La pêche de requins bouledogues se poursuit

Panneau de prévention posé après une précédente attaque à Nouville
La campagne de pêche a repris ce jeudi, dans le but de capturer et abattre vingt requins bouledogues dans les rades de Nouméa. Comment se passe l'opération ? Eléments de réponse avec la province Sud, tandis que Sea Shepherd Nouvelle-Calédonie demande «l'arrêt immédiat des prélèvements».
Les actes, avant les mots. Hier, l’abattage des requins bouledogues a commencé dès 4 heures du matin, avant même l’annonce du plan d’actions conjoint de la province Sud et la mairie de Nouméa. La campagne de pêche a continué jusqu’à 17 heures «pour maximiser nos chances d’avoir des requins rapidement», explique la directrice de l’environnement de la province Sud.
 

Ampleur inédite

Karine Lambert revient sur cette opération dont l’ampleur est une première en Calédonie. «Les captures se déroulent de façon assez classique, décrit-elle. Sur le bateau, on a un pêcheur, un représentant de la direction de l’environnement qui est là pour s’assurer que les conditions de capture et d’euthanasie sont conformes et correctes, un représentant de la sécurité civile et un vétérinaire. De l’autre côté, on a un bateau de la sécurité civile, pour pouvoir assurer la sécurité des personnes s’il devait arriver un incident. Capturer un requin bouledogue n’est jamais une opération neutre et simple.»
 
Grande rade de Nouméa.
 

«Pas d'arme à feu»

Pour le reste aussi, «on est sur une opération classique de pêche : le requin est appâté. On attend qu’il se fatigue un peu et ensuite, il est remonté et euthanasié selon les modalités définies sur le bateau par les professionnels», poursuit Karine Lambert, en assurant : «On n’utilise pas d’arme à feu, parce qu'on ne maîtrise pas les conditions et les modalités d’une euthanasie par arme à feu, et cela pourrait présenter des risques pour les personnes autour.»
 

Prévu jusqu'à la fin de la semaine

La campagne se poursuivait aujourd’hui dans la grande rade, c'est-à-dire du côté du quai des pêcheurs, des paquebots et des porte-conteneurs. Sept squales ont été capturés au premier jour et en milieu de matinée de jeudi, un autre avait été prélevé. Cette chasse aux bouledogues doit se prolonger jusqu’à la fin de la semaine. Toutefois, si la mission s’avère compliquée, avec des animaux plus difficiles à capturer ces prochains jours, elle pourrait être interrompue avant l’objectif annoncé de vingt squales. 
 
 

Emotion toujours vive

Reste que d'entrée, l'annonce de la mesure et les images de bêtes tuées ont indigné. L'émotion n'est pas retombée, à voir progresser la pétition lancée le 12 juin contre «l'abattage des requins en Nouvelle-Calédonie»: le 13 à 16h30, elle dépassait 10 000 signataires.
 
Le visuel de la pétition en faveur de l'opération.
 

Une pétition en faveur de la régulation

A l'inverse, la sorte de «contre-pétition» lancée sur la même plate-forme en ligne avait obtenu le soutien d'une centaine de personnes. Son intitulé : «Pour l'abattage des requins identifiés dangereux en Nouvelle-Calédonie!»
  

«Un port»

De la levée de boucliers, la directrice provinciale de l'environnement redit : «Ces réactions sont tout à fait compréhensibles parce qu’on est sur une opération de capture et d’euthanasie. Il y a un côté émotionnel. Je souhaite juste répéter qu’on est là sur une opération de régulation dans un espace précis, un port, sur lequel il y a des activités humaines régulières. On n’est pas sur le lagon ou un espace de vie classique et habituel de ces requins.» 
 

On est responsable, aujourd’hui, de la population de requins qu’on sédentarise.
Karine Lambert, DENV

 

Ne pas créer «des comportements déviants chez des requins»

Karine Lambert développe : «On mise sur le fait que cette mesure de capture de vingt requins soit suffisante et qu’il n’y aura pas, en raison de pratiques qui ne seraient pas adaptées, sédentarisation de nouveaux requins et qu’à terme, le terme n’étant pas défini, il soit nécessaire d’envisager de nouvelles captures parce qu’on aura de nouveau créé des comportements déviants chez des requins. On est responsable, aujourd’hui, de la population de requins qu’on sédentarise.»


Abattre les requins relève plus de l'émotion que de la raison

Dans un communiqué, Nina Julié élue à la province Sud et membre de la commission de l'environnement remet en question l'efficacité de cette décision prise conjointement par Sonia Backès, présidente de la province Sud et Sonia Lagarde, maire de Nouméa.
Elle déplore que cette solution d'abattre les requins relève plus de l'émotion que de la raison.
Son communiqué à lire ici.
Sea Shepherd NC demande «l'arrêt immédiat des prélèvements»

Sea Shepherd Nouvelle-Calédonie avait réagi rapidement, et l'association environnementale renchérit ce jeudi. Elle demande «aux institutions l'arrêt immédiat des prélèvements de requins bouledogues et l'organisation de tables rondes pour la mise en place d’un plan d’actions de prévention du risque requins concerté et consensuel avec l’ensemble des acteurs publics, associatifs et experts du comportement du requin.»

«Chasse aux sorcières»
L'ONG réputée mondialement pour ne pas mâcher ses mots évoque un «plan d'actions sanglant», une «chasse aux sorcières» et «certaines actions […] tout simplement effrayantes». Elle qualifie la «mise à mort immédiate et aléatoire de vingt requins bouledogues localisés dans la zone de la grande et petite rade de Nouville» de «décision incompréhensible alors que jusqu’à ce jour, aucune étude n’a montré l’efficacité de ces abattages».

Critique des différentes mesures
L'association critique également l'objectif de régulation sur dix-huit mois tel qu'il est présenté, le projet de filet anti-requin («ou rideau de la mort») et l'interdiction de certains mouillages. 

Un communiqué à lire ici.