Le Camp-Est a été condamné par le tribunal administratif de Nouméa 

Photo prise en 2019 au Camp Est par la mission lancé par la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL)
L'OIP, l'Observatoire International des Prisons exigeait des mesures d'urgences pour le centre pénitentiaire de Nouville. Le tribunal administratif de Nouméa a été saisi par l'instance spécialisée; le délibéré est tombé jeudi dernier : ils exigent que des mesures soient prises au plus vite. 
Le Camp-Est a été saisi par un cabinet d’avocats parisiens et par la section française de l’OIP, l'Observatoire International des Prisons ; ils dénonçaient des « conditions de détention indignes ». Pour eux, la décision prononcée n’est pas suffisante pour les requérants, qui vont faire appel et saisir le conseil d’État. 
 

Des mesures structurelles

Le tribunal administratif est allé moins loin que le rapport déposé par l’OIP. Dans sa requête en référé-liberté déposée lundi dernier, il dénonçait : « des conditions indignes de détention : surpopulation, promiscuité, locaux vétustes, situation sanitaire désastreuse »

Pour y remédier, l’OIP proposait des mesures structurelles.  "L'OIP demande vraiment tout : de supprimer les containers dans lesquels les détenus sont amenés à vivre, de respecter la sécurité parce qu'elle n'est pas respectée; ils doivent respecter des conditions d'hygiène, avec davantage d'accompagnement. L'objectif c'est de contraindre l'administration de respecter l'article 3 de la Cour européenne des droits de l'homme, qui interdit les traitements inhumains et dégradants" explique Maître Marie-Katell Kaigre, correspondante de l’OIP en Nouvelle-Calédonie. C’est elle qui a plaidé le dossier devant le tribunal administratif.


Des mesures jugées insuffisantes

Dans son ordonnance, le tribunal administratif somme l’administration pénitentiaire de remédier à ces manquements : respect des conditions d’hygiène, mise aux normes des installations électriques, aménager des points d’eau et sanitaires, doter les cellules de moustiquaires ou encore recruter rapidement un addictologue. Pour Maître Marie-Katell Kaigre, "ce n'est pas suffisant ". Elle compte saisir le conseil d'État, d'ici quinze jours.

"Le tribunal administratif est resté timide. Dans les mesures qu'il a pris, les objectifs globaux sont suivis mais l'administratif refuse en fait des vraies mesures structurelles, comme elles ont été demandées par l'OIP"

Contactée par notre rédaction, la direction du centre pénitentiaire assure que tout est mis en œuvre pour améliorer les conditions des détenus, et ce, compte tenu de la vétusté des bâtiments. Elle se penchera cette semaine sur l’ordonnance du tribunal administratif.
 

Plusieurs signaux d'alarme 


En octobre 2019, sept contrôleurs mandatés par la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) ont visité le centre pénitentiaire de Nouméa. Un constat d’atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes incarcérées dans l'établissement avait été établi. Le constat est resté le même qu’il y a huit ans, en 2011, voire pire dans certains quartiers de la prison, malgré les mesures prises.

Au jour du contrôle, le centre pénitentiaire de Nouméa comptait 578 personnes détenues pour 474 places opérationnelles, soit un taux moyen d’occupation de 121,94% à l’échelle de l’établissement, mais qui s’élevait à 130,1% au sein du quartier maison d’arrêt des hommes et 128,44% au sein du quartier centre de détention des hommes.