"Il y a toujours une issue pour sortir et se relever", encourage une femme victime de violences

journée internationale des droits des femmes
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Face à la violence faite aux femmes, briser le silence. ©NC la 1ère
Depuis 1999, le 25 novembre est la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. En Nouvelle-Calédonie, la situation s'avère terrible en ce qui concerne les violences conjugales, avec 5,6 victimes pour mille habitants. Presque trois fois plus que dans l’Hexagone. Témoignages, réflexions, et actions.

A Voh, le centre d’accueil des femmes en difficulté ne désemplit pas. Cette structure a pour vocation de proposer aux victimes de violences un hébergement d’urgence et un accompagnement. Une des femmes accueillies a bien voulu témoigner de son vécu.

Du parfait amour au cauchemar

Alors qu’elle file le parfait amour avec le père de ses garçons, du jour au lendemain, sa vie va virer au cauchemar.  "Il me tapait", dit-elle. "Il a changé, c’est plus le mec d’avant." Violences, insultes, menaces… La jeune femme ne supporte plus. Un jour, en allant au champ, elle réussit à s’emparer d’un téléphone portable et à joindre la gendarmerie. Les forces de l’ordre interviennent de suite. 

J’explique la situation. Qu’il m’a tapée, il m’a étranglée, il est pas normal (…) Les gendarmes, ils l’ont embarqué.

Une victime de violences témoigne en province Nord

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Une Calédonienne victime de violences témoigne de son vécu. ©NC la 1ère

Pendant un mois, elle sera hébergée dans ce foyer d’urgence : ouvert en 2007, le centre d’accueil des femmes en difficulté a vocation à aider les femmes de la province Nord en grande détresse morale et psychologique, et victimes de violences familiales et intra-conjugales. Depuis 2019, le nombre d’accueillies est passé de 19, à 27 l’année dernière.

Aujourd’hui, je me rend compte que les femmes osent faire le pas vers les services compétents, les services sociaux, les services de gendarmerie. Osent briser le silence. Et c’est ce qu’il faut faire.

Sarah Wabete, intervenante sociale pour la gendarmerie

Grâce à une subvention de l’État, le foyer devrait doubler sa capacité d’accueil d’ici la fin de l’année. Quant à cette jeune femme, elle est retournée dans sa famille, son plus grand enfant est à nouveau scolarisé, et elle espère retrouver un emploi.

Un reportage de Camille Mosnier :

©nouvellecaledonie

"Ça commence par des insultes"

A Nouméa, c’est Olivera qu’une de nos équipes a rencontrée, un prénom d’emprunt. Divorcée, elle a vécu cinq années de violences psychologiques et physiques avant d'avoir le courage de quitter le père de son fils. Après un séjour au foyer Bethanie, Olivera a repris des études de droit, avec l'ambition de devenir juriste. Elle s’est confiée à Caroline Antic-Martin et Nicolas Fasquel.

S’il y a une décision que je n’ai jamais regrettée dans ma vie, c’est de l’avoir quitté.

Olivera (prénom d’emprunt)

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Dans un foyer d'accueil en province Nord, ce message contre la violence. ©NC la 1ère

"J’étais seule dans ma douleur"

"Ça commence par des insultes (…), ça continue par des menaces d’argent. Quand il disait quelque chose, il fallait que j’épouse ses opinions (…). Ça devenait invivable. Je ne pouvais pas travailler, je ne pouvais pas voir d’ami(e) (…). J’étais seule dans ma douleur (…). Même enceinte, j’ai subi toutes ses humiliations (…)"

"J’étais tellement mal que j’ai commencé à consulter une psychologue et un psychiatre, et je suis rentrée. Je ne m’attendais pas à le trouver à la maison (…). Quand j’arrive, il m’a attrapée dans le cou, il m’a jetée dans le canapé, il s’est mis à appuyer très fort. C’est quand il s’est aperçu que je n’arrivais plus à retrouver le souffle qu’il m’a lâchée."

"J’ai pris peur et j’ai contacté les autorités compétentes pour déposer plainte. C’est à la suite de cette plainte que j’ai entamé toutes les démarches pour pouvoir partir de la maison. Je ne voulais pas perdre la garde de mon fils et n’étant pas Française, je ne voulais pas engager des démarches pour partir. C’est avec l’aide de ces assistants sociaux et du psychiatre que je voyais, et des quelque personnes que j’avais à mes cotés à l’extérieur, que j’ai eu le courage de partir."

A son tour, Olivera a un message : "Il y a toujours une oreille qui va nous écouter, il y a toujours une main qui nous sera tendue. Il y a toujours une issue pour sortir et se relever."

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Le Sénat coutumier se mobilise

Maureen, Corinne, Jacinthe… En Calédonie, des jeunes femmes, des femmes, meurent sous les coups de leur conjoint. Et selon une étude du Cese, en 2017. Une habitante sur cinq dit avoir été victime de violence de la part d’un mari, compagnon ou petit ami. Pour agir sur ce fléau à son échelle, le Sénat coutumier condamne, pour la première fois, toutes les formes de violences à l’égard des femmes et des filles. L’institution lance un comité de travail alliant juristes, psychologues, sociologues, ou encore professionnels de l’enseignement.

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Conférence de presse au Sénat coutumier, qui entend s'engager contre toutes les formes de violences envers les femmes et les filles. ©NC la 1ère

Leur priorité, d’après le sénateur Hippolyte Sinewami, c’est l’éducation à la maison.

On manque de dialogue, de discussion avec la famille, avec les enfants. On est pris par ce qui se passe autour de nous. Les enfants reproduisent ce qu’ils ont vécu. Je dis que ça se passe d’abord à la maison, dans notre foyer.

Hippolyte Sinewami, sénateur coutumier et grand chef du district de La Roche, à Maré

L'exil comme sanction

Pour faire évoluer les mentalités, le Sénat coutumier va notamment diffuser des messages de prévention sur les réseaux sociaux. Quant aux sanctions pour les auteurs de violences en milieu coutumier, le grand chef de La Roche préconise une solution : l’exil. Actuellement, trois hommes d’origine maréenne sont exilés à Nouméa, pour une durée de cinq ans.

Voyez aussi le reportage de Brigitte Whaap et Claude Lindor :

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Accueil d’urgence en province Sud

Suite au Grenelle des Outre-mer contre les violences conjugales de 2019,
la province Sud a mis en place plusieurs dispositifs, notamment les appartements-relais. Elle vient également d’inaugurer un centre d'accueil d’urgence pour les femmes et leurs enfants victimes de ce type de violences.

Visite de cette nouvelle structure avec David Sigal 

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Quelques dates

Ce 25 novembre, plusieurs actions de sensibilisation se sont déroulées, dans les trois provinces. A Koné, une opération "ruban orange" se tient à la Maison de la femme jusqu’au 10 décembre. Objectif : informer les femmes sur leurs droits.

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Opération ruban orange à Koné pour sensibiliser à la violence envers les femmes. ©NC la 1ère

Dans le Sud, un programme complet d'animations a été présenté par la province, toujours pour sensibiliser la population à ces violences. Temps fort prévu samedi 27 novembre au Chapitô, situé baie de Sainte-Marie, à Nouméa, avec le festival JMX'.