Un palabre océanien au foyer wallisien et futunien, ou la coutume pour apaiser les tensions politiques

politique nouméa
Daniel Goa, président de l'UC, prenant la parole au foyer wallisien et futunien de Magenta le 4 mai 2022, environ un mois après son discours de Boyen.
Daniel Goa prenant la parole au foyer wallisien et futunien de Magenta le 4 mai 2022, environ un mois après son discours de Boyen. ©Nadine Goapana / NC la 1ère
Rencontre inédite, à Nouméa, mercredi 4 mai. Un mois environ après le congrès de l'Union calédonienne à Voh, puis la réaction de l'Eveil océanien au discours qui l'a ouvert, l'UC a souhaité s'adresser à la communauté wallisienne et futunienne du pays. Dans le respect d'un palabre.

Des heures d’échange, au foyer de Magenta. Ce mercredi 4 mai, la communauté wallisienne et futunienne a accepté d’y recevoir les leaders de l'Union calédonienne, accompagnés par les représentants des huit grandes chefferies kanak de l'aire Drubea-Kapumë. C’est en effet la voie coutumière que le politique a choisi d'emprunter, pour dissiper les incompréhensions et malentendus issus du discours prononcé par le président de l'UC, le 1er avril, à Voh.

"Se dire les choses à la manière océanienne"

Des mots suivis par le retrait de l’Eveil océanien de l’inter-groupe qu’il constituait avec le parti indépendantiste au Congrès. Le président de l’EO s’est exprimé, mercredi, au foyer de Magenta. "Nous sommes honorés, tout simplement, que vous pénétriez notre humble demeure afin qu'on puisse communiquer, afin qu'on puisse se dire les choses à la manière océanienne", a formulé entre autres Milakulo Tukumuli.

"Votre place est parmi nous"

Avec l'aide de l’Eveil océanien, Daniel Goa s'est adressé à la communauté wallisienne et futunienne réunie pour tisser la natte du dialogue. "Votre place est parmi nous", a déclaré le dirigeant de l'Union calédonienne. "C'est pour cela que vous avez la responsabilité de tenir le pilier de la case, de le maintenir et de le renforcer. Nous attendons de vous, aujourd'hui, que vous assumiez ce pilier."

Des paroles qui ont parfois pris une tournure personnelle. "Il y a combien de nos arrières-arrières-grands-mamans, grands-pères, qui se sont mariés ou qui viennent de Wallis ? Je l'ai dit dans mon discours, mon arrière-grand-père avait pris femme wallisienne", confie Daniel Goa.

Palabre océanien, Daniel Goa capté par Nadine Goapana

Exprimer les attentes

Une rencontre durant laquelle les porte-parole de la diaspora wallisienne et futunienne ont partagé quelques-uns de leurs souhaits. "C'est la première fois que cela se passe", réagit Atonio Taofifenua, président de l'association du foyer wallisien et futunien. "On est très émus par ce palabre coutumier. Ça nous permet de pouvoir exprimer nos attentes vis-à-vis des politiciens, et aussi que les attentes des politiciens puissent s'exprimer."

Enjeu de cette assemblée coutumière : éviter toute division au vu du futur statut de la Nouvelle-Calédonie à définir d'ici 2023. "C'est une première mais le vivre, c'est vraiment formidable, ça nous replonge dans notre passé", exprime John Tindao, président de l'aire Drubea-Kapumë. "Ça revient à dire la parole d'hier pour faire la parole d'aujourd'hui et construire demain."

"La coutume, politique ancestrale des Océaniens"

Une première, que ce palabre océanien. De par son contexte. Et de par sa date, qui a scellé en 1989 la mort de Jean-Marie Tjibaou et Yeiwene Yeiwene, mais veut célébrer en 2022 une nouvelle séquence de vie politique. Celle de l'unité des Océaniens.

Palabre océanien, Milakulo Tukumuli capté par Nadine Goapana

"A partir d'aujourd'hui", a dit Milakulo Tukumuli, "le 4 mai sera également marqué par cette rencontre entre l'Union calédonienne et la communauté wallisienne et futunienne de Nouvelle-Calédonie. Cette belle rencontre est simplement la conséquence de l'incompréhension de Boyen. Nous avons su transformer cet épisode en opportunité, grâce à la coutume, qui est la politique ancestrale des Océaniens."

Palabre océanien, le reportage de Nadine Goapana


Voyez également le reportage télé de Mirna Kilama et Kaïo Tui :

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