Le carnet de bord d’une journaliste en quatorzaine à Nouméa

coronavirus
Baie des Citrons vue de l'hôtel Beaurivage
Vue d'une chambre d'hôtel de l'hôtel Beaurivage. Image d'illustration ©Nathalie Rougeau
Nathalie Rougeau a passé plusieurs années en Calédonie. Après un retour dans son île natale, la Réunion, elle est de passage pour une mission à Nouvelle-Calédonie la 1ère. Elle livre ses impressions quelques jours après son arrivée.

 

Je me souviendrai longtemps de mon arrivée ou plutôt de mon retour en Nouvelle-Calédonie pour une mission ce soir du 18 septembre 2020. Un déplacement pour couvrir pendant trois mois le deuxième référendum d’autodétermination et aussi l’après-consultation. Un voyage de deux jours depuis la Réunion en pleine crise sanitaire mondiale liée au Covid-19. J’ai débarqué à la Tontouta toujours masquée dans une ambiance très spéciale aux cotés des résidents du pays et des personnes envoyées pour travailler. Seuls ces motifs autorisent l’accès au territoire isolé du reste du monde et préservé de la Covid-19 grâce à ces mesures drastiques mises en place par le gouvernement. Pas de tourisme, uniquement des motifs impérieux pour entrer dans le pays.
Arrivée aéroport de la Tontouta coronavirus
©Nathalie Rougeau
 

Une arrivée sous contrôle 

Dans l’aéroport ce 18 septembre, une armée d’agents sanitaires est là, masqués, gantés et vêtus de blouses en plastique. Il faut montrer patte blanche, remplir des formulaires et suivre tout un circuit vers les bus qui nous emmèneront dans des hôtels réquisitionnés par le gouvernement. 
C’est ainsi que nous sommes escortés de la Tontouta à Nouméa par la gendarmerie : des motards devant et derrière le cortège des cars qui roulent avec les feux de détresse allumés. Arrivés devant l’hôtel Beaurivage sur la baie des Citrons, commence alors l’attente pour accéder aux chambres. On se prépare mentalement à y séjourner quatorze jours dans des conditions très spéciales pour éviter tout contact et toute contamination au cas où l’un d’entre nous serait diagnostiqué positif au cours de la quatorzaine. 
Bus arrivée aéroport de la Tontouta coronavirus
Les bus attendent les passagers pour les amener en quatorzaine à l'hôtel, image d'illustration. ©Nathalie Rougeau
 

Les règles à l’hôtel

J’ai de la chance : j’ai une chambre avec balcon et vue sur la mer ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Certains s’en plaignent et auraient préféré être logés au Méridien. La plupart peste contre ces fonctionnaires d’Etat (235 au total) arrivés deux jours plus tôt et qu’on jalouse d’avoir pris toutes les bonnes places. 
Dans la chambre on nous a laissé de la lecture. J’apprends alors les conditions de cet isolement forcé. 
-  Pas de ménage pendant quinze jours, 
- les repas livrés devant la porte à heure fixe avec impossibilité de les réchauffer 
- et une seule promenade autorisée par jour. Pour éviter trop de monde en même temps, les sorties sont échelonnées par étage. Pour ma part, la promenade a lieu de 13h à 14h avec tous ceux du troisième étage, soit une quinzaine de personnes. Le deck fait 100m2 et chaque jour, nous voilà faisant le tour et des ronds tels des fous dans une grande pièce. 
Quatorzaine hôtel Beaurivage. La promenade
Un deck pour les promenades. ©Nathalie Rougeau


 

La routine s’installe

Je me lie d’amitié avec mes compagnons de promenade. Il y a là des journalistes de l’AFP, de Mediapart, des étudiants qui rentrent au pays, des Calédoniens de retour après avoir installé leurs enfants pour les études, ou encore des personnes envoyées en contrat. 
Personne n’échappe aux contrôles sanitaires : deux fois par jour, l’infirmière frappe à la porte pour prendre notre température et demander si tout va bien. 
Une fois rentrée dans ma chambre au troisième étage, il faut tuer le temps : j’épluche les journaux, me replonge dans la vie locale et les livres. Il faut aussi que je me bouge : une amie m'apporte un tapis de sport et me voilà deux fois par jour à m’agiter pour faire de l’exercice. 
Quatorzaine hôtel Beaurivage. La promenade
La promenade quotidienne des personnes en quatorzaine sur le deck à l'hôtel Beaurivage. ©Nathalie Rougeau
 

Vivre comme avant 

Même si ces 14 jours sont longs à vivre, je cherche des raisons de bien les supporter. Je me dis que je suis forcée de me reposer : moi qui ai du mal à me poser, ça m’oblige à rester tranquille. Je me dis aussi que c’est pour la bonne cause, que c’est une mesure qui a permis de préserver le territoire d’une pandémie qui donne bien du fil à retordre aux dirigeants du monde entier. La Calédonie est citée en exemple : ce petit territoire a réussi à tuer le virus dans l’œuf en fermant ses frontières et en mettant en place des mesures efficaces. 
Alors 14 jours d’une vie dans une prison dorée, ça vaut le détour quand on sait qu’une fois dehors, je pourrai vivre comme avant, sans masques et sans retenue, avec des contacts humains normaux. Ça fait du bien de se dire que bientôt je serai libérée, délivrée, prête à travailler dans des conditions normales, ce qui n’est pas le cas dans le monde entier. Je mesure la chance de vivre ces quelques semaines ici dans une bulle préservée de Covid-19.