Les violences intrafamiliales au cœur du débat

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Grenelle violences conjugales CPS
Le 3e comité de suivi du Grenelle des violences conjugales s'est déroulé dans la salle de conférence de la CPS, à l'Anse-Vata. ©Titouan Moal / NC la 1ère
Le troisième comité de suivi du Grenelle des violences conjugales s’est déroulé hier après-midi à la CPS, à l’Anse-Vata. L’occasion de faire l’état des lieux des avancées des différentes actions entreprises par les professionnels du secteur, mais également de coordonner les politiques publiques de lutte contre les violences intrafamiliales.

Déclarée « grande cause territoriale » en 2019 sous le gouvernement Santa, la lutte contre les violences intrafamiliales se poursuit. Un Grenelle avait alors été mis en place, réunissant tous les acteurs du secteur afin de dresser une feuille de route et engager plusieurs actions. Depuis, Etat, justice, associations et gouvernement se réunissent une fois par an afin de rendre compte des avancées de ce vaste plan de lutte.

Une étude statistique

Première nouveauté, l’enquête de l’Institut de la statistique et des études économiques (Isee) sur les violences intrafamiliales dans la société calédonienne dont un aperçu a été présenté hier lors du Grenelle par Olivier Fagnot, le directeur de l’Isee.

On se rend compte que les violences intrafamiliales, qu'elles soient physiques, sexuelles ou psychologiques, sont très répandues en Calédonie. On estime qu'il y a 22 200 victimes, c'est à peu près un adulte sur huit. Et les femmes sont les principales victimes.

Olivier Fagnot, directeur de l'Isee

Une étude qui sera disponible dans son intégralité en ligne dès vendredi sur le site internet de l’Institut. En attendant, retrouvez notre article sur le sujet ici.

Cette enquête était attendue de longue date. Elle doit permettre d’établir une base sur laquelle construire des politiques publiques efficientes en matière de lutte contre les violences faites aux femmes.

Augmentation des plaintes

C’était ensuite au tour d’Yves Dupas, procureur de la République, de faire un point sur les chiffres de la justice. Et depuis 2018, force est de constater que le nombre de cas augmente. Les plaintes déposées pour violences conjugales sont ainsi passées de 972 à 1 463 en quatre ans.

C’est sans doute un signe positif que la parole se libère.

Yves Dupas, procureur de la République

Ce sont tout de même près de 17% des détenus du Camp Est qui sont impliqués dans des violences intrafamiliales.

Tous ces chiffres ne reflètent bien évidemment pas la réalité des faits, puisque bon nombre de victimes ne portent tout simplement pas plainte.

De nombreuses actions

Depuis le premier rendez-vous du Grenelle, il y a 3 ans, plusieurs dispositifs ont été mis en place comme par exemple :

  •  un site internet dédié aux violences sexuelles et sexistes
  • Un mini-bus confié à la Croix-Rouge qui sillonne les communes du territoire pour développer les actions de prévention contre les violences conjugales, en partenariat avec les associations du secteur, mais également informer la population sur leurs droits en la matière. Ce dispositif se nomme « Aller Vers »
  • Le Téléphone Grave Danger, dont le principe est de fournir aux victimes qui le souhaitent un téléphone mobile équipé d’un bouton d’urgence vers un service de téléassistance accessible sept jour sur sept. Un appareil géolocalisé qui permet donc d’alerter rapidement les autorités compétentes

  • Un dispositif d'accueil des victimes d'agression au Médipôle
  • Des appartements relais en province Sud, des familles d'accueil un peu partout sur le territoire et un foyer d'accueil d'urgence à Nouméa dédiés aux victimes
  • L'amélioration de la prise en charge et de l'accompagnement des victimes par les forces de l'ordre, notamment dans les gendarmeries et les commissariats de police
  • Six bracelets anti-rapprochement à disposition de la justice
  • Un hébergement réservé aux auteurs de violences intrafamiliales assorti de stages de citoyenneté (220 ont été ordonnés depuis la mise en place du dispositif en février 2021)

Plusieurs projets de lois sont également sur la table.

L'éducation au centre des débats

Au début, on avait un spectre de travail plus resserré. Mais on s'est rendu compte qu'il fallait que l'on investisse les questions liées à l'éducation. Les chiffres alarmants du procureur sont souvent le résultat d'un parcours de vie. On doit doit travailler dessus depuis le plus jeune âge.

Isabelle Champmoreau, vice-présidente du gouvernement

Car l'éducation était au centre des discussions, mardi après-midi. Prévenir plutôt que guérir en préparant au mieux les adultes de demain est l'une des solutions misent sur la table par les différents professionnels du secteur pour lutter contre les violences intrafamiliales.

Il y a des besoins de lier une politique sanitaire à la lutte contre ces violences, en abordant notamment l'éducation sexuelle, que nous devons apporter au plus près des écoles. Il faut également sensibiliser les enfants, de la maternelle au lycée, pour qu'ils ne reproduisent pas les gestes qu'ils peuvent parfois voir à la maison, afin qu'il n'y ait pas de récidives de ces violences intrafamiliales une fois que ces jeunes deviendront adultes.

Patrice Faure, haut-commissaire de la République

Du côté du vice-rectorat, c'est déjà un sujet d'importance. Impulsé depuis 2015, le Cluster Comité 3E, pour "éducation et égalité à l'école" permet de rassembler les différentes associations d'élèves qui oeuvrent contre les stéréotypes de genre et qui visent à promouvoir l'égalité des sexes. Les explications d'Eric Rozère, vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie :

ITW Rozère

Une charte qui regroupe déjà 55 établissements du territoire.

Autre problématique phare, la santé des femmes. Des rencontres devraient avoir lieu sur le sujet cette année : La journée internationale d'action pour la santé des femmes à Poindimié, le 20 mai, un séminaire santé "levée du secret médical" le 15 septembre et un autre intitulé "les 1000 premiers jours", le 25 novembre.

Ecoutez le compte-rendu d’Isabelle Champmoreau, vice-présidente du gouvernement, notamment en charge de la lutte contre les violences conjugales, invitée de notre JT mardi soir :

©nouvellecaledonie