Les Apprentis-Sages : l'unique école alternative de Guyane - dans une situation fragile - recherche un équilibre

éducation
L’école alternative les Apprentis-Sages entame sa deuxième année d’existence. Unique en Guyane, cette structure accueille des enfants depuis 2021, qui ont des troubles du comportement. Près de deux ans après sa création, le bilan est positif : l’établissement est structuré, le personnel qualifié. Seulement, il manque des fonds à l’association pour voir l’avenir sereinement.

CARTABLE TOXIQUE

Les jours se suivent et se ressemblent pour l’école alternative les Apprentis-Sages. Cet établissement scolaire privé laïque accueille aujourd’hui 18 élèves. Ils sont âgés de 4 à 10 ans, et suivent des cours adaptés à leurs troubles d’apprentissage. Cette école est ouverte à tous les enfants, dont les parents souhaitent une éducation différente.

Une classe unique multi-niveaux est dirigée par une enseignante et d’un éducateur spécialisé... Des intervenants extérieurs complètent les activités : jeux, jardinage, sport, arts, musique, méditation, contes et théâtre. Une seule exigence : la bienveillance et l'empathie envers des jeunes élèves inadaptés à une scolarité classique.

Cet établissement existe depuis deux ans, suite à la fermeture du jour au lendemain, de l’école Soleil. Les parents inquiets, faute de structure similaire, ont décidé de prendre leur destin en main et de créer une nouvelle association. Parmi eux Sybille M'Lanao, présidente des Apprentis-Sages.

Depuis deux ans, cette femme vaillante, énergétique, se bat contre des montagnes afin que l’école trouve un équilibre. L'établissement a besoin de financements pour assurer un fonctionnement durable. Cette juriste de formation tape à toutes les portes : l'agence régionale de Santé, le Rectorat, la Collectivité territoriale.... Elle se bat. Il faut dire, qu’elle est d'abord maman.

Sybille M’Lanao, présidente de l’association les Apprentis-Sages
Sybille M’Lanao, présidente de l’association les Apprentis-Sages ©MCThébia

L’idée d’ouvrir ce type d’école ne vient pas naturellement, on y a forcément un intérêt. Mon fils a un trouble du comportement avec hypersensibilité et hyperactivité, dernièrement s’y est ajoutée une forme d’épilepsie. Très tôt, nous nous sommes rendus compte, notre fils avait 5 ans, qu’il avait certains troubles, nous avons fait une batterie d’examen. Bien évidemment l’école classique était difficile pour lui. Les apprentissages étaient très compliqués, son comportement avec les autres enfants posait problème (…) Je lui ai cherché une école, j’ai trouvé l’école Soleil, la seule du département, quand cette école a fermé du jour au lendemain. Un vendredi soir le directeur nous dit qu’à partir du lundi cette école est fermée, « prenez vos enfants ». Cela a été un choc, nous sommes restés comme cela démunis. L’école s’appelait école Soleil, elle était autrefois à Rémire-Montjoly, puis elle a déménagé à Matoury. Mon fils y est resté 4 mois. Il y était bien, elle lui convenait. Je me suis dit, cette expérience ne peut pas s’arrêter comme cela.  Nous étions un groupe de mamans dans la même situation, nous nous sommes convaincues que c’était la bonne décision. Le Covid est arrivé et les établissements scolaires ont été fermés. Cela nous a permis de monter le projet et de continuer avec quatre mamans. Moi avec mon expérience de juriste, cela s’est fait naturellement. J’ai laissé progressivement mon activité professionnelle, j’étais directrice générale des services de la mairie de Matoury pour me lancer à mon compte comme juriste et pouvoir être plus disponible pour la nouvelle structure.

 Sybille M’Lanao, Présidente de l’association les Apprentis-Sages

Une école unique en Guyane

Ecole les Apprentis-Sages
Ecole les Apprentis-Sages ©DR

Quatre supers mamans qui très vite ont été confrontées à la dure réalité : recherche de financements, de locaux, d’accréditations, de conventionnement. L’association reprend l’agrément de l’école Soleil, mais c’est encore insuffisant. Un véritable parcours du combattant. En mars 2021, en détresse, l’association lance un appel à l’aide, une bouteille à la mer, met une cagnotte en ligne. Des financements arrivent. Un soulagement...Seulement quelques mois.

En début d’année scolaire 2022, elles doivent très vite trouver un nouveau local pour accueillir les élèves. Mais il faut aussi des personnels qualifiés, ouvrir une cantine, assurer le fonctionnement de la structure. Sybille M'Lanao rencontre les décideurs, monte des dossiers, tente de convaincre, d’alerter, de sensibiliser à l’obligation d’inscrire le fonctionnement de l’établissement dans le temps. 

Derrière les chiffres, il y a des enfants, des familles parfois désespérées. La plupart des élèves ont des troubles DYS. Ce sont des difficultés à traiter les informations par le cerveau. Les personnes atteintes de troubles DYS auront des répercussions dans leur apprentissage précoces (motricité, langage, etc.) ou scolaire (écriture, calcul, etc.). Ces troubles sont d'ordre neurologique et la majorité du temps, innés.

Ecole les Apprentis-Sages
Ecole les Apprentis-Sages ©DR

Les enfants ne sont pas en classe nous avons des espaces d’apprentissage. Nos enfants sont  DYS, ont parfois des spectres autistiques, ou des retards d’adaptation. Ce n’est pas une école à la carte, c’est une école qui s’adapte aux enfants. Nous recherchons des financements inscrits dans le temps. Nous sommes sur un territoire, où le système français est cloisonné. Quand nous nous adressons à la CTG, on nous répond que ce sont les mairies qui financent le primaire. Quand nous allons voir les mairies, il faut être sur le même territoire, or nous avons des enfants de tous horizons, ou bien on ne finance par les écoles privées qui ne sont pas conventionnées. Donc tout ce cloisonnement fait perdre l’objectif de l’humain. Je parle d’enfants en difficulté. Je parle de programmes, je parle de projets, vous êtes toujours en butte à quelque chose.  C’est extrêmement difficile de convaincre (…)  Aujourd’hui c’est souvent des circonstances et souvent du hasard, mais néanmoins je n’arrive pas à figer, à faire qu’effectivement on ait cette pérennité de subventions.  Pourtant notre  association travaille dans la santé publique, l’éducation,  la cohésion sociale. Il suffit de venir nous voir.

 Sybille M’Lanao, Présidente de l’association les Apprentis-Sages

 A la recherche de bénévoles

 

Ecole les Apprentis-Sages
Ecole les Apprentis-Sages ©DR

L’association a obtenu une subvention de la CACL (Communauté des communes du centre littoral) sur trois ans. Une bouffée d’oxygène mais c’est encore insuffisant. Pour le reste les parents financent de leur poche ce projet devenu vital.

Actuellement, l'école est en attente du renouvellement d’une convention avec la CTG (collectivité territoriale de Guyane). Le changement de majorité territoriale a retardé le traitement du dossier.

Elle recherche également des bénévoles, afin que ce rêve, devenu réalité, de cinq mamans débordées," d'une école de la différence, alternative et inclusive" s'inscrive dans le temps.