PODCAST. L'anthologie du rap : quête identitaire

musique nouméa
RESH ©Ivan Zupancevic
Retrouvez la série "L'anthologie du rap" consacrée aux acteurs et aux moments forts du rap calédonien. 10 épisodes pour retracer les trente années d'histoire de ce mouvement en Nouvelle-Calédonie. Réflexions autour des racines de l'oralité kanak.

Dès ses premières vocalises, le rap calédonien s’est nourri d’influences venues des States ou de France. L’affirmation d’une identité singulière alimente la réflexion des créateurs, MC ou beatmakers, sur le fond comme la forme. Et si le chemin passait, presque naturellement, par la valorisation d’un patrimoine oral kanak qui entre en écho avec l’expression du rap ?

Un son plus fidèle à notre identité océanienne

Pour le beatmaker Kraken (Hossein Gambey), la révélation est passée par la "case Paris". Au cours d’un stage en 2006 au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), l’étudiant découvre au beau milieu d’un CD d’enregistrements ethnologiques de techniques vocales captés aux quatre coins du monde dans les années 80, un discours de déclamation généalogique de la région de Xaracuu.

"Ça avait une telle puissance. Surtout la fin, quand il clôture ce chant, c’est surpuissant. J’ai alors réalisé qu’il fallait que je pioche dans cette matière-là, avec cette puissance de l’ancestralité, du temps qui est passé. Il y a une rugosité immortelle qu’il faut arriver à transformer : tu replonges dans les racines et hop tu essaies de faire repousser un nouveau truc avec tes outils à toi, ta sensibilité, ton délire. En repartant de l’originel on s’imprègne de son essence, pour retranscrire à la manière un peu plus brute du hip-hop. Mettre en exergue ce qu’on trouve puissant dans cette musique-là pour en faire un autre objet sonore."

Hossein Gambey alias KRAKEN ©Aurélie Lombardo


L’histoire récente a gardé la trace des "joutes oratoires" qui, en enchaînant le nom des clans adverses défaits, préfiguraient à leur façon les battles, avec l’exemple des harangues du Grand Chef Mindia, reformulées au fil des générations et des contextes.

Le rap c'est palabrer

Didier Mindia

Clin d’œil ironique, c’est un certain Didier Mindia, également originaire de Houaïlou, qui sera au début des années 90 le premier rappeur kanak reconnu dans le Grand Nouméa. "Il y a une passerelle, un pont : parce que rapper, slamer, scander, c’est palabrer. C’est parler de la chose d’actualité, mais aussi du passé comme entrevoir le futur. Ça va ensemble ! C’est sûr qu’on peut s’identifier à ces choses du passé, le palabre, la généalogie ; et puis arrivé dans le rap, on retrouve ce même discours, cette même frénésie, cette énergie."


Retrouvez l'épisode 4 ici.