. 
Noms vernaculaires: awara (français); wara (créole) ; awala (kali'na; wayana; wayãpi) ; awaa (aluku) ; tucuma-do-Para (Brazil); awarra (Suriname)      
Période de fructification générale : Janvier/ Juillet

Le palmier n’existe que dans la plaine côtière où il est commun dans les bosquets et en lisière de savane, sur sol sableux. C’est l’une des rares espèces du genre à pousser en touffes et à posséder des feuilles avec des folioles réparties en groupe le long du rachis.              

Il présente un stipe (équivalent au tronc) solitaire de 10 à 15 (moins de 25) m de haut et de 20 à 30 cm de diamètre, des entre-nœuds de 20 cm de long, armés d’épines inégales, noires, de 10 et pouvant atteindre 25 cm de long.   [Didier Bereau]