PODCAST. L'anthologie du rap : défricheurs de bitume

musique nouméa
Didier Mindia, graffeur et rappeur, fondateur d'Apolstoa-33 ©extrait du documentaire "Chant d'igname"
Retrouvez la série "L'anthologie du rap" consacrée aux acteurs et aux moments forts du rap calédonien. 10 épisodes pour retracer les trente années d'histoire de ce mouvement en Nouvelle-Calédonie. Pour ce premier volet, honneur aux pionniers !

Nouméa, début des années 90, si le rap est alors bien en place aux USA et qu’il explose en France métropolitaine, sous nos latitudes il est absent du paysage.
En 1990, l’ouverture de l’École d’Art de Nouméa provoque pourtant l’étincelle, permettant la rencontre entre futurs acteurs d’un véritable mouvement street art.

Trente ans après, Didier Mindia, fondateur d’Apolstoa-33, graffeur et rappeur, nous plante le décor : "Le mouvement a commencé par la danse, puis le graff. Les textes sont venus un peu plus tard. C’était l’énergie de la jeunesse ! On était toute une bande de jeunes de 15 à 20 ans, une petite formation dont l’ambition était d’amener des choses positives dans la ville. Mais on faisait ce qu’on pouvait, parfois à l’arrache ! Au début on parlait de choses pour le fun, avant d’écrire des textes plus engagés, politiques, conscients." 

L'école d'Art, un lieu de connexion et de foisonnement créatif

Parmi ces précurseurs, Yorky, Tavar, ou Bisco (Patrice Kaikilekofe). Ce dernier se souvient du déclic : "On entretenait un dialogue entre nous en écrivant des textes, avec un œil assez critique. À l’École d’Art, non seulement on apprenait à dessiner ou à sculpter, mais on en profitait pour écrire. Personnellement ça m’a permis de commencer à réfléchir sur le contenu des textes, les sujets à traiter. Un peu plus tard, ce sera vraiment l’interprétation, avec le débit, etc." 

Mickaël Sanchez dit Préchal ©IVANLESOLART


Préchal (Mickaël Sanchez) rejoindra très vite le mouvement, participant notamment aux premières rap party : "Beaucoup de jeunes se reconnaissaient dans ce mouvement. Même s’ils venaient des îles ou d’ailleurs, ou étaient métisses, ils ont grandi dans le monde urbain. Beaucoup étaient en rupture culturelle ou familiale. Dans ce cas-là on se raccroche à une culture : c’est souvent le hip-hop. En général, s’ils restent dans l’art, ils reviennent à leur culture, à leurs racines !"

Avec le recul, les acteurs du mouvement réalisent que cette première scène rap, restée confidentielle, a servi de tremplin pour dynamiser un monde artistique secoué par la période des Événements. Le mouvement rap connaîtra ensuite une période de creux, avant un véritable décollage dans les années 2000.

Retrouvez le deuxième épisode ici.