Le conflit de Belep vu par le père Apikaoua

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Roch Apikaoua, invité du JT dans le cadre des réunions suite au drame de Belep, 1er juin 2020
Le père Roch Apikaoua invité du JT le 1er juin 2020. ©NC la 1ere
Une nouvelle réunion s'est tenue lundi, à Belep, suite aux violences qui ont secoué l'archipel à la mi-mai et aux sanctions annoncées depuis par les coutumiers. Un conflit suivi, une nouvelle fois, par le vicaire général Roch Apikaoua.
Les rencontres se succèdent, à Belep. En ce lundi de Pentecôte, le conseil des clans s’est longuement réuni autour du grand chef, Amabily Wahoulo. Il s'agissait d'évoquer les sanctions annoncées envers les auteurs des violences survenues au milieu du mois. Ces violences ont laissé un mort, plusieurs blessés et une profonde émotion dans l'archipel. Quant aux sanctions coutumières décidées la semaine dernière, elles ne font pas consensus auprès de tous les habitants. 
 

«La parole est partagée»

«Il y a eu réunion aujourd'hui, cinq heures de réunion», a confirmé le père Roch Apikaoua dans le JT de lundi soir, dont il était l'invité. Le vicaire général de l'archidiocèse de Nouméa a précisé qu'une nouvelle discussion était prévue lundi prochain. «Ce qui est heureux dans l'affaire (parce qu'il faut pouvoir souligner ce qui est positif dans tout ça), c'est que la parole est partagée. Et c'est ça qui aide parce que le silence et le mutisme, c'est ça qui va faire le lit de la violence», a insisté le prêtre, habitué à jouer le rôle de médiateur. 
 

Une communauté catholique

«On ne m'a pas officiellement demandé de faire de la médiation à Belep», a-t-il précisé. «J'ai appelé les gens que je connaissais aux Belep parce que c'est une communauté chrétienne catholique et en tant que vicaire général, je m'en sentais responsable. L'évêque, aussi. C'est au nom de cette responsabilité que je ne voulais pas les laisser seuls dans cela.» 
 

Discussion avec un groupe de femmes

«Je les ai appelés pour qu'ils sachent que d'autres personnes pensent à eux et partagent ce qu'ils vivent, a poursuivi le père Apikaoua. Je ne suis pas allé aux Belep. Peut-être j'irai pour le prochain enterrement qui se fera. Mais je suis resté à parler avec eux depuis [Nouméa]. Et aujourd'hui, j'étais heureux de parler avec un groupe de femmes, du Souriant village mélanésien, et elles aussi étaient heureuses de pouvoir parler à quelqu'un d'autre.»

Son entretien avec Dave Waheo-Hnasson :
©nouvellecaledonie
 

«Artisan de la paix»

Ces deux dernières décennies, Roch Apikaoua s'est vu assurer un rôle de médiation dans les conflits parmi les plus difficiles que la Calédonie ait connus.

• En 1998, il est sollicité, avec le pasteur Jean Wete, pour accompagner les familles Tjibaou, Yeiwene et Wea sur le chemin de la réconciliation. Un processus très long qui va se concrétiser en 2004, par plusieurs cérémonies coutumières de pardon, à Hienghène, à Maré et à Ouvéa. 

• Panser les plaies, renouer les fils du dialogue : au début des années 2000, c'est Saint-Louis, au Mont-Dore, qui est secoué par le drame de l’Ave Maria. Le religieux assure une médiation pour apaiser les fortes tensions entre Kanak, et Wallisiens et Futuniens.

• Considéré comme artisan de la paix, il est également l’interlocuteur des autorités en 2010 dans le conflit d’Unia, à Yaté, sur fond de contestation du nouveau chef de la tribu.

• Un autre conflit va marquer durablement les mémoires. En août 2011, alors que Maré est ébranlée par de violents affrontements opposant les habitants de Guahma à ceux de La Roche, une équipe de médiation religieuse conduite par Roch Apikaoua et le pasteur Philippe Capoa est envoyée sur l’île par l’Etat. Là encore, l’homme de foi accompagnera les familles endeuillées par la disparition de quatre personnes. 

Un sujet de Sheïma Riahi : 
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