Décès brutal de Joël Viratelle, qui dirigeait la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris depuis 2006

hommage
Joël Viratelle
Joël Viratelle lors d'un colloque organisé en 2013, pour marquer le quart de siècle de la poignée de main. ©Cécile Baquey
La Maison de la Nouvelle-Calédonie s'avère un passage obligé pour les enfants, représentants et autres amis du Caillou dans l'Hexagone. Et son directeur avait pris une telle ampleur symbolique que la disparition brutale de Joël Viratelle, ce mardi, a suscité de nombreuses réactions. Politiques, mais pas seulement.

Une pluie d’hommages, par de nombreuses personnalités politiques ou par bien d'autres personnes qui ont fréquenté la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris. La disparition de Joël Viratelle a causé une émotion particulière, ce mercredi. Celui qui symbolisait la MNC depuis 2006 est décédé brutalement mardi 19 juillet dans sa cinquante-neuvième année. Tour d'horizon.

Contribution "au rayonnement de la culture kanak et calédonienne"

Le conseil d'administration de la Maison est actuellement présidé par Roch Wamytan, à la tête du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Lequel exprime "une profonde émotion", rendant hommage "à cet enfant du pays qui a donné de sa personne pour maintenir le dialogue et une paix jamais acquise". "Joël Viratelle a contribué inlassablement au rayonnement de la culture kanak et calédonienne", écrit-il. "Sa trajectoire de vie est profondément empreinte de compassion qui l’a naturellement conduit à se dévouer à la consolidation du destin commun. Symbolisé par le choix des huit poteaux en kaori qui ornent la grande case de la MNC, cette seconde maison réunissait pour lui 'toutes les forces vives et politiques, scientifiques du pays de manière à réfléchir ensemble et mobiliser nos ressources'."

"Un artisan de dialogue et de paix"

"Nous perdons un être exquis de fidélité, d’intelligence et de délicatesse. La Nouvelle-Calédonie et la France perdent un artisan de dialogue et de paix", salue Jean-Jacques Brot sur Twitter. L'actuel préfet des Yvelines, haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie de 2013 à 2014, lui remettait, en mai dernier, les insignes de chevalier dans l'Ordre national du Mérite. Joël Viratelle était aussi officier de l'ordre des Palmes académiques.

Un autre ancien haussaire fait son éloge. "Enseignant, il aimait convaincre en parlant à la raison", énumère Alain Christnacht. "Homme de culture, il savait parler avec émotion des riches cultures de ce pays qui était devenu le sien. Homme de caractère, il défendait ses convictions sans jamais les imposer. Homme d’écoute et de dialogue il rappelait la nécessité et la possibilité de se parler pour construire une Nouvelle-Calédonie fraternelle où les communautés seraient associées avec leurs identités propres mais ni fusionnées ni juxtaposées au risque d’un face à face stérile."


"Passionné de rencontres et de culture, Joël Viratelle était un artisan infatigable du dialogue et de la paix en Nouvelle-Calédonie", renchérit Sébastien Lecornu, ministre de l'Armée, ex-ministre des Outre-mer.

Et pour le ministre délégué aux Outre-mer, Jean-François Carenco, "la Nouvelle-Calédonie perd aujourd'hui l'un de ses ambassadeurs". Chœur auquel se joint l’actuel haut-commissaire, Patrice Faure.

"Il a gravi tous les échelons"

Philipe Dunoyer rappelle que l'homme aura été le "premier directeur de l'enseignement d'une école primaire publique en Nouvelle-Calédonie". C'était au tournant de l'an 2000, pour le transfert de la compétence. Il a été à la tête de la DENC, direction de l'Education, jusqu'en 2006. Le député de la première circonscription insiste, "il aura constamment contribué à nourrir le nécessaire dialogue entre les communautés et les représentants d’institutions, en militant infatigable de la paix".

Eloge également de l'autre député calédonien. Nicolas Metzdorf évoque "un homme dévoué à la Nouvelle-Calédonie qui aura fait de notre maison à Paris le repère des Calédoniens en métropole. Il était déjà à mes côtés lorsque j’étais étudiant, il l’était toujours lorsque je suis devenu élu et encore récemment lorsque je suis arrivé à l’Assemblée nationale", le mois dernier.

L'ancien sénateur Simon Loueckhote signale que Joël Viratelle, qui fut un de ses collaborateurs au Congrès, a été le plus jeune IDEN, inspecteur départemental de l'Education nationale, de France. Il avait 31 ans. 

Le sénateur honoraire Simon Loueckhote réagit au décès de Joël Viratelle, avec Alix Madec

"Ce fut un inspecteur et un directeur de la DENC avec des convictions au service des élèves de notre beau pays", réagit la section enseignement de la Fédération des fonctionnaires.

Décès de Joël Viratelle : réaction de Benoît Lamothe, secrétaire général de la fédération des fonctionnaires enseignement, par Alix Madec

L'association des cadres à venir en Nouvelle-Calédonie y va également de son hommage. Instituteur dans les années quatre-vingts, en Brousse puis dans le Grand Nouméa, Joël Viratelle a passé une maîtrise de droit à la fac de Bordeaux. Il a été titulaire de l'école supérieure des personnels d'encadrement de l'Education nationale, promotion Rabelais (1994-1996). Fut administrateur de l'agence de promotion et de diffusion de la culture des Outre-mer,  administrateur de l'école de la deuxième chance de Nouvelle-Calédonie, membre du comité de pilotage du projet de création d'une Cité des outre-mer.

Une association maison

Mais on le connaissait surtout comme directeur de la MNC, représentant permanent de la Nouvelle-Calédonie à Paris. Cette association a, rappelons-le, pour mission d’assurer la promotion économique, sociale et culturelle du Caillou et la représentation de ses institutions. Par conséquent, elle est amenée à intervenir aussi bien pour les étudiants que les Calédoniens en parcours de soins ou en difficulté (la crise Covid l'a mis en exergue), les artistes en résidence et les délégations en mission, auxquelles elle peut apporter un soutien logistique. La MNC, c'était en 2018 un budget prévisionnel de 441 millions de francs CFP, financé par le gouvernement calédonien et les trois provinces, avec un effectif de 23 salariés permanents. Ces chiffres figurent dans un rapport de la Chambre des comptes  sur la gestion de la structure.

"Cheville ouvrière"

"Il a été la cheville ouvrière de la Maison de la Nouvelle-Calédonie lorsque sa création a été décidée en 2004 au lendemain des élections provinciales", retient l’ancien député Philippe Gomès, précisant que Joël Viratelle a été sollicité pour ce poste par Marie-Noëlle Thémereau alors présidente du gouvernement. "Il avait brillamment réussi dans cette mission hautement compliquée certains voyant dans ce service public décentralisé les prémices d’une 'ambassade' d’un pays indépendant…", ajoute-t-il. "Joël avait su faire de cet espace un lieu de rencontres, de tolérance et de respect. Un lieu ouvert à tous les Calédoniens quelle que soit leur sensibilité politique. On se sentait tous partie intégrante d’un même peuple quand on en franchissait les portes."

L’appelant justement "le bâtisseur de notre ambassade parisienne", le président de la province Îles, Jacques Lalié, estime qu’"il a su être le trait d’union des cultures de notre pays, répondant toujours présent pour faciliter le séjour métropolitain de nos étudiants, de nos malades et de nos collectivités".

"Il incarnait la compétence et la Nouvelle-Calédonie à Paris", résume Virginie Ruffenach, présidente du groupe Avenir en confiance au Congrès et vice-présidente du Rassemblement. Parti dont le président Thierry Santa s'exprime aussi.

"Toutes ces années, il aura assuré avec ses équipes, la mission d’accompagnement et de suivi notamment social, des Calédoniens en Métropole, dont tous nos étudiants, ainsi que la promotion de notre archipel", publie l'Eveil océanien. "Et c’est dans la volonté d’améliorer le service public en faveur des Calédoniens, en lien avec nos institutions et collectivités locales, qu’il recevait nos conseillers et membre du gouvernement à chacune de leurs missions à Paris, afin d’échanger sur les diverses problématiques liées à la MNC."

"Beaucoup appris à son contact"

Plus tard dans la journée et le lendemain, ce sont le gouvernement Mapou, l'assemblée de province Sud et le Cese-NC qui ont ajouté leur voix et leurs condoléances respectives. Ou encore, à titre personnel, Isabelle Champmoreau, Nicole Robineau, Cameron Diver de la CPS, la déléguée de la Polynésie française... Car n'y a pas que les élus calédoniens qui étaient des habitués de la Maison, les représentants des Etats et territoires de la région également. "Avec beaucoup de gentillesse et de professionnalisme, il nous avait accueillis pour discuter des systèmes mis en place par la MNC pour la gestion des étudiants. Nous avons beaucoup appris à son contact et celui de ses équipes", écrit ainsi le député polynésien Moetai Brotherson.

De l'armée...

Très récemment, Joël Viratelle accueillait les volontaires du service militaire adapté venus défiler pour le 14-Juillet sur les Champs-Elysées, relate encore le commandement du SMA

"A chacun de nos déplacements au Congrès des maires, il était celui qui nous accueillait chaleureusement et avec fierté à Paris au sein de la Maison de la Nouvelle-Calédonie", remercie l'AFM-NC.

...aux miss

Même le comité Miss Nouvelle-Calédonie se joint aux hommages "car il a toujours accueilli et pris soin de nos Miss NC".